ORDONNANCES INCOMPLÈTES
prudence, il faut préciser la situation des docteurs vis-à-vis des pharmaciens,
Messieurs, tout le monde peut se tromper en faisant une ordonnance; je pourrais vous citer un Professeur de cette Faculté qui garde une ordonnance signée de son nom, qui lui fut rapportée par un pharmacien et dans laquelle il avait prescrit 4 grammes de sulfate de strychnine, au lieu de 4 grammes de sulfate de quinine.
Le rôle du pharmacien est de vérifier, en quelque sorte, l'ordonnance du médecin; s’il rencontre une ordonnance qui est incomplète ou lui semble erronée, il a le devoir et le droit de prévenir le médecin, car, en cas d'erreur, sa responsabilité personnelle est engagée. Quelques-uns de nos confrères ont été révoltés de cette ingérence du pharmacien sur le terrain médical; c’est pourtant un contrôle tutélaire pour le médecin, et ce contrôle a été jugé nécessaire par les législateurs lors de la discussion de la loi sur la pharmacie ; on a pensé, à mon avis avec Juste raison, que ce n'était pas trop de deux personnes responsables quand il s’agit d'administrer des substances aussi dangereuses que celles qui entrent couramment dans la composition des médicaments.
Je ne puis vous énumérer tous les exemples d’ordonnances incomplètes qui sont venus à ma connaissance; il y en a trop; cependant je vous citerai encore un exemple dans lequel les accusés, le médecin et le pharmacien furent acquittés. L’acquittement, il est vrai, a tenu à fort peu de chose, à un hasard heureux. Voici les faits :
Le D' C..…. est appelé auprès d'une dame F..., à laquelle il prescrit une potion au calomel, sans indiquer la dose de substance active qui devait entrer dans cette potion. Le pharmacien compose une potion dans laquelle il fait entrer une dose de calomel non toxique, mais à la suite de l’absorption de laquelle on observa une aggravation de Ia maladie ; cependant la malade guérit.
Le docteur et le pharmacien furent acquittés à cause
d'une présomption qui existait en leur faveur. Le médecin, en effet, avait, avant de prescrire la potion, réclamé l'assistance d’un de ses confrères, qui avait trouvé la malade dans une situation des plus graves, de sorte qu'il fut impossible au tribunal de faire la preuve que l’aggravation de la maladie provenait du fait de la potion, et non du fait même de la marche de la maladie (1).
On a également fort souvent reproché aux médecins, pour s'éviter la peine de formuler, disent les uns, par ignorance, disent les autres, l'habitude qu'ils ont prise de prescrire des spécialités, pour lesquelles ils n’ont qu'un simple nom à écrire et grâce auxquelles ils évitent de faire des erreurs de posologie.
Des poursuites furent exercées, il y a un an environ, contre un médecin qui avait ordonné une spécialité, sans indiquer la quantité de substance active qui y était contenue.
Le tribunal correctionnel a jugé que ni le médecin, ni le pharmacien n'avaient engagé leur responsabilité, attendu que la spécialité prescrite avait des propriétés connues du médecin qui l’ordonnait, et que le pharmacien ne peut être considéré comme responsable de la posologie d’une substance médicamenteuse qui peut être variable, qu'il n'a pas lui-même composée et qu'il ne fait que revendre, agis-
sant comme intermédiaire entre le fabricant et le malade (2). .