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Morpmne

Je ne reviendrai pas, au sujet de cet alcaloïde, sur ce que je vous ai dit de l’opium et de ses dérivés au point de vue de la susceptibilité de certaines personnes et particulièrement des enfants. Il est entendu que l’on ne doit jamais ordonner de morphine aux enfants (1).

Je vous entretiendrai seulement des injections sous-cutanées et des inconvénients graves qu’elles peuvent présenter pour le malade et pour le médecin.

Les injections sous-cutanées de morphine sont dangereuses ; il faut bien que vous graviez cet axiome dans votre esprit, et j'y insiste surtout, parce qu'aujourd'hui on a tendance à pratiquer cette médication commode avec beaucoup trop de facilité.

Les accidents à la suite d'injections hypodermiques de morphine sont très rares dans les hôpitaux; cela tient, je crois, à ce que les piqüres sont le plus souvent faites quand les malades sont couchés ; au contraire, en ville, où on les pratique souvent le malade étant assis ou debout, les accidents sont moins rares.

Il y a quelques années, se présenta à la consultation du D' D... une malade ayant une névralgie très intense. La malade étant assise, il lui pratiqua une injection de morphine, à la suite de laquelle elle tomba en syncope. Il s’écoula deux ou trois heures avant que la malade fut en état de quitter le cabinet du médecin.

(1) Voir page 194.

246 LA RESPON3SABILITÉ DU MÉDECIN.

Un autre médecin fit, également dans son cabinet, une piqûre de morphine à une dame qui mourut immédiatement après la piqüre.

Il y a peu de temps, deux médecins, le même jour, dans la même localité située aux portes de Paris, eurent deux clients, l’un un homme, l’autre une femme, qui moururent subitement, après une injection de 0s',01 de chlorhydrate de morphine. Cette coïncidence était tellement singulière que le parquet s'inquiéta, se demandant s'il n’y aurail pas eu, par hasard, une erreur provenant du pharmacien. Les solutions étaient absolument normales, titrées comme c'est l'usage à 05',01 de morphine pour 1 centimètre cube d’eau. L'une avait élé exécutée à Paris, l’autre par le pharmacien d'A... ; ces médecins s'étaient déjà servi de ces mêmes solulions, et n'avaient eu aucun accident à constater.

Quel est, dans ces cas, le mécanisme de la mort? Nous n'en savons absolument rien. On a supposé que la pointe de l'aiguille avait piqué une veine et que la solution, pénétrant d'un seul coup dans le torrent circulatoire, avait été suffisante pour occasionner la mort. Cela se peut, mais est loin d’être démontré. Dans tous les cas, prenez vos précautions. Ne faites jamais d’injections sous-culanées dans votre cabinet, mais rendez-vous au domicile de votre malade; faites-le coucher. Si, dans ces conditions, une syncope survient, vous serez prêt à intervenir et la famille sera témoin des soins que vous donnerez à votre malade, pour le rappeler à la vie.

Il est un point sur lequel je reviendrai encore au sujet de cet alcaloïde; c’est la perméabilité rénale, occupezvous toujours de l’état des reins de votre malade; n’oubliez pas que la morphine s’élimine par le rein et en même temps diminue la sécrétion rénale; si le malade a de l’albuminurie, s'il a une lésion cardiaque, qui puisse vous faire soupçonner l'existence d’une néphrite, même légère, abstenez-vous.

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