‹ L'Exercice illégal de la Médecine par les remèdes secrets: Commentaires de la loi de GerminalChapitre 6 sur 10 · C. Vellutini · texte numérisé non relu

C. Vellutini

autre semblable la poudre Z..., de valeur et de composition analogues. Toutes deux sont prônées par un institut et accompagnées d'attestations. Par ordre du ministère de l'Intérieur Saxon, la vente vient d’être interdite en Saxe. Il est regrettable qu'il n’en soit pas de même en France et qu'on y puisse vendre 12 francs, sous une étiquette soi-disant scientifique, quelques grammes de bicarbonate de soude inactif en l’espèce.

POUR OBTENIR UNE BELLE POITRINE. — L'inventeur des Pilules X..., pour obtenir une belle poitrine, vante ainsi les propriétés de son produit :

« Ces pilules ont, en effet, la vertu de développer et de reconstituer les seins, d’effacer les saillies osseuses des épaules et de donner à tout le buste un gracieux embonpoint. Elles agissent en stimulant la nature et conviennent à la jeune fille qui se développe aussi bien qu’à la femme qui a perdu la beauté de la gorge. » |

Prix de la boîte : 25 francs. A l'analyse, nous y avons trouvé tout simplement de la poudre de quinquina et de la gomme arabique.

PILULES VERTES DU CÉLÈBRE SPÉCIALISTE. — Américain Robertson, ayant accompli des milliers de guérisons, guérissant en quinze jours la {uberculase.

Coût : 10 francs. Analyse : baume de: tolu et poudre de savon.

& Graris. — Intéressante brochure, le public -appréciera cette offre humanitaire et pourra faire connaître à ceux qui souffrent d’une maladie de peau, eczémas, dartres,boutons, rougeurs, démangeaisons, douleurs, rhumatismes, arthrites,maux de jambes, ulcères, plaies variqueuses, bronchites chroniques, maladies de la poitrine, de l’estomac, du foie et de la vessie, et qui, après avoir essayé, en vain, tous les remèdes préconisés, seront radicalement guéris et sans cause de retour. Traitement récompensé pour les guérisons surprenantes etles services rendus à l'humanité. Écrire à M.X..., qui répondra gratis et franco et enverra les renseïgnements demandés. »

Inutile de dire que le M. X..., ne possède nullement le diplôme de médecin, mais qu'il n’en exerce pas moins la médecine, puisque il tourne la loi et soigne par réclame et correspondance.

JE GUÉRIS LA CALVITIE | JE FAIS REPOUSSER LES CHEVEUX ! « Ce ne sont pas là paroles vaines, je ne fais pas ces déclarations sous ma responsabilité personnelle : Ce sont mes clients guéris qui les constatent, spontanément » s’écrie un autre inventeur de produits spécialisés et l’écho de sa voix retentit par la voix des grands quotidiens, dans les quatre coins du monde.

Il nous serait loisible, de multiplier à foison, les exemples de cette première catégorie de remèdes secrets. Nous passons sous silence, les spécialités,

telles que une eau fluoramée, où une analyse récente a révélé l’absence totale de fluoroforme, un pur original extrait de viande qui n’en contient que sur l'étiquette, des pastilles X à la codéine chimiquement pure, sans codéine, de ce fameux pétrole désodorisé que des bêtes à bon Dieu de chimistes, ont essayé de reproduire avant d’en avoir fait l’analyse et qui ne contenait que de l’alcool faible opalescent de parfum et fluorescent &e quinine.

Nous allons maintenant passer en revuequelques spécialités à forme de remèdes secrets, mais de remèdes dangereux, nuisibles à la santé.

: PRODUITS A BASE DE THYROIDINE. -— Thé,poudres, cachets, pilules, etc. Voilà un certain nombre de produits lancés dans le commerce à base de {hyroidine,et dont les réclames constantes des grands quotidiens vantent les bienfaits dans le traitement de l’obésité. Ces remèdes secrets, dont les auteurs, bien entendu, omettent d’énoncer la formule au dos de leur spécialité, contiennent un produit assez dangereux, qui mérite d’être manié prudemment ‘et qui n’en est pas moins à la portée de tous, puisque tous peuvent se le procurer, tous en connaissent les innombrables bienfaits tant vantés par leur réclame charlatanesque et néfaste. Il nous a été donné, à différentes reprises, de voir certaines obèses faire un usage immodéré de cette médication, Sans conseils de médecin, subir tous les acci-

dents du thyroïdisme, troubles circulatoires, avec tachycardie, palpitation, arythmie, élévation de température, troubles nerveux, céphalalgie, agitation, insomnie, suivis d’une faiblesse excessive de perte de connaissance, de parésies, de troubles rénaux,avec polyurie, albuminurie, glycosurie.etc.

Voilà donc une médication thyroïdienne, médication des plus sérieuses, ne pouvant être délivrée que sur ordonnance de médecin, médication ayant besoin d’être suivie et surveillée par l’homme de l’art, entre les mains du vulgaire, grâce au remède secret et pouvant faire aboutir à l’idiotie, la plus complète, sinon à la mort la plus certaine.

Oh! loi de germinal, que de crimes et de méfaits s’accomplissent par la violation de tes articles !

PRODUITS À BASE D’ACIDE SALICYLIQUE. — Nous sommes, depuis quelques années, encombrés par un tas de produits à base d’acide salicylique, destinés à guérir les douleurs les plus diverses, la goutte,les rhumatismes, à supprimer les béquilles. Presque tous sont des remèdes de «trappistes », de «bernardins », de «bénédictins, de «curés » ou d’ «abbés ». Presque tous, ils s’écrient: € Après le vaccin de la rage, le sérum du croup, celui de la peste, la science médicale vient de faire encore un pas de géant en trouvant le remède infaillible et radical de la goutte et des rhumatismes (Nombreuses attestations). »

Nous savons, d’une part, que l’action du salicy-

late de soude, dans le rhumatisme articulaire aigu, est une action quasi-spécifique, et que le plus souvent sous l’action de la médication salicylée, convenablement appliquée, on voit disparaître non seulement la fièvre, mais encore la douleur et le gonflement des articulations, les symptômes essentiels de la polyarthrite rhumatismale. Mais, d’un autre côté, ne savons-nous pas que l'élimination rapide et facile du salicylate de soude, exige une intégrité fonctionnelle aussi parfaite que possible de l’appareil rénal, et que, dans le cas contraire, il peut y avoir accumulation du médicament dans l'organisme et empoisonnement ?

L'examen des urines s’impose donc chez tout malade soumis à la médication salicylée. Mais, comment pourrait-il soupçonner une accumulation d'acide salicylique dans ses urines, le malade ignorant de sa néphrite et livré à lui-même ? Même dans le cas où ses capacités médicales lui auraient interdit cette contre-indication, comment aurait-il pu soupçonner la présence de salicylate dans son remède secret ? Le médicament qu’on lui a prôné, ne lui tient-il pas lieu de médecin consultant ? On lui a vanté les propriétés du remède, on lui a indiqué la cause de son mal, on lui a même fait découvrir certains malaises qu’il ne se connaissait pas, on lui a vendu le remède. Cette annonce lui a tenu lieu et place de consultation médicale et nous assistons à ce fait que si l'exercice de la médecine est défendu aux non diplômés, il leur

est toléré de donner des consultations, en vantant les propriétés de leurs remèdes secrets avec l’aggravation de ne point connaître le malade qu'ils prétendent guérir.

Pizuces X..., REMÈDES Z..., pour la guérison de l’anémie, des poils, couleurs, de la faiblesse, ete. — Que de personnes, de jeunes filles entre autres, se croyant atteintes d’anémie, en réalité de véritables tuberculeuses, se contentent-elles pendant des mois et des mois de ces médicaments en général à base de fer. Combien d’autres aussi soignent leurs maladies de l'appareil pulmonaire, par des sirops X...,prétendant guérir la toux en vingt-quatre heures. Ne voyons-nous pas les conséquences graves que peuvent avoir de telles médications ? Ces malades suivent,pendant des mois et des mois, ce traitement lénitif. Quand ces malades, fatiguées d'attendre la fin de leur bronchite, se décident à voir un médecin, les lésions sont constituées, et les moyens de défense et de guérison, au début efficaces, échouent fatalement, et le malade est perdu.

Que d'instituts aussi préconisant grand nombre d’élixirs ou écrivant entre autres énormités les lignes suivantes : « Après tous les maîtres qui n’ont cessé de le dire et de le répéter, nous affirmons à notre tour que la tuberculose est guérissable. Au premier degré, sur 100 phtisiques traités, 90 ont été complètement guéris après une période

qui n’a pas dépassé six mois. Au deuxième et troisième degré, les guérisons sont encore possibles. Le traitement consiste en l’application externe du remède X.., composé de produits végétaux dont l’imprégnation progressive a pour but de diminuer linflammation et de combattre ensuite l'invasion microbienne. »

Voilà ce qu’à notre époque on ose écrire sur la tuberculose. Partout se fondent des lignes et des dispensaires pour combattre cette redoutable maladie, partout on crie à l’ouvrier : (Si vous toussez,si vous vous sentez dépérir, venez à nous, nous vous indiquerons le moyen de vous soigner dans les meilleures conditions possibles », et en face de ces instructions raisonnables, on peut lire les placards malfaisants et absurdes dont nous venons de parler. Nous sommes intéressés à la question lui semble-t-il. D'ailleurs, si ce n’était pas vrai, on ne lâisserait pas impunis les auteurs de ces annonces et le malheureux s’en va dans ces repaires, faire des applications de « décongestif » qui le laissent mourir à petit feu.

Il est navrant de voir, combien en face de ce péril social, les pouvoirs publics opposent une inertie coupable et dédaignent de s’en occuper. Quand donc comprendront-ils le danger que cette violation de la loi de germinal, que ces annonces de remèdes secrets, font courir à la santé publique?

La France se dépeuple, crie-t-on de tous côtés. Et pour tâcher d’enrayer cette décroissance de la

population, de savants hygiénistes, les accoucheurs les plus fameux, s’ingénient à conserver par tous les moyens, les êtres débiles qui encombrent les maternités. Ne serait-il pas aussi utile de préserver le public coûte que coûte et de l'empêcher, de gré ou de force, quand il est en imminence de tuberculose, de se contenter des soins dérisoires procurés par les remèdes secrets ou certains instituts ?

Que dirons-nous aussi de ces affiches multicolores qui s’étalent sous nos yeux quand nous pénétrons dans un de ces coquets édicules que toute municipalité prévoyante met si gracieusement à la disposition du promeneur. Là nous y apprenons que la syphilis et ses terribles accidents se guérissent sans mercure en quinze jours, que les écoulements les plus rebelles sont taris en trois jours et que le célèbre spécialiste X... soigne par correspondance et guérit, en une seule séance, tous les rétrécissements.

Dans presque tous les journaux politiques et littéraires, dans une avalanche de brochures que vous recevez souvent à domicile, vous y lisez ceci :

« Du sang !!! Du sang!!! Le sang pur, c’est la vie ! Le sang vicié, c’est lamort! 7

» Dépuratif X.. exclusivement végétal qui guérit toutes les plaies sans exception, syphilis, blennorragie. dartres,eczémas,ulcères variqueux, phlébite (jambes enflées), urticaires, plaies de mauvaise

nature, sycosis de la barbe, herpès, acné, bou-

ce ‘SD

tons, croûtes, démangeaisons, impétigo, prurigo, psoriasis, scrofules, humeurs froides, glandes, gomme, abcès, anthrax, rougeur des paupières, maladies du cuir chevelu, hémorroïdes, fistules, anémie, jaunisse, goutte, rhumatisme, sciatique, névralgies, migraines, lumbago, digestions difficiles, bile, âge critique, âcreté,irritation du sang, etc, etc. »

Que dire de cette panacée universelle, sinon que le pauvre malheureux atteint de syphilis, ayant ou non soigné son mal antérieurement, se laisse endormir par ces promesses trompeuses ! Pendant cela, il laisse de côté le mercure et l'iodure.

Régulièrement, au printemps et l’automne il prend son dépuratif. Ne lui a-t-on pas promis sa guérison définitive; ne lui a-t-on pas dit qu'il serait à l’abri de tout accident ? Du reste, si tout cela était faux, serait-ce imprimé sur le journal ? Les années se passent ainsi, lorsque un beau jour, notre malade se réveille avec tous les terribles accidents du tertiarisme, tabès ou paralysie générale. Ne voyons-nous pas là que ces réclames charlatanesques ont commis de véritables crimes, en l’empêchant de suivre le traitement spécifique, el en le menant à la déchéance la plus triste qu'il nous soit donné de voir, pour le conduire ensuite au tombeau.

Chacun sait, qu’un terrible poison, comme la digitaline, peut être placé dans les mains de tout

le monde, comme un récent procès, du reste, l’a démontré.

Là, du moins, nous avons la consolation de voir que ce n’est point un remède secret, mais ces granules se trouvent dans les pharmacies sous forme de spécialités, et les pharmaciens se croient à l’abri de toute poursuite, du moment que le produit est débité sous forme de . remède secret. Les granules contenus dans ces flacons sont généralement au nombre d’une cinquantaine, nombre bien supérieur à celui qui consiste à enrayer une menace ou une attaque d'asystolie. Il nous a été donné de voir en certaine circonstance, une malade donner le restant de son flacon à sa voisine qui prétendait ressentir les mêmes symptômes qu’elle. Ce qu’elle en absorba, nous ne saurons ie dire, mais ce ne fut que grâce aux soins intelligents et éclairés d’un confrère, qu’elle dut la vie.

Nous avons démontré par ces quelques exemples, comment tous les maux, toutes les tares de notre pauvre humanité, défilent avec leurs curatifs, devant l'œil effaré du lecteur, envahissant les derniers feuillets des publications, refoulant le texte aux premières pages où il est à l’étroit. Et les journaux ne sont plus qu’un vaste étalage de réclames bizarres et autres où sont submergées les nouvelles. La pitié et le désintéressement rivalisent en annonces, à 2 francs la ligne. C’est ainsi qu'une dame, par suite d’un vœu, débite son baume à 50 francs le flacon. On pourrait croire aussi que

les phtisiques cultivent à plaisir les hbacilles de leurs cavernes, depuis que les pilules vertes guérissent la tuberculose en quinze jours. Tous les remèdes secrets jouissent de propriétés merveilleuses, pourvu qu’ils soient rémunérateurs. Les vins et sirops doivent être agréables au goût. Les purgatifs réussissent particulièrement. Le nom doit être bien choisi, le nom d’un docteur (ne figurant . pas naturellement à l’annuaire) fait très bien. Le caractère religieux a aussi du succès. « Elixir du D' X..., aux herbages récoltés, par les Révérends Pères Célestins du Mont Saint-X... » Certains produits ont commencé par gagner les sympathies du corps médical, pour s'adresser ensuite directement au vulgaire. Tous les moyens sont employés; le journal en ses annonces, en ses échos, (la chronique glisse à propos l’allusion propice) l'affiche (la pâle jeune fille piquant à la machine sous un abat-jour vert) symbolise ia chlorose. C’est quelquefois très beau au point de vue artistique, mais c’est du charlatanisme\!

Comme nous l'avons suffisamment démontré, ce ne sont pas seulement les intérêts du médecin qui sont lésés, ce n’est plus l'exercice illégal de la médecine qui est en jeu, mais c’est la santé publique, qui devient la victime du remède secret.

M. le professeur Brouardel accusait récemment les pharmaciens de contribuer par leurs potions calmantes au développement de la tuberculose.

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Nous voulons bien croire, que le pharmacien honnête, consciencieux, soucieux de ses devoirs, conseille généralement au malade de se faire ausculter par un médecin. Mais pour un malade qui demande l’avis du pharmacien, il y en a dix qui demandent d'emblée la spécialité du jour. Et de même pour tous les genres de médication. Les toxiques les plus violents circulent librement comme nous l’avons vu, à l’état de remèdes secrets, alors que le pharmacien n’a pas le droit de les délivrer sous son cachet. Combien de malades, avant de consulter le médecin, ou même interrompant leur traitement, perdent un temps précieux, à essayer à tort ou à travers une foule de remèdes secrets prônés par leurjournal, conseillés par des voisins ou même prescrits par des cliniques interlopes qui donnent des consultations gratuites, mais exploitent leurs malades par leurs remèdes secrets.

Et la consultation par correspondance ! par des non médecins! Aux naïfs, il répond: « Je vous enverrai le sirop X et les pilules Z contre mandat de cinq francs. Ce pseudo-médecin, non seulement entasse des millions faits de l’argent dont ses correspondants se sont souvent privés, mais encore, il a contribué au développement sinon à l’aggravation de maladies qui auraient disparues par un traitement propice et compétent.

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