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ERREURS COMMISES PAR LE PHARMACIEN

qui ordonna, malgré les observalions du pharmacien, une potion au cyanure de potassium à cinq ou six de ses malades qui moururent intoxiqués. Il n'y eut pas de poursuites Judiciaires.

L'autre exemple est celui d'un médecin de Saint-Malo, le D' Macé, qui ordonna à un de ses malades 4 grammes de cyanure de potassium et maintint son ordonnance, malgré l'intervention du pharmacien. Il fut condamné à trois mois de prison et 50 francs d'amende.

b. ERREURS COMMISES PAR LE PHARMACIEN. — Îl arrivera parfois que, au cours d'une maladie dont vous suivez la marche depuis le début et dont le diagnostic n'est sujet à aucune erreur, il surviendra des accidents qui vous surprendront ; souvent ces accidents sont dus à une marche anormale de la maladie, mais il peut se faire qu'ils reconnaissent pour cause une erreur commise par le pharmacien. Aussi je vous conseille, si vous observez un cas semblable dans votre clientèle, de prendre et d'emporter le reste des médicaments, afin de les faire analyser.

Le pharmacien peut se trouver, par habitude, entrainé à lire, à la suite d’un mot, un nom de substance autre que celle que le médecin a prescrite; après avoir lu le mot chlorhydrate, 11 pensera aussitôt à la morphine, de sorte qu'il donnera du chlorhydrate de morphine, au lieu de chlorhydrate de quinine ou d’apomorphine.

À côté de ces erreurs de lecture, le pharmacien peut commettre des erreurs de médicaments. Je vous rappellerai le: cas du fils d'Horace Vernet, qui fut-empoisonné par suile d'une erreur commise par un pharmacien, qui donna de l’arséniate de soude, au lieu de sulfate de quinine.

Dans une ordonnance de M. Dujardin-Beaumetz prescrivant un lavement contenant du chlorhydrate de quinine, le pharmacien lut et fournit du chlorhydrale de morphine; il fut poursuivi et condamné. A l'audience le Président me demanda si, ayant une ordonnance à faire exécuter, j'aurais uue confiance suffisante en ce pharmacien, qui du reste

était fort honorablement connu, et si je la porterais à son officine. Je répondis nettement par l'affirmative, car je considère qu’une erreur peut échapper à la personne la plus attentive, mais qu'après un accident les précautions pour l'éviter sont encore plus rigoureuses que par le passé.

L'affaire dont je vais maintenant vous entretenir résout un point spécial, concernant les rapports du pharmacien ou du médecin vendant des médicaments avec les fournisseurs de drogues et de produits chimiques.

En 1880, un pharmacien délivra de l’oxalate de potasse au lieu de sel de Seignette; voici les faits :

Une petite fille de neuf ans et demi, enfant des époux C..., avait un embarras gastrique sans gravité ; le docteur avait prescrit une dose déterminée de sel de Seignette (tartre de potasse et de soude). Ce médicament, délivré par l'élève de M. P..., pharmacien, fut administré à la petite fille. Voici ce que déclara le père :

« Dès qu’elle à eu bu le liquide, elle a pris son ventre dans ses mains, puis elle m'a dit que c'était salé et que ca la brûlait; aussitôt elle rendit de l'écume blanche par la bouche; ses lèvres devinrent bleues et enflées, ses yeux s’injectèrent de sang; elle rendit à peu près la valeur d'un demi-verre de matières rouges de sang, puis elle dit : « Papa, maman, «je ne vois plus, je meurs!... » Tout de suite après, elle poussa quelques cris et rendit le dernier soupir. Le tout a duré moins de vingt minutes. »

Il fut bientôt constaté que la pauvre enfant avait absorbé du sel d'oseille.

Une instruction fut ouverte. L'élève pharmacien, interrogé, prouva qu'il avait pris la substance par lui délivrée dans un bocal étiqueté : sel de Seignette, et cette étiquette existait depuis le 19 juin 1877. La faute devait donc être imputée à M. P...

Ce pharmacien rejeta la responsabilité de l'accident sur le droguisle en gros, M. D.., qui, déclara-t-il, lui aurait, le

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