ORDONNANCES ERRONÉES
de faire présenter à des médecins leurs ordonnances renfermant des erreurs graves, soit erreurs de mots, soil erreurs de doses. Quand un client apporte une ordonnance de ce genre, le pharmacien le prévient que la préparation
du médicament demandera quelques heures; pendant ce temps, on présente la prescription au médecin, qui le plus
souvent, reconnait son erreur; s'il maintient néanmoins sa première formule, le pharmacien lui demande de signer une déclaration, constatant que l'ordonnance lui a été représentée pour la rectifier, dégageant ainsi sa responsabilité des suites fâcheuses que pourrait produire le médicament.
Comment se fait-il que de si grossières erreurs puissent si facilement se commettre?
Vous savez, Messieurs, que lorsque vous allez voir un client, pour peu que la maladie ait quelque gravité, vous êtes entouré de toute la famille éplorée, qui craint d’oublier le plus petit symptôme pouvant éclairer votre diagnostic, vous êtes entouré de personnes qui, ayant besoin d'être rassurées, vous parlent pendant tout le temps que vous rédigez voire ordonnance; de là bien des erreurs de plume.
Je vous donne le conseil, quand vous vous trouverez dans cette situation, de ne jamais répondre aux questions qui vous sont posées avant d’avoir terminé vos prescriptions. L’ordonnance étant écrite, relisez-la à haule voix, expliquant avec détail à la famille la manière de prendre les médicaments, puis, après vous être assuré que tout est régulier, apposez votre signature.
a. ERREURS COMMISES PAR LE MÉDECIN. — Il y a quelques années, alors que l’on commença à employer couramment dans la thérapeutique le chlorhydrate de quinine, un certain nombre d'erreurs furent commises par des médecins, qui, entrainés par l'habitude, firent suivre le mot chlorhydrate des mots « de morphine », cel alcaloïde ayant été jusqu'alors presque le seul prescrit dans sa combinaison avec cet acide.
Un médecin,après avoir visité une malade atteinte d'affection pulmonaire, fit une prescription conçue dans les termes
suivants :
Solulion.
Chlorhydrate de morphine............... 1 gr. Haurerter Sssavene serre ee OU Potion. Ker Ms ere teen eee creer 50 centigr.
SITOD-e- rer srrerer rer re 30 gr.
SirOpide tOlUe RCE ER EC TEEN CRC -ECCr ENT 30 — Eau de laurier-Cerise...-..".0".10" ae JUN Faute ee ce Mie E lee arte 30 — Granules defSetliiz tee ere. 5 250 — Solution claire. — La moitié demain de midi à une heure, le reste après-demain. | Potion. — Par cuillerée à soupe à prendre dans deux jours. — Une cuillerée après les crises de toux.
Granules : une belle cuillerée. Signé :X,.
Bien que la solution de chlorhydrate de morphine ne répondit à aucun des usages soit internes, soit externes de la morphine, le pharmacien exécuta l'ordonnance et se contenta de placer sur la bouteille contenant la solution une bande rouge orange, insuffisante d’ailleurs, pour prévenir que le médicament délivré était destiné à l'usage externe.
La malade absorba la moitié de la solution et mourut.
Des poursuites furent exercées. Le pharmacien affirma, pour sa défense, qu’il avait pensé que la solution était destinée à des frictions, et qu’on ne pouvait lui reprocher d’avoir exécuté une prescription mal formulée, parce que la quantité de chlorhydrate de morphine n'avait pas été écrite en toutes lettres, attendu, disail-il, que l'ordonnance de 1846 élait tombée en désuétude. Le tribunal de Lectoure, dans son audience du 5 avril 1895, condamna solidairement le médecin et le pharmacien à 3 500 francs de dommages-intérêts à payer au mari et à la fille mineure de la défunte (1).
(1) Bulletin officiel du syndicat des médecins de la Seine, 15 novembre 1895, p. 105.
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