‹ L'exil de Machiavel drame en trois actes et en vers (volume 2)Chapitre 28 sur 55 · ACTE II, SCÈNE VIH · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIH

Nobles tous deux.

Mais d’un esprit ardent et d’un cœur hasardeux... Les défauts précieux qui font les grandes âmes; L’excès du point d'honneur et le culte des femmes!

Des femmes?

S AL VI ATI.

Ces défauts sont ceux des jeunes ans...

Et vous les approuvez?

Non, mais je les comprends,

SALVIATI

0uand la corruption dont Florence fourmille,

De l’État qu’elle abaisse entre dans la famille,

Au foyer domestique il faut plus de rigueur ;

Le savant voit l’esprit, le père voit le cœur.

Je suis père, et, chez moi, quand je reviens en maître, Je ne veux pas revoir, je ne veux pas admettre Au sein de ma famille, au cœur de mes enfants,

Les vices de l’Etat malgré moi triomphants.

Vous élevez mes fils, vous voyez mes idées ;

Je les veux dans leurs cœurs largement fécondées... Vous convient-il , il faut dès ce jour prononcer,

De les traduire en faits ou de les repousser?

A cet enseignement dès longtemps je me livre^

Et vos fils, comme moi, sont jaloux de bien vivre.

SALVIATI

On ne peut s’estimer qu’en se connaissant bien ! Quels sont vos sentiments ?

Ceux d’un bon citoyen.

Vos principes?

SALVIATI

L’honneur.

Mon devoir !

SALVIATI

Que vous a-t-il fait l'aire ?

SALVIATI

C’est un mot digne... mais je préfère Une seule action...

J’cn pourrais raconter...

Mais il est peu décent de se complimenter. '

SALV1ÀTI.

Votre carrière enfin, que fut-elle?

Fertile

En accidents, mais noble et constamment utile !

A Florence, autrefois, dans des cours glorieux J’ai parlé.

SALVIATI

Quoi ! parlé ?

N’est-ce-rien à vos yeux?

SALV1AT1.

On a rendu si vain cet art de là parole !

Et plus tard, quand de Pise aux murs du Capitole,

Le roi Charles de France accablait mon pays,

Je cessai de parler alors, je me battis !

SALVIATI

Ah! par ce mot lui seul ma crainte est dissipée !

Quand vous aviez la voix, vous avez pris l'épée!

Ce fait seul prouve tout, et je ne veux plus rien...

Un soldat doit former un digne citoyen.

Elevez mes enfants I

NICOLO, à part avec joie.

Ah ! je reste !

salviati, allant à lui.

La France !...

Le roi Charles! quels jours d’héroïque souffrance!

Vous étiez avec nous?

C’est ma gloire !

SALVIATI

En quel temps?

Vers quatre-vingt-dix-sept : voilà plus de vingt ans.

SALVIATI

Vingt ans !... Et dans quels lieux ?

Où le sort nous rassemble I

A San-Casciano !

salviati, avec élan.

Nous combattions ensemble!

Ici même... Ah ! combien vous me rendez heureux! Vous étiez avec nous dans ces temps généreux ? Votre main, mon ami, mon compagnon, mon frère ! De si beaux souvenirs couvrons noire misère !

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