OPÉRATIONS. — CHIRURGIENS
matin. Elle fut prise de vomissements dans romnibns (|ui la menait à la gare du Nord et fut transportée dans nu hôtel ; à midi, elle était dans un état syncopal très grave ; elle mourut (à 3 heures du soir.
Je fus commis pour faire l’autopsie; le larynx était le sièged’un œdème très prononcé, les replis aryténo-épiglotti- ([ues étaient gonflés, surtout le repli droit et obturaient complètement l’entrée du larynx. La muqueuse épiglottique était également soulevée par des saillies œdémateuses. Les poumons étaient congestionnés, surtout le gauche dans sou lobe inférieur. La mort était donc due à un œdème de la glotte, accompagné de congestion pulmonaire.
Je recherchai si dans la science on avait signalé de tels accidents. M. Duguet, qui a préconisé le traitement du goitre par les injections interstitielles de teinture d’iode, ne signale aucun accident mortel. Il dit seulement : « Mori subite. Nous en parlons uniquement parce que des auteurs étrangers la signalent. Toujours est-il que nous ne connaissons en France aucune catastrophe de cette gravité, à la suite de l’injection iodée dans les goitres (1). »
Depuis 1880, M. Duguet a, chaque semaine, pratiqué environ cinquante injections dans des goitres. Il n’a observé aucun accident ; il a seulement entendu dire que, il y a quelques années, une dame de Chambéry serait morte assez rapidement, à la suite de cette médication, mais il n’a eu sur ce fait aucun détail précis.
11 est bien certain que, dans ce cas, la responsabilité du médecin et celle de l’interne u’étaienl. pas engagées; l’opération, faite suivant toutes les règles de l'art, pouvait être considérée comme absolument bénigne, attendu que, sur des milliers d’injections iodées, M. Duguet n’a jamais eu à noter un seul accident. Ce fut dans ce sens que je rédigeai les conclusions de mou rapport.
L’alTaire n’eut aucune suite.
(I) Duguet, Goitre et médication iodée interstitielle, Paris, 188(î, p. r2i.
LA HESrONSABILlTÉ DU MÉDECIN.
Il y a quel({ues aimées, un des clients de M. le D'’ Reuss avait un ongle incarné. Le D’’ Reuss pratiqua l’anesthésie locale, ainsi que sûrement vous l’avez vu faire dans les hôpitaux, en appliquant sur l’orteil malade un petit sac contenant de la glace pilée et du sel. C’est une pratique qui a fait ses preuves, qui a donné de bons résultats et qui n’a jamais occasionné d’accidents. A la suite de cette réfrigération, l’orteil fut atteint de gangrène. Le client poui'suivit son médecin et je fus commis.
Bien que l’affaire vous semble très simple et que le médecin n’ait pas commis la moindre faute au point de vue opératoire, j’eus assez de difficulté à obtenir un non-lieu. Le motif qui contribua certainement à prouver au juge d’instruction que le ÏF Reuss n’avait pas commis d’imprudence, c’est qu’il n’avait fait l'opération qu’après s’être informé de l’état général du malade, qui n’était ni diabétique, ni albuminurique, ainsi que le prouvaient de récentes analyses d’urine.
Enfin il me reste un dernier pointa vous signaler. Vous opérez une personne, elle vous a autorisé à pratiquer une opération donnée; au cours de l’intervention, il vous semble utile d’étendre votre action à un nombre d’organes plus considérable que vous ne vous l’étiez imaginé; que devez-vous faire ? Ce cas ne s’est pas encore présenté en France, mais il vient d’être débattu en Angleterre, et l’affaire est venue devant un jury spécial, à la Cour du banc de la reine.
Une infirmière d’un hôpital de Londres se plaignait de douleurs abdominales ; un chirurgien l’examina et rapporta ces douleurs à une lésion de l’ovaire droit, qu’il pensa être atteint de dégénérescence kystique. Il proposa l’opération, qui fut acceptée. Au cours de l’opération, le chirurgien constata (jue l’ovaire du côté gauche présentait les mêmes lésions que celui du côté droit, et il extirpa les deux ovaires.
Quand la malade fut réveillée on lui fit connaître que l’opération avait été bilatérale. Cette infirmière poursuivit le chirurgien et lui demanda une forte indemnité pour