CHAPITRE PREMIER
À sa sortie des Facultés, où il vient de passer de longues années, où il a subi d’innombrables examens, le nouveau médecin se trouve tout d’un coup jeté dans la vie, la proie d’une société, qui, déjà, porte envie à sa future situation sociale, et,loin de le protéger dans ses premiers débuts, va prendre, au contraire, un malin plaisir à multiplier les obstacles à sa réussite.
La société qui veut être protégée dans chacun de ses membres, contre les maladies, confie au médecin lesoin de sa santé. En délivrant son diplôme au docteur en médecine, la société prend l'engagement de protéger ce dernier contre une concurrence déloyale, quels que soient les moyens qu’elle emploie pour se manifester. Par ce monopole, elle lui concède exclusivement le droit de guérir, de prescrire, et s'engage, par cela même, à débarrasser de sa route, tout individu,
qui, non muni de diplôme, émettrait la prétention d’instituer des traîtements aux malades.
La loi, réglementant l'exercice de la médecine, n'a pas d’autre ‘but.
Mais, c’est de toutes les lois existantes celle que l’on viole le plus, de même que la loi de germinal régissant l'exercice de la pharmacie.
De nos jours, les tribunaux se montrent assez indulgents pour sourire et pardonner aux délinquanis. Aussi, l’exercice illégal de la médecine se fait-il ouvertement partout, sous toutes les formes.
Les recettes des vieux grands-parents se transmettent de génération en génération, les remèdes: de bonne femme sont conservés religieusement. Les charlatans, les masseurs, les magnétiseurs,les rebouteurs immobilisent ou plutôt accaparent une nombreuse et vaste clientèle.
- Mais, que dirons-nous des annonces fallacieuses, charlatanesques, indiquant les traitements les plus bizarres, souvent néfastes, emplissant des pages entières de journaux, d'individus usurpant le titre de docteur, qui, sous les allures de chro-. nique scientifique, préconisent les remèdes les. plus étranges capables de guérir tous les maux.
Nous ne pouvons, dans ce modeste cadre, à notre plus grand regret, envisager les différents modes d'exercice illégal de la médecine. Mais, : écœuré par la lecture de tous les mensonges qui : s’étalent quotidiennement à la face de tous, qui.
finissent par prendre des allures de vérité, ‘indigné de tout le mal que ces charlatans et vendeurs de remèdes secrets font courir à la santé publique, navré du préjudice qu'ils occasionnent à la profession médicale, l’idée nous est venue de réagir contre cet état de choses et de jeter un cri d'alarme !
Que l’on parcoure un journal, l’on trouve, en première page, une chronique documentaire, aux allures scientifiques, où l’on apprendque les hémorroïdes sont guéries sans opération par la pommade X... ; qu'on mette le nez dehors, un homme sandwich se dresse prônant les réclames d'un institut quelconque, « le seul guérissant les affections du cuir chevelu, la pelade, le sycosis, l’eczéma ». Dix pas plus loin, un distributeur vous glisse dans la main un opuscule, éloge de la méthode X..., la seule qui guérisse en trois jours « les écoulements les plus rebelles » la syphilis, sans mercure, en quinze jours, les rétrécissements en une seule séance, etc.
Plus loin, encore, ce sera dans l’omnibus qui vous emporte, les pastilles X..., les seules efficaces guérissant en moins de vingt-quatre heures, les rhumes les plus opiniâtres. Sur le rideau du théâtre que vous avez choisi, vous apprendrez que les pilules X..…, sont les seules souveraines contre l’impuissance,que le suppositoire Z... guérit la constipation en une seule application, etc.,etc.
Donc, le parasite de la profession médicale se
trouve partout ; partout il prôneses vertus, partout il enseigne l’art de guérir les plus terribles fléaux de l’humanité, partout il fait. acte et présence de médecin diplômé,et cela en dépit de la loi de germinal dont nous allons nous entretenir.