Quels sont nos moyens d'action
Messieurs, pour les diverses maladies dont nous venons de parler nous ne sommes pas désarmés. Le médecin doit d'abord surveiller l'eau d'alimentation. Si un nombre anormal de décès se produit par suite de la fièvre typhoïde, par exemple, il peut prévenir le maire que l'eau est probablement de mauvaise qualité; à la suite d’une demande, le Comité d'hygiène fait une enquête, qui a pour résultat, le plus souvent, une transformation de l'origine de l'eau d'alimentation. Le public commence à s'occuper de l’eau qu'il boit, et, depuis 1884, soit par suite de l'influence des médecins sur les municipalités, soit que celles-ci aient été poussées par l'opinion publique, le Comité d'hygiène à fait environ 1200 enquêtes de ce genre. Le nombre des communes étant de 36000, c’est peu, mais, enfin, c’est un bon début. L’eau épurée, la fièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie auront bientôt presque complètement disparu.
Il est une maladie qui ne nous intéresse que peu, en France, attendu que les épidémies qu’elle occasionne sont fort rares, limitées à quelques ports, et ont été rapidement terminées; c'est la fièvre jaune. Je n’affirme pas, mais je pense que, dans les pays où elle existe à l’état endémique, les habitants trouveraientles plus grands avantages à surveiller leur eau d'alimentation. Voici sur quoi je base cette présomption.
En 1891, un élève de Du Mesnil, le D' Schoop, vint me trouver au moment de s’'embarquer, comme médecin, à bord d'un paquebot qui devait se rendre en Amérique, à Santos, où régnait une épidémie de fièvre jaune. Il me demanda quels moyens prophylactiques il pourrait employer, pour préserver la santé de l’équipage du navire. Ne connaissant guère la question de la fièvre jaune, mais sachant qu’on la rencontre surtout dans les villes situées à l'embouchure des grands fleuves, je lui donnai des conseils généraux; entre autres
choses, je lui recommandai de ne laisser, sous aucun prétexte, les hommes descendre à terre, et de ne leur permettre de boire que de l'eau distillée préparée, comme cela se pratique maintenant, sur le bateau même. Ces règles furent scrupuleusement suivies. Le navire, arrivé à Santos, se mit en quarantaine envers la ville et les autres bâtiments alors amarrés dans le port. Messieurs, les résultats furent excellents ; on n’eut à déplorer que la perte d’un seul homme, le lieutenant, qui, étant descendu à terre, prit la fièvre jaune, fut transporté à l'hôpital et mourut. Après un séjour assez long dans le port, le navire put appareiller et continuer sa route, alors que trente autres navires de toute nationalité, se voyaient dans l'impossibilité de partir, leurs équipages étant décimés par l'épidémie (1).
La seconde fonction du médecin consiste à dénoncer à la municipalité des logements insalubres qui existent dans la commune. Je vous l’ai dit, en vous parlant de la tuberculose, lalumièreet le soleil sont les deux principaux agents de l’assainissement : « Là où le soleil n'entre pas, le médecin entre souvent », dit un proverbe persan, et c'est bien vrai.
Actuellement, que pourra faire le médecin? Peu de chose ; Messieurs.
Quand fut promulguée la loi du 13 avril 1850 sur les logements insalubres, on ne songea pas que sa mise en pratique pourrait rencontrer des résistances, car elle semblait apporter une satisfaction évidente à un besoin pressant. Cependant, elle ne fut jamais sérieusement appliquée . L'article 1°" de la loi est ainsi conçu :
Article premier. — Dans toute commune où le conseil municipal l'aura déclaré nécessaire, par une délibération spéciale, il nommera une Commission chargée de rechercher et d'indiquer les mesures indispensables d'assainissement des logements et dépendances insalubres mis en location ou occupés par d’autres que le propriétaire, l'usufruitier ou l’usager.
(1) Schoop, Applicalion des mesures prophylactiques à bord du bateau le Corrientes (Ann. d’hyg., 1892, t. XXVII, p. 274).
Sont réputés insalubres les logements qui se trouvent dans des r conditions de nature à porter atteinte à La vie ou à la santé de Ë leurs habitants.
Vous voyez que, d'après cet article premier, la constitution de la Commission des logements insalubres est subordonnée au bon vouloir du Conseil municipal; actuellement, cette Commission n'a été constituée que dans une douzaine |
de grandes villes, particulièrement à Paris, Lille, Bordeaux, Marseille, le Havre, Roubaix, Nancy, Reims, Grenoble. Vous comprenez qu'une loi qui ne fonctionne que dans des limites aussi restreintes, ne peut donner de résultats pour