OPÉRATIONS. — CHIRURGIENS
l'avoir opérée du côté gauche, sans lui en avoir demandé l’autorisalion.
Le juge a débouté l'infirmière de sa demande par le considérant suivant: un médecin ne doit assurément pas entreprendre une opération sans le consentement du malade, mais, une fois l'opération commencée, il est seul maître d'apprécier jusqu'à quel point il doit poursuivre son intervention pour le bien du malade, et il doit faire tout ce que sa conscience et les règles de son art lui commandent, pour le salut même de son opéré (1).
Cette jurisprudence est la seule juste ; il est inadmissible que le chirurgien soit obligé d'interrompre son opération, de laisser le malade se réveiller, pour lui demander une autorisation quelconque. Le malade qui a donné son approbation au début de l'opération et s’est livré au chirurgien, l’autorise, par cela même, à agir comme il le jugera le meilleur pour la conservation de sa santé. J'espère que si une affaire de ce genre était plaidée devant les tribunaux français, le jugement rendu serait identique.
Avant de terminer ce que je devais vous exposer au sujet des opérations chirurgicales en général, il est une dernière recommandation que je tiens à vous faire : quand vous jugerez nécessaire une intervention chirurgicale chez un malade âgé de moins de vingt et un ans, n'oubliez pas que vous devez demander et obtenir l'autorisation des parents; eux seuls peuvent la donner, et l'autorisation du malade mineur est insuffisante, aussi bien en clientèle qu’à l'hôpital, pour garantir la responsabilité du chirurgien.
Ainsi que j'ai déjà eu l’occasion de vous le dire en vous parlant l’année dernière du secret médical, la majorité légale et la majorité réelle sont deux choses bien distinctes. Une jeune fille de dix-neuf ans, qui depuis plusieurs années a quitté sa famille, avec laquelle elle n’a plus aucun rapport, est majeure de fait, sinon de droit, mais, même dans
(1) Médecine moderne, 1896, n° 104, p. 196.
Ni
ce Cas, prenez vos précautions el n'opérez pas une personne
sans vous assurer qu'elle est libre de toute tutelle.
Enfin, quand vous devez opérer une femme mariée, n'oubliez jamais de demander l'autorisation du mari, qui est aussi indispensable que le consentement des parents quand l'opération porte sur des enfants (1).