‹ l` exercice de la medecineChapitre 103 sur 188 · POP UE RE PIONEER SE OURS SORT · texte numérisé non relu

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apprendra de bonne foi toute la vérité ; de sorte qu’elle restera dans sa place, mais n’ignorera pas la raison pour laquelle on à fait cesser l'allaitement et pour laquelle on la conserve.

Les difficultés sont donc nombreuses. Au moment où vous interdisez l'allaitement au sein, la famille, prise par la pitié pour le jeune enfant, dit : «Notre enfant avant tout. » Ne cédez pas à la contagion de ce sentiment, ne prenez pas de demimesures D'abord, parce que votre rôle est de préserver les personnes menacées, et plus tard, quand le scandale éclatera, la mère elle-même dira : « Ah! si le médecin nous avait dit. » Dans ces conditions, M. le professeur Fournier conseille au médecin de remettre à son client une consultation écrile. C’est bien; mais dans ce cas, M. Fournier me semble avoir une trop grande confiance dans la bonne foi des gens. Il est probable qu’au moment où des poursuites seront engagées, cette consultation ne sera pas retrouvée. À mon avis, le médecin doit prendre de plus sérieuses précautions.

Je vous conseille d'agir de la manière suivante ; laissez une consultation écrite, vous sauvegarderez ainsi la susceptibilité de votre client, en ayant l’air de croire à son entière bonne foi; mais, une fois rentré chez vous, écrivez-lui une lettre dans laquelle vous lui exposerez que l'affaire est tellement grave que, pour rassurer votre conscience et aussi à cause de la responsabilité que vous encourez, vous jugez bon de lui réitérer les recommandations que vous lui avez faites. Adressez-lui cette lettre par la poste, sous pli recommandé, et conservez-en copie.

Voyons maintenant quel est votre devoir quand la nourrice est contaminée.

Dans ce cas, vous devez, comme précédemment, exiger que la nourrice soit conservée, dans son intérêt, dans l'intérêt de son mari et de ses enfants, et aussi dans l'intérêt de l'enfant qu’elle nourrit. En effet, l'allaitement pourra être continué et le traitement spécifique que prendra la nourrice sera prolitable à l'enfant hérédo-syphilitique.

Mais, en la gardant, il faut que le père lui avoue la vérité,

lui montre qu’elle peut propager la syphilis et la paye en conséquence. Il faut que l'indemnité pécuniaire soit débattue et fixée par écrit, non avec la nourrice, mais avec son mari, de sorte que plus tard il lui soit impossible de poursuivre devant les tribunaux ou de se livrer, ce qui arrive souvent, à des pratiques de chantage.

Presque toujours, on vous proposera des demi-mesures que vous ne devez pas accepter, car le plus souvent vos clients et vous-mêmes auriez plus tard à vous en repentir. Fournier cite le cas d’un avoué de Paris, qui, sous prétexte que tout mauvais cas est niable, refusa le compromis qui lui avait été offert. Des poursuites furent plus tard engagées contre lui par la nourrice et il fut condamné à une grosse indemnité. Je vous laisse à penser le préjudice considérable que lui causèrent ces poursuites judiciaires.

Quand vous serez appelé à pratiquer l'expertise sur un cas de transmission de la syphilis d’un nourrisson à sa nourrice ou inversement, vous serez souvent fort embarrassé.

La nourrice retourne dans son pays, et ce n’est que longtemps après que l’action en dommages-intérêts est engagée; comme les procès durent longlemps, ce n'est parfois qu’au bout de plusieurs années que le médecin est appelé à donner son avis. Dans ce cas, beaucoup de preuves peuvent faire défaut; en particulier, l’enfant cause de la transmission de la syphilis ou ses parents peuvent être morts. Fournier cite le cas suivant : une nourrice, après avoir pris la syphilis de son nourrisson, retourne dans son pays; eile contamine sa petite fille el son mari; de désespoir elle se suicide. Sa fille meurt; l'enfant qu'elle avait nourri et dont elle prétendait avoir pris lasyphilis était mort aussi; il ne restait plus que le mari. Les principaux témoins avaient donc disparu quand Îes poursuites furent engagées.

Les questions qui vous sont posées par le tribunal sont fort complexes ; je me souviens que, dans une affaire au sujet de laquelle je fus commis, elles remplissaient toute une page. Comment devez-vous faire votre rapport ?

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Messieurs, dans le cas de syphilis communiquée dont nous nous occupons, les questions qui vous sont posées peuvent se ramener à trois: 1° la nourrice est-elle syphilitique ? 2° l'enfant est-il syphililique ? 3° y a-t-il un rapport quelconque entre la syphilis de l'enfant et celle de la nourrice ?

Dans des affaires de ce genre, on vous présente souvent un grandnombre de certificats médicaux. Vous remarquerez que beaucoup de ces certificats semblent contradictoires à première vue, mais, à la suite d’un examen approfondi, vous reconnaitrez que ces contradictions sont parfois plus apparentes que réelles. Dans une maladie comme la syphilis, dont l'évolution est lente, divers médecins pourront, avec une entière bonne foi, donner des certificats fort différents, parce qu'ils écriront ce qu'ils ont constaté, suivant la phase de Îa maladie à laquelle ils auront examiné le malade.

Je tiens à vous mettre en garde contre les erreurs de diagnostic possibles ; il est des cas où, de bonne foi, un médecin dont les connaissances en matière de maladie de la peau et de syphilis ne sont pas particulièrement développées peut confondre une affection cutanée non spécifique avec des accidents syphilitiques.

M. le D' Barthélemy m'a communiqué la note suivante :

Au commencement d'août 1883, une dame m'amène son enfant, âgé de seize mois, el sa nourrice. L'enfant a des boutons sur le corps et à la face depuis un mois. La nourrice en a depuis quinze jours. Celle-ci, en cachette de ses maîtres, va consulter un médecin, le Dr D... quicroit reconnaitre des symptômes de syphilis sur l’enfant et sur la nourrice, el qui conseille à cette dernière de demander de forts dommages-intérêts à la famille. Il prescrit le traitement spécifique pour la nourrice el pour l'enfant.

Devant les prétentions de la nourrice, el à cause des faits qu'elle affirme, la famille fait venir son médecin ordinaire, le D'R...

Celui-ci.s’étonne du diagnostic de son confrère, car ilne connait pas d’antécédents syphilitiques chez les parents; les autres enfants sont sains, etc. Il examine l'enfant et Ja nourrice et trouve des lésions qui rendent son diagnostic hésitant.

C'est sur ces entrefaites qu’il m'amène les deux malades,

Or, il n’y avait pas de syphilis.

L'enfant a de l’ecthyma simple des membres inférieurs ; de l'impétigo simple de la lèvre inférieure, du menton et de la joue gauche (éruption probable de denlition), et un ganglion en voie de suppuration (adéno-phlegmon qui a été incisé depuis), silué dans la région sus-hyoïdienne, occasionné par une lymphangite simple non spécifique.

D'autre part, la nourrice était atteinte d’érythème hydroïque circiné des mains, siégeant sur le dos des mains et surtout à la face palmaire, et, chose plus remarquable, d’un hydroa de la muqueuse des lèvres, notamment de la lèvre inférieure. De là le diagnostic erroné de plaques muqueuses.

La guérison fut rapide par un traitement nullement spécifique.

Toute cause d'erreur étant mise à part, la syphilis étant bien établie, vous avez à examiner l’état de la nourrice et celui du nourrisson.

Voyons, en premier lieu, la nourrice. Une recommandation, tout d’abord : vous devez l’examiner complètement, elle et sa famille; vous verrez tout à l'heure pour quelles raisons. Gette partie de l'expertise est délicate, et vous pourrez voir surgir des incidents imprévus.

L'accident initial, le chancre, qui, dans le cas qui nous occupe, siège souvent au sein, est généralement cicatrisé; quelquefois, vous pouvez, surtout si l'infection est récente, trouver la cicatrice ou les vestiges de son induration, l’adénopathie axillaire caractéristique, des plaques muqueuses. Mais, si l'infection a eu lieu plusieurs années auparavant, tous ces signes pourront manquer, et la présence du chancre vous sera seulement affirmée par la nourrice, qui se souviendra d’avoir eu un bouton au sein. Il vous est impossible, sur les dires seuls de cette femme, de pouvoir affirmer

que l'accident qu'elle a constaté est bien un chancre et non.

une fissure simple, plus ou moins irritée, comme en présententsifréquemment les fenimes au début de l’allaitement.

Le siège du chancre au mamelon ne prouve d’ailleurs pas la contamination par l'enfant, et le chancre du mamelon n'est pas forcément pris au cours de l'allaitement. Ricord cite le cas d'une nourrice qui présentait un chancre de

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l'aréole mamelonnaire, sans que l'enfant ail à aucun moment présenté de symptôme syphilitique; une enquête bien conduite lui permit de reconnaitre qu’un valet de chambre de la maison avait la syphilis, qu'il avait des plaques muqueuses de la bouche et que c'était lui qui,dans des manœuvres qui n'avaient pas pour but l'allaitement, avait infecté cette nourrice.

J'ai pu examiner, alors que je remplaçais le professeur Bouillaud, et que Grancher était mon chef de clinique, un chancre du mamelon chez une femme de soixante-huit ans. Quand j’eus conquis sa confiance, elle m’avoua que ce chancre lui avait été transmis par son gendre, âgé de vingt-six ans, auquel elle portait une affection particulière.

Donc, méfiez-vous; le chancre du mamelon n’a rien de pathognomonique; ce siège est une présomption, rien de plus. De même, un chancre situé ailleurs qu'au mamelon peut fort bien avoir élé transmis à la nourrice par son nourrisson. Je vous ai déjà cité le cas d’une bonne qui avait pris un chancre de la peau de l’avant-bras après avoir porté un enfant ayant des plaques muqueuses à l'anus (1).

Il est une chose que je regrette d'avoir souvent constaté dans les certificats délivrés par des médecins aux nourrices syphilitiques. L'examen n'est pas complet. Le médecin se borne à noter que la nourrice présente des sligmates d'une syphilis, qui est immédiatement considérée comme ayant été transmise par le nourrisson, comme si la nourrice ne pouvait pas prendre la syphilis par une autre voie.

Il y a quelques années, le professeur Fournier recut la visite d’un médecin qui, se croyant guéri de la syphilis, parce que depuis nombre d'années il n'avait pas eu d'accidents, s’élait marié. Il lui amenait son enfant atteint de syphilis héréditaire. Fournier, après avoir examiné l'enfant, se préparait à examiner la nourrice, quand celle-ci, prévenant ses questions, lui dit que, depuis quelque temps, elle avait des boutons sur le corps, et elle lui montra une papule

(1) Voy. p. ?81.

syphilitique située sur l'épaule. Fournier fut étonné qu'une syphilis ait évolué aussi rapidement, mais le doute n'était pas permis, la nourrice était bien syphilitique. Aussitôt sortie de chez le médecin, cette femme se rendit chez un huissier et fit remettre à son maitre une assignation qui fut déposée chez le concierge, sans être sous enveloppe, de sorte que, le lendemain, toute la maison savait que le médecin avait eu lasyphilis et que son enfant avait contaminé la nourrice. Une enquête fut ouverte. Elle démontra que la nourrice était atteinte de syphilis avant qu’elle eût été en contact avec l'enfant et qu’elle avait été soignée pour cette affection à l'Hôtel-Dieu, quatre mois auparavant.

Donc, pratiquez un examen complet. Vous rencontrerez des résistances ; la nourrice protestera de son honnêteté : vous devez lui persuader que votre examen n’a rien d'infamant, mais a pour but, au contraire, de proclamer son innocence. Vous examinerez la peau, les ganglions axillaires inguinaux et cervicaux, le cuir chevelu, la bouche, la gorge, les organes génitaux et l'anus. Si vous constatez des plaques muqueuses des organes génitaux, vous le notez, mais en ayant grand soin d'expliquer la valeur qu'il faut attacher à leur présence. Les magistrats connaissent, en général, l'évolution de la syphilis, mais ils peuvent penser que la présence de plaques muqueuses aux organes génitaux est un signe de syphilis prise par ces organes. Il sera donc nécessaire de dire, dans votre rapport, que la présence de ces plaques n’est pas une raison qui puisse prouver la fausselé des allégations de la nourrice.

La nourrice est complètement examinée; vous avez reconnu la syphilis. Votre rôle n’est pas encore terminé de ce côté : il vous reste à faire des recherches très importantes et sur lesquelles j'appelle toute votre attention.

Vous devez faire venir le mari et l’examiner avec aulant de soin que vous avez examiné sa femme. Messieurs, les nourrices laissent leurs maris dans leurs villages, où ils cultivent la terre, pendant qu'elles ont à Paris des nourri-

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tures dont la durée varie de un an à dix-huit mois. D’après les renseignements publiés par les médecins du Morvan et de la Bourgogne, on constate une quantité vraiment extraordinaire de cas de syphilis dus aux infidélités du mari pendant l'absence de sa femme, Quand celle-ci est de retour, le mari lui transmet l'infection dont il est atteint.

Non seulement vous devez voirle mari, mais il vous faudra encore examiner les enfants de la nourrice, afin de constater s'ils présentent, eux aussi, des signes de syphilis.

IL faut déterminer avec le plus grand soin l'âge des diverses manifestations chez les différents sujets.

Ceci fait, vous procédez à l'examen de l'enfant que l’on pense avoir été la cause du contage.

Je vous ai dit qu'il arrivait fréquemment que l'enfant soupçonné était mort, ce qui augmente singulièrement la difficulté de votre enquête. Vous n'avez alors, pour vous éclairer, que les témoignages des parents, des voisins et celui du médecin qui l’a soigné. Vous ne devez accepter ces témoignages qu'avec les plus expresses réserves: d’une part, la famille a intérêt à vous cacher la vérité; d’autre part, le médecin, surtout si les renseignements qui lui sont demandés datent de plusieurs années, peut avoir oublié certains points importants.

Si l’enfant est vivant, quelle doit être la marche de votre enquête? Est-il syphilitique ou non ? S'ilest syphilitique, a-t-il une syphilis acquise ou une syphilis héréditaire ?

Vous savez que la syphilis héréditaire diffère de la syphilis acquise par bien des symptômes; le diagnostic est, en somme, assez simple. Vous examinerez l'enfant de la manière la plus complète : le cuir chevelu, le nez, la bouche, la peau, les organes génitaux, l'anus; vous devez regarder très minutieusement la plante des pieds, siège du pemphigus, les ongles et leur matrice, où l'on rencontre parfois un onyxis caractéristique.

Je vous ai dit que, d’après la statistique de Diday, les accidents de syphilis hérédilaire se produisaient 50 fois

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sur 100 dans le premier mois, 30 fois sur 100 dans le second et 20 fois entre le second et le quinzième. Au contraire, quand l'enfant prend la syphilis du fait de sa nourrice, en admettant que celle-ci l’inocule immédiatement, le chancre paraîtra vers le vingt et unième jour au plus tôt; il passera souvent inaperçu; le premier symptôme que les parents remarqueront sera l’éruption cutanée qui se produit six ou huit semaines après le chancre, c'est-à-dire alors que l'enfant aura deux mois et demi ou trois mois. Cette marche de la maladie pourra vous donner de précieuses indications.

Parmi les témoignages, toujours un peu entachés de suspicion, que vous fourniront les parents ou les voisins, je vous rappelle deux symptômes de syphilis héréditaire qui ont vne réelle valeur, parce qu'ils sont visibles pour les personnes étrangères à la médecine. C’est d’abord le pemphigus de la paume des mains et de la plante des pieds; en second lieu, c'est le coryza chronique.

Tout le monde sait que l’enfant tette bien, la nourrice, les parents, tous ceux qui l’approchent. Si le nez est bouché, la respiration est empêchée; quand la bouche est fermée par le sein, l'enfant interrompt la succion, abandonne le sein et crie; comme il ne prend pas une nourriture suffisante, il maigrit rapidement et présente un élat de décrépitude tout à fait caractéristique.

La syphilis peut être donnée par le nourrisson à la nourrice ou réciproquement par la nourrice au nourrisson. Le professeur Fournier, dans une statistique dressée à l’hôpital Saint-Louis, à établi que 94 fois sur 100 le nourrisson infecte sa nourrice, et que 6 fois seulement la nourrice infecte son nourrisson. On peut penser qu’à l'hôpital Saint- Louis, Fournier voit plutôt les nourrices contaminées par l'enfant qu'elles allaitent, et que celles qui, au contraire, ont transmis la syphilis à leurs nourrissons retournent dans les hôpitaux où elles ont été traitées au début de leur maladie. Mais, malgré cette critique possible, les faits

qui provoquent les expertises confirment dans leur sens général les chiffres donnés par M. Fournier.

Vous consignez dans des paragraphes distincts les faits qui concernent les enfants, la nourrice, puis vous procédez à l'examen des parents.

En 1879, Tardieu écrivait :

« Je n'hésite pas à exclure les parents de l'expertise, et ce n’est pas à la légère que je me décide à contredire sur ce point l'opinion très générale des médecins qui ont écrit sur ce sujet. Mais j'ai, pour le faire, une conviction absolue fondée sur ma propre expérience, et, j'ajoute, sur les faits euxmêmes.

« Car si la visite des parents ne fournit qu’un résultat négatif, elle ne sera nullement probante, les traces d'une syphilis ancienne pouvant s'être effacées aussi bien chez le père que chez la mère. Et, dans tous les cas, elle ne sera qu'un élément de complications inutiles. Si l'enfant a la vérole congénitale, elle lui vient de toute nécessilé de ses auteurs. À quoi bon les examiner? Et, puisqu'il faut lout dire, la recherche de la paternité syphilitique est non pas interdite, mais absolument impossible. Que peut signifier une visite qui ne repose sur aucune certitude? Je suis heureux de pouvoir citer à l'appui de mon opinion l'extrait d'un jugement rendu le 22 décembre 1841 par le tribunal de Tulle, sur le rapport du savant directeur de l'École secondaire de médecine de Limoges, M. le D' Bardinet, jugement manifestement inspiré par les principes mêmes que je défends : |

Attendu, sur la demande formée par les parents, d’une visite de médecin, que lelong temps qui s’est écoulé depuis l’origine des

faits et le traitement employé, ne permetlant pas d'espérer de celte mesure un résultat utile et certain... (1). »

Messieurs, malgré l'avis de Tardieu, je pense que le médecin doit, au cours de son enquête, rechercher la syphilis

(1) Tardieu, Étude médico-léqule sur les maladies produites accidentellement ou involontairement. Paris, 1879, p. 288.

chez les parents de l'enfant. Souvent il ne trouvera rien, mais parfois il pourra découvrir quelques signes. Toutes les fois que j'ai été commis pour des faits de cette nature, soit avec M. Fournier, soit avec M. Hallopeau, nous avons étendu notre enquête dans ce sens. Souvent, nous avons trouvé que des gens de très bonne foi, croyant être guéris de leur syphilis, avaient, par leurs enfants, inoculé la syphilis à des nourrices; deux fois entre autres, le père n’a fait aucune difficulté pour nous avouer qu'ayant contracté la syphilis il y avait de longues années, il s'était cru guéri avant son mariage. Dans les deux cas, nous avons conseillé au père de famille de transiger avec la nourrice par l'intermédiaire de son avoué ou de son notaire, afin d'éviter un scandale. La transaction eut lieu et je vous assure que ces personnes nous furent reconnaissantes de notre intervention.

Au cours de ces enquêtes portant sur les parents, on fait parfois de singulières découvertes. C’est ainsi que dans une affaire, la femme, veuve et remariée, avait pris la syphilis de son premier mari; le second ne pouvait donc en rien être incriminé au sujet de l’accident occasionné par son prédécesseur. Nous reviendrons du reste sur ce point délicat.

Votre enquête est terminée, il faut rédiger votre rapport. Le professeur Fournier (1) recommande au médecin d'écrire son rapport en style de catéchisme. J'ai rédigé bien des rapports avec M. Fournier sur des affaires de ce genre; cependant je puis vous assurer que jamais nous n'avons suivi strictement la formule qu'il préconise.

Assurément, un rapport médico-légal doit être elair, c’est sa première qualilé, maïs il faut nécessairement que le médecin légiste entre dans certains détails qui serviront à éclairer les juges; cela rentre dans son rôle.

A la question : La nourrice a-t-elle la syphilis ? l'expert ne peut répondre sèchement ow; il faut qu’il indique à

(1) Fournier, Syphilis el mariage, 1880; Nourrices el nourrissons syphililiques, 1818.

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