CHAPITRE [IV
Nous avons vu que le remède secret, « genre populaire » avait été largement exploité, mais nous ne pouvons passer sous silence, une autre forme de remède secret, « genre pseudo-scientifique ». Aïnsi, dans une solution de peptone, on dissout du brome, à la faveur du bromure de potassium, on présente ce mélange comme une combinaison nouvelle de brome et de peptone, qu'on affuble d’un nom spécial, et on fait de la réclame dans les journaux médicaux ; d’autres fois, on appellera une macération de quassia : solution de quassine ; s’ily rentre du cacao, on dira : à base de caféine théobromine, rouge de cacao.
N'est-ce pas là du bluff ? et vraiment le jeune médecin doit-il se laisser prendre au piège qu’on lui tend ? N’est-il pas en droit de connaître sinon la préparation, tout au moins la composition du remède secret ? Peut-il réellement prescrire et approuver de son estampille une médication, dont la teneur en principes est loin d’être ce qu’il croit ?
Nous voulons cependant tolérer et même rendre
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un juste hommage aux spécialités qui cessent d’être remèdes secrets, qui sont le fruit d’un travail scientifique désintéressé, sur la génèse desquelles l’auteur ne tient à garder aucun secret et qu'il spécialisera pour attester par son nom la valeur du produit. Elles sont très rares. Viennent ensuile des produits qui, pour être moins scientifiques, n’en présentent pas moins un réel caractère d'invention, soit dans la matière première, soit dans le procédé de préparation. Ceux-là sont encore peu nombreux.Nous admettons, volontiers, l’existence de ces produits, qu'une commission autoriserait et quiinterdirait toute réclame auprès du public (affiches, réclames, annonces dans les journaux non médicaux).
Le pharmacien ‘qui s’adonnerait tout particulièrement à l'étude, à la préparation d’une substance utile à la santé publique, qui consacrerait à cette œuvre, à cetteentreprise, un effort constant, qui préparera chaquejour les mêmes médicaments d’après des méthodes éprouvées invariables, est par cela même en mesure de livrer à la consommation un produit bien préparé, uniforme, en rapport avec les besoins de la thérapeutique. Mais son travail doit se borner là. La loi de germinal doit être observée. La formule ne doit pas être secrète et la réclame, auprès du public, interdite.
Serait-il souhaitable de voir interdire d’une façon absolue la vente des spécialités ? « Oui ! dit M. Richaud, professeur agrégé à la Faculté de
Médecine, parce qu'aucune spécialité n’est indispensable ; parce que la spécialité a été la grande cause, la cause unique, peut-être, de la déchéance de la pharmacie, comme elle est en train de devenir l’une des causes et non la moindre de la déchéance de la médecine. Prescrire une spécialité c’est, pour tous les médecins, faire preuve d’ignorance ; c’est, pour beaucoup, vouloir se soustraire aux responsabilités ; c'est,pour quelques-uns, vouloir prélever sur le malade ün bénéfice supplémentaire, illégitime et immoral. Prescrire les spécialités, c’est encourager le malade à se passer
des conseils du médecin. »
€. Vellutini | 3
Va