‹ l` exercice de la medecineChapitre 156 sur 188 · SIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PARTIE

Messieurs,

Avant d'aborder l’étude de l'exercice illégal de la médecine proprement dit, je dois vous parler d’une variété de charlatanisme qui, malheureusement, à tendance à s'implanter en France. Je sais bien que le Procureur général Dupin disait en 1835 : « Que les médecins se rassurent, l'exercice de leur art n’est pas mis en péril, la gloire et la réputation de ceux qui l'exercent avec tant d'avantage pour l'humanité ne seront pas compromis par la faute d'un homme qui aura failli sous le titre de Docteur. On ne conclut pas ou on conclurait mal du particulier au général et d'un fait isolé à des cas qui n'offrent rien de semblable. Chaque profession renferme dans son sein des hommes dont elle s’enorgueillit et d’autres qu’elle désavoue. »

Cela est parfaitement exact; mais, quoi qu’en dise Dupin, le public a trop de facilité à tirer des déductions du particulier au général, et le charlatanisme médical contribue, pour une large part, au discrédit dans lequel tend à tomber la corporation médicale.

Vous connaissez tous les réclames éhontées qui, suivant le prix que l'on y met, s’étalent à la troisième ou à la

quatrième page des journaux quotidiens ; elles recommandent des médicaments plus ou moins efficaces, sous le couvert du nom d’un docteur, et sont suivies d’attestations de personnes, qui déclarent avoir été améliorées par leur emploi. Je ne vous en parlerais pas, si vous ne pouviez vous trouver exposés à pratiquer du charlatanisme involontaire, sans le savoir.

Tout d’abord, si vous soignez un journaliste, recommandezlui bien de ne pas prononcer votre nom dans son journal. Il croira vous être très agréable en faisant savoir à ses lecteurs qu'il à été sauvé par le célèbre D' X..., à moins qu'il ne proclame vos talents dans un article dithyrambique ; vous n’y êtes pour rien, mais cependant vous pouvez être sûr, qu'aux yeux de vos confrères, vous ne paraîtrez pas étranger à cette publication, et ils penseront que, si vous n'avez pas tenu la plume, vous avez au moins fourni l’encrier.

Un autre mode de charlatanisme involontaire est le suivant : un médecin compose une ordonnance que le malade fait exécuter à un pharmacien quelconque; celui-ci, la trouvant digne de la publicité, surtout si elle contient l’emploi d’un médicament nouveau, se l'approprie, et en fait une spécialité. Sur ses prospectus, sur les étiquettes de ses flacons, il ne manque pas de consigner que ce médicament

- est recommandé par le D' X..., et vous voyez votre nom

s'étaler dans des papiers distribués sur la voie publique ou à domicile. Dans ce cas, vous n’avez rien à faire; dès que vous avez prescrit un médicament, le pharmacien a le droit de le préparer et de le vendre sous le couvert de votre nom; j! a été ainsi jugé par le tribunal de la Seine, et son jugement a été confirmé par arrêt de la Cour.

Il y a fort longtemps déjà, M. Milne-Edwards, le père, fut victime d’une mésaventure de ce genre. Souffrant de coliques hépatiques, il avait éprouvé quelque soulagement en s’entourant d’une sorte de ceinture composée de tubes de caoutchouc, dans lesquels circulait un courant d’eau P. BRouARDEL. — Exercice de la méd, 30

D fe PRE oi CSS EE à ARTE RASE

tiède. Il fit faire cette ceinture chez un bandagiste, et fut fort étonné de voir, peu de temps après, à la quatrième page d’un journal, une annonce dans laquelle ce bandagiste recommandait à l'attention des personnes atteintes de coliques hépatiques l'appareil inventé par M. Milne-Edwards, membre de l'Institut, elc., et dont lui-même se servait pour diminuer les « cruelles et tenaces douleurs » dont il souffrait.

Dans ces cas, vous ne pouvez rien faire ; le pharmacien a entre les mains l'ordonnance dans laquelle vous prescrivez le médicament ou l'appareil.

Un second mode de charlatanisme fort répandu est celui dont les colonnes Rambuteau sont les confidentes. Ces édicules sont couverts d'affiches vantant les mérites du traitement de tel ou tel docteur. Généralement, le nom indiqué sur l'affiche n'est pas le vrai nom du médecin qui donne les consultations.

Voulant empêcher ces abus, nous avions fait voter par le Parlement le dernier paragraphe de l’article 9 de la loi de 1892, d'après lequel il est interdit d'exercer sous un pseudonyme; nous espérions que ces médecins, qui avaient encore la pudeur de cacher sous un nom d'emprunt leurs horteuses pratiques, seraient obligés de les abandonner s'ils étaient tenus d’étaler leur nom véritable sur leurs affiches.

Il n’en a malheureusement rien été; les juges ont décidé qu'exercer sous un pseudonyme, c'étail signer une ordonnance d’un nom autre que le sien. L'affiche, le prospectus peuvent porter un nom supposé; du moment que l'ordonnance est signée d'un docteur quelconque, l’article9 ne serait

pas applicable (1).

Les variétés de charlatanisme médical sont infinies; je n'ai pas la prétention de vous les énumérer, mais quelques exemples vous feront bien comprendre la profondeur du mal qui ronge la profession médicale.

Le public reçoit des prospectus dans le genre de celui-ci :

(1) Voy. page 66.

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Ho. PTE cAOdtaise, 50, A LR PT OT A

Moxsieur Er Mavaue,

Le Docreur MARTIN DU MAGNY, médecin dé la Faculté de Paris, membre de la Commission adininistrative de la Société médicale du département de la Vienne, a l'honneur de venir vous infor mer qu'il a fixé sa résidence dans la Ville de NIORT, rues Merraise ét Triaxos, à titre de MÉDECIN-ACCOUCHEUR et de MÉDECIN-CONSULTANT pour MALADIES des VOIES GÉNITO-URINAIRES.

Médecin spécialiste etautonomiste des maladies des Femmes, DITES UTÉRINES ouINTÉRIEURES, il met, dès aujourd'hui, à la disposition des personnes qui voudront bien l’honorer de leur confiance. une expérience médicale de 25 années, acquise, soit dans le département de

la Seine, soit dans le département de la Vienne.

AUTEUR du RECTUTÈRE, du PORTE-PESSAIRE et de l'ASPIRATEUR-UTERIN, etc., honoré de DEUX BREVETS D'INVENTION S, G. D, G., il est heureux d'apporter principalement les fruits de sa pratique et-de sestravaux au soulagement des souffrances des intéressantes malades du dépar-

tement des DEUX-SÈVRES.

NOUVELLE MÉTHODE de Traitement pour les VOIES GÉNITO-URINAIRES soit chez l'homme, soit chez la femme.

CURES VÉRITABLEMENT MERVEILLEUSES par l'usage encore inconnu de l'ASPIRATEUR-UTÉRIN, du RECTUTÈRE et du PORTE-PESSAIRE modernes.

APPLICATION, sur mesure, de toutes sortes de bandages et de ceintures.

Le Docreur MARTIN DU MAGNY pratique, aux points de vue de la PaysioLocie ET DE L'EseÈce, L'OPÉRATION DE LA FECONDATION ARTIFICIELLE de mari à femme,. moyennant références honarables (Méthode PAJOT).—(Cette opération, qui de prime abord pourrait paraitre anti-morale, a été non seulement approuvée par L'ACADÉMIE DE MÉDECINE DE Paris, mais

encore elle a été l'objet de ses félicitations et de ses ENCOURAGEMENTS.)

Application de l'Électricité médicale et l'Électricité Thermique: Consultations médicales, tous les jours, le samedi excepté, de midi à 4 heures, \

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