‹ l` exercice de la medecineChapitre 43 sur 188 · VOOR TNT ET ES · texte numérisé non relu

VOOR TNT ET ES

le pays; de plus, là où elle fonctionne en théorie,les rapports des commissions restent souvent enfouis dans les cartons pour n’en plus jamais sortir. Il y a quelques années, un conseiller municipal de Paris me disait que, depuis quinze ans qu'il faisait partie du Conseil, il n'avait jamais déposé un seul rapport. Quand, par hasard, une sanction est donnée 4 à l'enquête et au rapport de la Commission, elle ne survient il guère, lorsque le propriétaire résiste, que cinq ou six ans plus tard; il y a prescription, et le propriétaire d’un immeuble insalubre n’est condamné qu'à 15 francs d'amende, ce qui est bien insignifiant.

Un autre point de cet article est défectueux; la loi n’est | applicable que si le logement insalubre est loué; si c’est le 4 propriétaire lui-même qui l'habite, quelque malsain qu'il soit, la Commission n’a rien à y voir, c’est le respect de la propriété poussé à son extrême limite, et, comme l’a dit Théophile Roussel, c'est consacrer le droit au suicide.

La Chambre des députés s’est fort émue de ces arguments, que je lui ai présentés au cours de la discussion de la loi sur la santé publique, et elle a voté une loi nouvelle; mais, réagissant sur celle de 1850, elle alla trop loin. C'est ainsi que, d’après celte nouvelle loi, les Conseils d'hygiène seraient chargés de l'application, sans appel, des articles concernant les logements insalubres. La chambre avait constitué ainsi un tribunal d'exception, et vous savez, Messieurs,

en quelle suspicion est tenu un arrêt pris par un tribunal de cette espèce; le public s’imaginera toujours que certains seront favorisés, les autres frappés à tort; personne ne sera salisfait.

Quand la loi vint en discussion devant le Sénat, celui-ci, ému surtout par l'atteinte portée à la propriété, renvoya le projet de loi à la Commission et, depuis, nous cherchons un terrain de conciliation qui n’a pas encore été trouvé.

Cette queslion des logements insalubres a une importance capitale. Prenons comme exemples les faits qui se sont passés à Bombay, lors de l'épidémie actuelle de peste. Vous savez, Messieurs, que le bacille de la peste, qui est maintenant bien connu, vit surtout dans la terre ; aussi, dès le début de l'épidémie, on s’aperçut que les individus frappés en plus grand nombre élaient les indigènes, qui habitent des cases dont le plancher est en terre ballue et qui couchent séparés de la terre seulement par une naile. Les Européens, habitant des maisons plus saines, ont été généralement indemnes, excepté les médecins, les infirmiers, les sœurs qui approchaient les malades. En un seul point de la ville, les blancs furent atteints en grand nombre par le fléau. C'est dans un quartier spécial, qui fut construit au moment où se développa le commerce du coton aux Indes. A cette époque, on cantonna les ouvriers dans de vastes bâtiments, les chawls, ayant cinq à septétages, séparés les uns des autres par des rues de trois mètres seulement, Sur le palier de chaque étage, débouche un long corridor donnant accès de part et d'autre dans des chambres de 2 m. 40 sur 3 m. 60, où s’entassent huit ou dix personnes, parfois même davantage, qui jettent toules les ordures du ménage dans le corridor commun.A chaque étage, se trouve un seul cabinet d’aisance, situé à l'extrémité du couloir, de sorle qu’il n’en existe qu'un pour 60 personnes au moins. Chacun de ces grands bâtiments renferme de 500 à 1000 ha-

bitants.

La propagalion de l'épidémie, dans ce milieu, n'avait rien

A D dn

d'extraordinaire. Je ne sais si, depuis, des améliorations ont élé apportées; je l'espère, car si rien n’étail fait de ce côté, ce serait, suivant l'expression même d'un savant anglais, le D' Thorne-Thorne, une honte pour l'Angleterre.

Quels sont les moyens pratiques dont nous disposons pour éviter la propagation des épidémies? Ils sont au nombre de deux, la désinfection et l'isolement.

La désinfection par la vapeur sous pression a donné, depuis 1885, date à laquelle parurent les premières étuves, de très bons résultats dans les épidémies de fièvre typhoïde, de choléra, de suette et de typhus. Assurément, la désinfection n’est pas absolue; si on place dans les étuves des objets de literie, des étoffes, comme je vous l’ai déjà dit, tous les germes ne sont pas tués, mais le plus grand nombre disparait, diminuant d’aulant les chances de propagation; il peut en subsister un nombre plus ou moins considérable, 10 p. 100, par exemple, qui ne pourraient être anéantis que par le feu, le grand purificateur.

Il y à un certain nombre d'objets qu'il est impossible

de placer dans les étuves; les chapeaux, les souliers, tous les objets de cuir.

Il est également impossible d'obliger les personnes, ayant eu une maladie infectieuse, à faire passer à l’étuve des tentures et des tapisseries, souvent d'une grande valeur marchande et artistique.

Il me souvient que, lors de l'épidémie de choléra d’Espagne, nous fûmes obligés d'employer à la désinfection des ouvriers qui, ne connaissant que fort peu le maniement des appareils, placèrent dans les étuves, des «souliers, des objets de cuir qui en ressortaient dans un étal pitoyable. On paya intégralement le dommage causé qui, du reste, ne fut pas très considérable, puisque le total des effets avariés s'éleva à 800 francs. Une seule plainte parvint au Ministère de l'intérieur; elle émanait du Sar Péladan, dont les bottes, soumises à la désinfection, étaient sorties de l’étuve plissées, ratatinées, dans un état pitoyable.

Enfin, il est une variété importante d'objets qui ne supportent pas la désinfection, et qu'il serait cependant du plus haut intérêt de débarrasser des germes qu'ils peuvent contenir, ce sont les livres et les cahiers. Une épidémie se déclare dans une école : les objets de peu de valeur, tels que les porte-plume et les crayons, que les enfants ont l'habitude de porter à leur bouche, peuvent être facilement détruits par le feu. Mais il est impossible d’agir de même avec les livres, à cause de leur prix élevé; cependant ce serait le seul moyen de supprimer une des causes principales de la propagation des germes. Il y a quelques années, survint une épidémie de diphtérie dans un lycée; la classe la plus atteinte était celle des mathématiques spéciales ; c'était précisément au moment des examens; vous comprendrez qu’il nous était difficile de détruire les livres des élèves et surtout leurs cahiers, qui contenaient les cours de plusieurs années, sans leur causer le plus grand préjudice, au point de vue du résultat de leurs examens ou concours.

Comme je vous l’ai déjà dit, la désinfection n’est pas toujours pratique. Quand il s’agit d'une maladie d’une durée relativement courte, telle que la scarlatine, la rougeole ou la diphtérie, elle est possible ; mais dans les cas de maladies chroniques, comme la tuberculose, il n’en va pas de même. La maladie dure plusieurs années, et il est impossible d’obliger la famille du malade à faire pratiquer, tous les quinze jours, une désinfection des locaux qu'il habite, afin de détruire les germes répandus par le malade pendant ce court espace de temps.

En résumé, la désinfection doit être pratiquée toutes les fois qu’il s’agit d’une maladie infectieuse. Si elle ne détruit pas tous les germes, elle en diminue énormément le nombre, et, par là, diminue les chances de propagation. Dans les maladies de durée trop longue, comme la tuberculose, le médecin devra se borner à donner des conseils, à recommander la désinfection des linges souillés, à insister pour que le malade ne crache que dans des crachoirs contenant

DR NE ER dre

un liquide antiseptique, mais son rôle ne saurait, malheureusement, aller plus loin (1).

L'isolement peut également concourir d'une façon efficace à la diminution des chances de propagation des’ mäladies conlagieuses.

Autrefois, l'isolement était pratiqué seulement pour les lépreux, qui élaient cantonnés, séque:trés dans des établissements spéciaux, les léproseries, où ils traînaient leur misérable existence, sans recevoir de soins et sans qu'on cherchât à alléger leurs souffrances. Actuellement, la lèpre est en augmentation notable, on en constate des cas de plus en plus nombreux en Allemagne, en Suède, en Norvège et en France. Je ne demande certes pas que l’on revienne aux léproseries, qui ont laissé dans l'histoire de’si tristes souvenirs, mais je crois, si celte maladie continue à faire d'aussi rapides progrès, qu'il sera nécessaire de créer pour Îles lépreux des quartiers spéciaux dans les hôpitaux, de manière à diminuer les risques de contagion pour les autres malades.

L'isolement, par lui-même, sans autre mesure prophylactique, a donné souvent d'excellents résultats. C'est Tarnier qui, le premier, ’appliqua d'une façon rigoureuse àla Maternité pour les femmes en couches. Au moment où il prit ce service, les femmes mouraient dans la proportion de 13 à 17 p. 100, el je puis en parler avec certitude, ayant, peu de temps auparavant, remplacé, comme médecin du Bureau central, le D' Hervieux, dans celte maison d’'accouchéments. Dans certaines épidémies, la mortalité atteignit 30 à 33 p. 100. Tarnier fil construire un pavillon d'isolement qui: porte som nom, grâce auquel la mortalité tomba à 3 p.100. Depuis la découverte et la pratique rigoureuse de l’antisepsie, ce pavillon est devenu inutile; la mortalité a encore diminué puisque, actuellement, elle n’est plus guère que def p.109; cechiffre représente la mortalité des femmes ayant eu des dystocies, et qui

(1) Landouzy, Bulletin de l'Académie de médecine, 3e série, t. XXXIX, p. 664.

ont déjà subi, avant leur entrée à l'hôpital, des opérations obstétricales infructueuses.

L'isolement peut donc, à lui seul, donner de bons résultas; on doit le conseiller pour toutes les maladies infectieuses. Actuellement, dans les hôpitaux de Paris, on isole : la diphtérie, la scarlatine, la rougeole, la variole, l'érysipèle ; je ne parle que pour mémoire des maladies épidémi- . ques rares, comme le choléra et le typhus. Quant à la tuberculose, à la suite du rapport de MM. Grancher et Thoinot (1), au nom d'une commission nommée par le Directeur de l’Assistance publique, on à commencé à pratiquer l'isolement des tuberculeux; nous pouvons espérer que,d'ici à quelques années, on aura, dans chaque hôpital, un quartier spécial, où les tuberculeux pourront plus facilement recevoir le traitement en rapport avec leur état et gràce auquel ils cesseront d’être, pour leurs voisins de FUe une cause de contamination.

Messieurs, le rôle du médecin, comme conseiller, est très important, quand il s’agit de maladies épidémiques ; ce rôle est double. D'abord ,il doit soigner le malade, en second lieu prévenir la famille et l'administration.

En prévenant la famille, il peut arriver à diminuer la mortalité en restreignant les chances de contagion. Dans une famille où l’un des membres est atteint de tuberculose, par exemple, il devra conseiller d’éloigner toutes les personnes qui sont inutiles pour donner des soins au malade; on pourra ainsi éviter la contamination et la disparition de familles entières, Le médecin devra, en outre, prévenir le malade, qu'il peut être pour lui-même une source de réinoculation ; il lui fera donc prendre tous les soins hygiéniques en rapport avec son état.

L’auto-infection est, en effet, un facteur important dans la marche et le pronostic de certaines affections, dans la tuberculose en particulier. M. Nocard, à l’école d’Alfort,

(1) Grancher et Thoinot, L'hospilalisalion des luberculeux (Ann, d'hyg., 1896, t. XXXVI, p. 525).

P. BrouArRDEL. — Exercice de la méd, 9

a montré cette influence sur les chevaux atteints de morve. Il a placé un certain nombre de chevaux morveux au même degré, les uns regardant leur auge et mangeant dans cette auge; les autres placés tête à queue et mangeant dans des bannes stérilisées après chaque repas. Tous ceux qui mangeaient dans leur auge sont morts, les autres ont élé guéris. Les premierso étaient donc bien morts, parce que se trouvant en contact continuel avec les germes contenus dans la sécrétion qui constitue le jetage, ils se réinfeclaient.

Le médecin doit prévenir les familles du danger qu'elles courent, mais sans les effrayer outre mesure. C'est là une question de tact, certaines personnes étant beaucoup plus grappées que d’autres de l’avis formulé par le médecin. Cependant le médecin est obligé de leur faire connaître le danger, car il doit veiller non seulement sur la santé du malade pour lequel on l'appelle, mais encore sur la santé de la collectivité de la famille, et, comme l'a dit Napias : « Tout le monde a intérêt à prendre chez soi les précautions nécessaires pour empêcher la maladie de se transmettre aux autres membres de la famille et aux voisins. Tout le monde a intérêt à ce que son voisin prenne des précautions chez lui, quand il a un malade atteint de maladie contagieuse. »

Je n'ai pas besoin d’insister à nouveau sur le devoir qu'a

e médecin de prévenir l'administration des cas de maladies contagieuses, ce devoir social ressortant suffisamment de ce que je vous ai dit el des faits probants que je vous ai cités.

Page 1