Infections vaccinales
Je ne vous parlerai pas, dans ce cours, des maladies qui peuvent être communiquées à l’homme par les animaux, comme la rage, la morve ou le charbon, ni de celles qui sont le résultat d’attentats sur les individus. Je vous dirai simplement quelques mots d’affections graves, qui peuvent, en dehors de la syphilis, résulter de la vaccination. Je veux parler des infections secondaires dues à l'introduction dans l'organisme du virus vaccin.
A part la syphilis vaccinale, il existe quelques accidents dus à des dispositions personnelles tels que des érythèmes ou des généralisations de la vaccine et dans lesquels la responsabilité du médecin ne se trouve nullement engagée. Les complications de la vaccine que je veux vous
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signaler sont celles qui sont occasionnées par des infections vraies, au sujet desquelles le médecin peut être inquiété.
Il en est ainsi des phlegmons simples ou diffus, des abcès, des angioleucites, des adénites. Ces accidents ont pour siège la région dans laquelle a eu lieu l’inoculation. Ils ont pour cause l'infection des vésico-pustules par des microbes pyogènes, que l'introduction ait été faite par l'instrument inoculateur au moment de la vaccinalion ou ultérieurement par le contact de linges ou de mains malpropres et par une asepsie insuffisante de la peau du vacciné lui-même.
On a cité des cas de vaccine gangreneuse parfois mortels, nés probablement dans des conditions analogues de malpropreté (Hutchinson).
L'érysipèle était une des complications assez fréquentes . de la vaccination. Depuis que l’on en connait bien la pathogénie, il n’est plus signalé que bien rarement; il reconnait également pour cause l'usage d’un instrument souillé, l'absence de précautions antiseptiques au moment de l'inoculation ou pendant l’évolution du vaccin. Il paraît, suivant le moment de l'infection, dès le deuxième jour de la vaccination ou pendant le cours de l'éruption.
Chez les enfants débiles, l'érysipèle est une complication grave; Rauchfuss a vu, à l'hospice des Enfants-Trouvés de Saint-Pétersbourg, une mortalité de 67 p. 100 dans l'érysipèle ambulant, de 17 p. 100 dans l’érysipèle localisé ; on en a décrit de véritables épidémies.
Ces contaminalions secondaires ne doivent plus se produire, et elles sont devenues si rares qu'en 1877 Lolz n’a observé que deux cas de mort par érysipèle sur 1 252 554 vaccinations.
La septicémie à élé rarement observée. Le D' Surmont a rappelé les faits suivants: « À Grabnick (1878), l'emploi d'un vaccin vieux, exposé depuis longtemps à l'air, infecta 53 enfants; les uns eurent des éruptions scarlatiniformes et morbilliformes, d'autres des érysipèles, des fusées purulentes; quinze d'entre eux succombèrent; dans deux cas,
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l'autopsie démontra que la mort était due à une septicémie. Le vaccin était en voie de décomposition et renfermail des bactéries septiques (1). »
À San Quiricio d’Orcia (1879), près de Rome, les mêmes accidents (fièvre, érysipèle, phlegmons suppurés, cas de mort) furent observés à la suite de l'emploi de vaccin pris sur des pustules excisées depuis sept jours (2).
Nous-même avons été commis, il y a dix ans, avee Pasteur et le professeur Proust, à l'effet de déterminer la responsabilité encourue par des médecins vaccinateurs dans les conditions suivantes :
Le 13 mars 1885, le D' A.., d’Asprières, vaccinait 42 enfants; le lendemain, 6 d’entre eux étaient morts, les autres furent tous malades, quelques-uns très gravement. L'enquête nous a permis de reconstituer une série de cinq vaccinations, Il ressort de l'exposé suivant, que c’esten employant un vaccin primitivement bon,quel'on a eu à déplorer successivement des accidents d'abord peu graves, puis plus sérieux, qui ont enfin abouti au désastre final. Voiciles faits :
A° Vaccination pratiquée par le D" C... avec un tube de vaccin animal le 16 février. — Le sujet vacciné avec le vaccin provenant d'un tube de vaccin animal, et il n’y en a eu qu'un, avait des pustules ombiliquées magnifiques.
29 Vaccination pratiquée par le D' C..., le 22 ou 23 février, avec le vaccin de la petite fille précédente, sur 20 enfants. — Rien d’anormal; on note seulement une inflammation autour des pustules chez deux ou trois sujets. Un d’entre eux sert de vaccinifère pour la troisième série.
3° Vaccination pratiquée par le D' C..., le 28 février ou le 1% mars. — Le nombre des vaccinés est inconnu, mais trois d'entre eux eurent des accidents. La fille Vi... aurait eu une fièvre dépassant la durée de la fièvre vaccinale régulière; les pustules auraient paru soixante-douze
(1) Pincus, Die Impfung im Grabnick (Vierlel. für gericht. u. off. sanitat. Nouv. série, XXXI, p. 193, juillet 1879). (2) Lyon médical, 1879, t. XXXI, p. 27».
heures après la vaccination. Chez la fille Br..., les pustules auraient paru quarante-huil heures après la vaccinalion. Enfin la fille De..., âgée de quatorze ans, aurait eu un phlegmon du bras.
%° Vaccination pratiquée par le D" C..; vaccinifères, les deux filles précédentes, Br... et Vi..…., qui avaient eu une éruption vaccinale anormale, puisque les pustules étaient survenues dès le deuxième ou le troisième jour. — Sur l’une d'elles, on vaccine les filles Cl... et Be... avec du vaccin dont les pustules avaient été ouvertes la veille.
La femme Cl... déclare :
Le 7 mars dernier, j'ai faif vacciner ma fille âgée d’un an, à Montbazens, par M. le Dr C.... Le vaccin fut pris sur deux pelites filles âgées l’une de trois ans environ, l’autre de huit. Le vaccin fut donné vers une heure de l'après-midi. Le même soir, la fièvre se déclara et l'enfant ne dormit pas de la nuit. Le lendemain, je fus montrer mon enfant au D' A... qui trouva que le vaccin avait pris bien vite et il dit qu’au lieu d’attendre huit jours pour le donner aux autres enfants, il le donnerait le vendredi suivant. Je n'ai remarqué rien d’extraordinaire dans mon enfant, si ce n’est que le vaccin avait pris très rapidement. L’agitation a duré environ deux jours, mais l’enfant n’a pas été malade, elle n’a eu ni diarrhée, ni évanouissements, ni vomissements.
Dans sa déposition, la femme Be... fournit les renseignements suivants :
M. le D' GC... a vacciné cette enfant le 7 mars. Le vaccin a été recueilli sur deux enfants âgés l’un de trois ans, l’autre de huit ou neuf ans. L'un des enfants avait déjà servi de vaccinifère le malin, mais un boulon n'avait pas été ouvert; chez l’autre, tous les grains avaient été entamés; M. le D' C... donna à mon enfant, ainsi qu’à celui de ma voisine, le vaccin du grain qui n'avait pas été entamé ainsi que de l’autre.
La fièvre du vaccin se déclara pendant la nuit et le lendemain je remarquai qu'il avait bien pris. Mon enfant n’a pas été malade et n’a pas eu de vomissements, une légère diarrhée; l'enfant est sortie le lendemain, el je n’ai pas fourni de vaccin à d’autres enfants.
C'est une de ces petites filles, la fille Cl..., qui servit de vaccinifère :
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3° Vaccination pratiquée le 13 mars par le D' A. — Le 13 mars 1885, M. le D' A... vaccine à Asprières 42 enfants; 4 étaient morts le lendemain, À le surlendemain; nous ne savons rien sur le sixième enfant qui a succombé; presque tous furent malades.
Voici la déposition de M. le D' A... :
J'avais tiré Lout ce vaccin de la petite Cl... (Eugénie), d'Asprières, âgée de douze ou treize mois, qui se portait bien el dont les parents sont aussi très sains; elle avait été vaccinée ainsi que la petite Br... le 7 mars par le D' C..., et ce docteur avait tiré le vaccin pour ces deux enfants d’un autre enfant. Je remarquai toutefois que l’incubation du vaccin avait été très rapide chez ces deux enfants ; car habituellement ce d'est qu'après neuf jours que le vaccin est bon pour être inoculé, tandis qu’il était déjà urgent de le donner à d’autres au bout de six jours; il commençait à sécher.
Voici quelles furent les conséquences de ces inoculations : 5 enfants moururent, 4 en vingt-quatre heures, 1 en quarante-huit heures; les autres furent tous ou presque tous malades. Nous avons des renseignements assez précis sur les accidents survenus chez 5 des décédés et sur 5 de ceux qui ont guéri.