‹ l` exercice de la medecineChapitre 115 sur 188 · AE NP RE NO DT · texte numérisé non relu

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quittait pas: elle avait constamment à côté d'elle une ou deux gardes-malades. Un malin, on la trouva étranglée dans son lit; pendant la nuit, elle avait déchiré le bas de sa chemise, en avait fait une cordelette qu’elle s'était passée autour du cou, sans qu'un mouvement anormal ait pu donner l'éveil. Une enquête fut ouverte, et le médecin ne fut pas inquiété, car on put prouver qu'il avait pris les précautions nécessaires pour surveiller la malade; il avait placé des infirmières à ses côtés, il faisait lui-même des rondes de nuit, afin de voir si son personnel ne se laissait pas entrainer au sommeil, et ne se relàächait pas dans la surveillance.

Une fois le décès produit, le médecin de l'asile est obligé d'en faire la déclaration ; il fait donc participer au secrel un certain nombre de personnes qui n'auraient pas dù le connaître. [1 est vrai que, hormis le cas de suicide, les décès sont rares dans les maisons d’aliénés, car dès que l’on s'aperçoit que le malade est près de succomber, on le rend à sa famille, qui le fait soigner par son médecin ordinaire; il meurt à son domicile, et le secret médical est sauvegardé.

Le secret médical se trouve encore en partie violé quand une femme accouche dans l'asile d’aliénés ; le médecin de l'asile ou le directeur sont, en effet, obligés de se rendre à la mairie, pour y faire la déclaration de naissance. On peut tourner la difficulté en déclarant simplement qu’il est né, dans la commune ou dans l'arrondissement, un enfant de tel sexe répondant aux nom et prénoms de X...; cela est possible à Paris; mais quand une teile déclaration est faite en province, par un directeur ou un médecin d'asile, il est absolument certain que le secrétaire qui enregistre la déclaration connaît le lieu de la naissance. Je ne vois aucun moyen de remédier à cet inconvénient.

2° VIOLENCES COMMISES SUR LES ALIÉNÉS. — Le personnel chargé de garder les aliénés peut abuser ou de leurs passions ou de leur passivité : c’est ainsi qu'une femme internée a pu devenir enceinte des œuvres d'un infirmier. Dans un cas

de ce genre, l'infirmier fut condamné et le directeur de l’établissement fut révoqué.

Ces faits sont rares; il n’en est pas de même des violences exercées sur les aliénés par leurs gardiens. Ceux d'entre vous quiont visité des asiles d’aliénés, et je vous engage tous à faire quelques visites de ce genre, comprendront pourquoi ces actes de violence sont fréquents; pour ne pas se livrer à un de ces actes, il faut que les gardiens aient véritablement une patience angélique, surtout ceux qui sont chargés de surveiller les sections d'agités. Vous ne pouvez vous douter combien il est insupportable d'être obligé d'entendre pendant toute une journée ces malades débiter les plus odieuses injures, sans qu'il soit possible de les faire taire; on conçoit l’état d'exaspération auquel doivent fatalement arriver les infirmiers qui ont à surveiller, non pas un seul, mais un grand nombre d’aliénés. Si la patience leur échappe, ils se portent à de graves sévices sur les malades qui leur sont confiés, leur mettent un bâillon dans la bouche, les enserrent dans la camisole de force ou les ligotlent. Dans cinq ou six procès de ce genre qui se sont déroulés en quelques années, on trouva des fractures du larynx, produites soit par la strangulation à la main, soit, ce qui semble difficile à admettre, par le bord de la camisole de force brutalemeut serrée.

En 1887,je fus commis, avec Le D' Richardière, à l'effet de rechercher les causes de la mort d’un individu mort dans les circonstances suivantes à l'asile de Ville-Évrard.

Ce malade avait déjà été interné une fois dans le même asile et y avait laissé un fort mauvais souvenir parmi le personnel des infirmiers. Pour se rendre à la chambre qu'il devait occuper, il fallait monter un escalier; quand il fut arrivé en haut, nul ne sait ce qui se passa; toujours est-il qu'il roula jusqu'en bas et mourut des suiles de cette chute.

À l’autopsie on trouva le sternum enfoncé et toutes les côtes des deux côtés fracturées. Il était bien évident que la chute que l'aliéné avait faite dans l'escalier n'avait pu être

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