Ordonnances et signatures illisibles
Il arrive trop souvent que les ordonnances des médecins et leur signature sont illisibles; cela est connu de tout le monde, se dit couramment dans la conversation et a même été l’objet d’une scène fort amusante, dans un vaudeville joué il y a quelques années. On racontait que le médecin de service d’un théâtre ayant donné son fauteuil à l’un de ses amis, étranger aux choses de la médecine, celui-ci avait été appelé par hasard, au cours de la représentation, à donner des soins à une jeune dame indisposée. Ne sachant que faire, après l'avoir délacée, il griffonna une ordonnance, écrivant sur le papier des mots sans suite, et apposant au bas de sa prescription une signature illisible. Le pharmacien remit à l'employé du théâtre envoyé à son officine une potion qui fit le plus grand bien à la malade.
Ceci est fort bien dans une pièce de comédie, mais il n’en va pas de même dans la réalité. En premier lieu, le pharmacien ne doit pas, d'après l’article 5 de la loi de 186, exécuter une ordonnance dont la signature est illisible. Il est assurément fort difficile au pharmacien d'établir l'identité d'une signature, car il ne lui est guère possible de connaître le parafe de tous les médecins exerçant dans une ville d’une certaine importance ; de plus, la similitude des noms peut être un obstacle auquel il n’est guère aisé de remédier. À Paris, par exemple, il y a un grand nombre de médecins portant les noms de Martin et de Fournier. Le pharmacien ne peut, à coup sûr, les connaitre tous.
Une autre difficulté se présente; il est arrivé fréquemment, comme le disait M. Yvon à la Société de médecine légale, qu'une bonne sonne la nuit à la porte de la pharmacie pour faire exécuter une ordonnance urgente, prescrite par le médecin appelé auprès d’une personne grave-