LES OPÉRATIONS SE RAIENT EN SUS
Le D' A... (de Poitiers) me demanda si des poursuites pouvaient être utilement exercées. Je lui répondis affirmativement, car, à mon avis, il y avait ià une tentative d’escroquerie en faisant luire aux yeux du public des espérances chimériques. J'ajoutai que la pratique des opéra-
tions qu'il préconisait, la fécondation artificielle et l'emploi
de l'aspirateur utérin, étaient immorales, attendu que la première pourrait permettre l'introduction dans la famille d'héritiers étrangers aux œuvres du mari, et que la seconde
ne semblait destinée qu'à provoquer les avortements. 1 J'ajoutai que, du reste, le D' Du Magny cherchait à tromper ses clients sur la valeur de la fécondation artificielle, car l'Académie de médecine n'avait ni approuvé, ni encouragé une telle opération, et qu'elle ne s'était jamais occupée de cette question.
Ce charlatan fut condamné.
Sous le titre Déballage d'un marchand de Santé, le Journal le Concours médical, publia la lettre suivante, adressée à domicile à un grand nombre de personnes habitant la Haute-Loire (1) :
8 décembre 1887. k Monsieur, J'ai l'honneur de vous informer que, nouvellement arrivé à T..…., \ dans la maison R..…., chemin de B.…, autrelois occupée par M. le D' A..., je viens y installer un cabinet pour visites et consultations médicales et chirurgicales. 3 Depuis plus de dix années déjà je pratique l’art médical. Habi- 1 tué à soigner les maladies spéciales à nos climats, je puis offrir à 4 des prix modérés les avantages d’une médication bien étudiée et 4 au courant des procédés les plus perfectionnés. 4 Pour obtenir de bons résultals, je me base non seulement sur É mes études et mon expérience, mais encore sur les travaux parti- Ë
culiers et les formules spéciales à moi laissées par mon défunt père, le docteur X.…., qui, pendant plus de trente-cinq années, a 4 pratiqué avec honneur et succès la médecine, la pharmacie et la É chirurgie. 4 Ainsi que je viens de le faire à Lyon, je m'occuperai d'analyses chimiques, soit pour rechercher les produits caractéristiques des maladies, soit pour étudier les produits alimentaires, souvent falsifiés ou altérés, et spécialement pour faire l'analyse complète de ‘chaque échantillon de vin qui me sera soumis. - Une élude sérieuse de l’orthopédie me permet de mettre à la dis-
(1) Concours médical, 27 juillet 1889, p. 358.
position de mes malades des ceintures-bandages ou tous autres appareils, préparés chacun suivant mes indications et portant mon nom. Ils sont indispensables pour les cas de hernies, affaiblissement des organes, etc.
Une longue pratique de l'électricité statique ou dynamique LÉ appliquée aux cas de faiblesse de constitution, de maladies nerveuses, rhumatismales ou paralytiques, me permet, grâce à de ÿ bons appareils, de doter ma clientèle d’un mode de traitement tout nouveau, très efficace, et jamais douloureux.
Ancien médecin des armées à Paris, je suis, par ce motif, particulièrement à même de donner dans la forme voulue, soit aux futurs soldats, soil aux militaires incorporés, des indications exactes touchant leur position prise ou à prendre, el, en général, tous conseils ou certificats de droit, pour les cas de médecine légale appliquée au service de santé militaire.
Pour me conformer aux derniers désirs exprimés par mon regretté père, et dans l'intérêt général de mon pays, je fon le à | mon domicile de T..., à partir du 1° juillet 1888, un dispensaire F3 ou cabinet de consultations absolument gratuites, ouvert à tous les indigents, que toute personne notable, de moi connue, voudra bien me recommander.
Le dispensaire aura lieu :
Les dimanches, de neuf à onze heures du matin pour les indigents résidant dans la commune de T...,
Tous les mardis, de neuf heures à dix heures et demie du matin, pour les indigents domiciliés dans les autres communes.
Mon état de santé me rend très pénibles les voyages de nuit. Je prie instamment les clients qui désireront m'appeler chez eux de
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me prévenir la veille ou dès le matin.
T Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments bien ‘é dévoués. Docteur X....,
Médecin de la Faculté de Paris.
A côté de ces lettres qui sont adressées aux clients, il en est d'autres qui sont déposées ou adressées par la poste, affranchies à 15 centimes, au domicile des médecins ou sages-femmes. En voici quelques exemples :
Important et confidentiel.
Paris, année 1895.
Madame,
Le Dr D.., chef du service d'accouchements à la policlinique de ..., a l'honneur de se mettre à la disposition de MM les sagrs-
femmes pour les interventions obstétricales (application de forceps; versions, etc.), et aussi pour toutes Les opérations gynécologiques (curettages, périnéorraphies, elc.).
Le Dr D... s'engage d'honneur à ne jamais intervenir, dans la suite, dans la clientèle desdites sages-femmes sans être appelé par elles ; il abandonne à Mmes les sages-femmes, pour les soins consécu: tifs aux opérations et aux accouchements, lu moitié des honoraires reçus pour ces accouchements et pour ces opérations; il laisse à Mmes les sages-femmes le soin de fixer, d’après la siluation de leurs clientes, les honoraires à recevoir; il se met aussi à leur entière disposition pour intervenir dans leur clientèle pauvre, gratuitement, ou pour une somme tout à fait minime.
Pour plus amples renseignements, s'adresser au docteur luimême.
Veuillez agréer, je vous prie, mes respectueux hommages.
D'E. D..., Rue du C.…., n°..
Un D" J...,ex-suppléant en chirurgie (?), spécialiste pour les maladies de la bouche et des dents, envoyait, il y a quelques années, la circulaire suivante :
Monsieur et honoré collègue,
Je viens me mettre à votre disposition, dans les cas nombreux où vous auriez à recommander à un dentiste les personnes de votre clientèle. Vous aurez un double avantage à m'envoyer votre monde.
Vous bénéficierez de 20 p. 100 des honoraires qui me seront dus el vous aurez la certitude de savoir vos clients bien servis, tant au point de vue du travail à exécuter qu’à celui de mes prix.
Vous devez savoir que le charlatanisme monstrueux de certains membres de ma spécialité accapare journellement, par ses bruyantes réclames, beaucoup de personnes des plus honorables.
Mes prix, que j'appellerai honnêtes, mes études médicales générales en France et spéciales de l'art dentaire en Amérique, mon caractère, que vous serez appelé à connaitre dans les rapports que Je pourrai avoir avec vous, seront autant de garanties que je vous offre.
Je joins à ma lettre un coupon à l'usage des personnes que vous désirez me confier.
Pour mon contrôle pécunier vis-à-vis de vous, je vous prierai de
détacher le côté gauche, que vous remettriez à votre client, et de
conserver le droit.
Veuillez agréer l'expression de mes sentiments les plus distin-
gués.
Dr
P.-S. — Mon secrétaire passera chez vous lors du règlement à vous effectuer.
Un autre chirurgien-dentiste de la Faculté de Paris, dont la circulaire porte la date du 20 juin 1898, s'exprime ainsi :
Voulant me faire connaître, et lenant compte que, si vous vouliez m'honorer de votre confiance, cela vous occasionnerait quelque dérangement, je mettrai à votre disposition uneindemnité de 25 p. 100 sur les prix des soins et travaux exécutés pour les clients venus par votre intermédiaire, sans cesser, pour cela, de me considérer comme voire obligé.
Un D' A. T..., ancien interne des hôpitaux (sous-entendu, de Nantes), auteur d’un traité quelconque, médecin consultant, spécialiste pour toutes les maladies, dont les prix étaient suffisamment rémunérateurs, puisqu'il prenait 20 francs pour une consultation, et 40 francs à domicile, terminait ainsi son prospectus du 10 mars 1888 :
MM. les pharmaciens qui adressent des malades à M. le D" A, T... recoivent, à titre de remerciement, une remise de 50 p. 100 sur les
honoraires touchés.
Le règlement des remises est fait chaque soir, par l'envoi de bons
de poste nominatifs. La remise est continuée pendant toute la durée du traitement.
Vous le voyez, c'est la dichotomie avouée, étalée au grand jour.
D'autres médecins se font complices de pharmaciens ; ils se tiennent dans leur arrière-boutique, afin de couvrir leur exercice illégal, où prescrivent aux malades qui viennent les consulter des ordonnances à clef, qu'ils sont obligés de faire exécuter chez un pharmacien qui leur est indiqué.
En 1889, un Américain de passage à Paris m'écrivit pour se plaindre à moi d'un médecin. Souffrant d'une affection
qu'il ne me nomme pas dans sa lettre, mais dont il est facile de faire le diagnostic, il se rendit chez un D' d'A..., dont il paya la consultation 9 francs, parce que, dit-il, il n'avait pas davantage sur lui. Ce médecin lui remit l'ordonnance suivante :
CABINET DU Dr D'A.. nié
sa Paris, le 25 novembre 1889.