‹ l` exercice de la medecineChapitre 116 sur 188 · ALIÉNATION MENTALE. — SORTIES PRÉMATURÉES · texte numérisé non relu

ALIÉNATION MENTALE. — SORTIES PRÉMATURÉES

Ja cause de lelles lésions, dues certainement à la pression exercée sur la poitrine par le genou d’un des infirmiers. Un d'eux fut, du reste, rendu responsable, ainsi que le directeur de l'établissement.

L'infirmier était coupable, mais il est certain qu'il y avait une disproportion énorme entre le traumatisme subi et l’effet produit. Il y a, en effet, dans certaines formes lentes d'aliénation mentale, une raréfaction de toules les parties du tissu osseux, analogue à celle que l’on rencontre fréquemment chez les vieillards, au niveau du col du fémur ou de l'extrémité inférieure du radius. Le tissu osseux de cet aliéné mort victime de la brutalité de son gardien était dans cet état particulier de raréfaction ; dans les conclusions de notre rapport, nous avons fait remarquer que, les os de l’aliéné étant exceptionnellement fragiles, la violence nécessaire pour les briser était certainement bien inférieure à celle qui aurait dû être employée pour produire les mêmes lésions sur la cage thoracique d’un adulte sain.

3° SORTIES PRÉMATURÉES. — L’aliéné s’imagine que sa mise en liberté dépend absolument de la personne qui le visite, et, comme la libération n'arrive pas aussitôt qu'il le désire, il voit en elle un ennemi. Dans ces conditions, la vue seule du médecin est une cause d’excitation pour le malade, qui peut se porter à des actes de violence excessivement graves. C’est dans ces conditions que le père de M. le D' Gérard- Marchant fut tué par un aliéné.

Vous vous rappelez peut-être que, il y a quelques années, un nommé Mariotti fut arrêté pour avoir tiré un coup de pistolet sur la voiture de M. de Freycinet, alors Président du conseil. Je fus chargé de l'examiner avec MM. Motet et Magnan. C'était un homme chétif, faible d'intelligence, d'une vanité excessive. Cet homme, qui devint assassin politique, élait venu à Paris chercher sa fille; il avait eu l’idée de commencer ses recherches en montant sur tous les monuments publics, et avait soigneusement noté le nombre et la hauteur des marches de chaque édifice.

A la suite de notre examen, il fut interné à Bicêtre. Comme, au bout de quelques années, il n'avait présenté aucun nouveau symptôme d’aliénalion mentale, on songea à lui rendre sa liberté, et le médecin de l'asile l'avertit de sa libération prochaine. Le lendemain, comme il n’était pas mis en liberté, il aiguisa une lame de métal et chercha à ouvrir le ventre du médecin de l'asile, qu’il rendait responsable de ce retard.

Messieurs, il est fort difficile de pouvoir affirmer qu'un aliéné est définitivement guéri. Je vous citerai le cas suivant : un homme avait été interné à l'asile d'Avignon, parce qu'il tirait, après boire, des coups de revolver sur les passants; c'était un alcoolique dangereux. Aussitôt entré à l'asile, il devint fort doux, se plia facilement à toutes les rigueurs de la discipline, on l’'employa aux écritures. Îl resta onze ans dans l'asile sans avoir cherché à s'échapper et sans qu'on eût rien à lui reprocher. Au bout de ce temps, le médecin jugea qu'il ne pouvait plus le garder et il fut mis en liberté. Il prit un billet de chemin de fer pour Paris. Arrivé à Lyon, il fit un diner sans doute trop copieux, car aussitôt après il tira de nouveau sur les consommateurs voisins. Il s'était retrouvé, dans une seule journée, dans le même état qu’au moment de son premier internement, et l’on fut obligé de l’enfermer à nouveau.

4° MÉDECINS, SAGES-FEMMES ET PHARMACIENS ALIÉNÉS. — Enfin, Messieurs, je vous signalerai un dernier point fort embarrassant. Que faut-il faire quand un médecin, une sagefemme ou un pharmacien qui ont été inlernés sont rendus à la liberté? Il m'est arrivé plusieurs fois de recevoir des lettres de la Préfecture de police n’annoncant que tel docteur, sage-femme ou pharmacien, précédemment interné, était rendu à la liberté; j'ai gardé la notification, mais que puis-je faire? Le Doyen n'a pas compétence pour s’occuper des conditions dans lesquelles un médecin exerce son art. Le Préfet de police sent bien qu’il prend une certaine responsabilité en mettant en liberté une personne qui peut,

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