ACTE II, SCÈNE VIII
Qu’ils consolent nos cœurs de ces jours de mépris !...
Quelle époque !
SALVI ATI.
Et surtout quels vigoureux esprits !
Tout était digne alors, et vraiment héroïque !
On brillait par le fer, non par la politique !
Chacun portail en soi la vraie ambition,
Cette ferme, locale et calme passion
Qui pousse à s’élever pour la cause commune.
Et non pas seulement pour sa propre fortune !
SALVIATI
Loin de nos intérêts on nous voyait courir...
Fiers de nous dévouer.
SALVIATI
Toujours prêts à mourir !
Ah! que Dieu ne peut-il, dans un jour de largesse, Ramener, recréer ces temps de la jeunesse,
Ces beaux jours où pour l’homme encor vierge de cœur Tout est gloire, richesse, enthousiasme, honneur !
nicolo, à part.
Il se livre ! Je l’ai flatté... Je le possède !
SALVIATI
Mais à l’entrainement se peut-il que je cède,
Au point que la jeunesse éveille un seul regret?
La posséderions-nous quand Dieu nous la rendrait?
La jeunesse était jeune en nos temps d’héroïsme!
Mais depuis qu’à Florence un avide égoïsme A ridé tous les cœurs, plus de hardis penchants!
Un peuple de bouffons, une cour de marchands ;
Rien de pur, rien de jeune... On ne meurt plus, on compte!. L’or a détrôné tout, et pour lui tout s’affronte !
Oui, l’or est notre dieu! le doute est notre foi,
Et le vrai dévouement n’éclate que pour soi.
Ah! ne regrettons pas nos pures destinées..
Restons joyeusement courbés sous les années,
Puisqu’au temps nous devons le hasard d’avoir vu Quelques jours de grandeur, quelque acte de vertu !.
Vous pouvez les revoir... espérez.
SALVIATI
Que j’espère !
J’ai perdu tous les biens...
Tous... Non ! vous êtes père!
Et des biens le premier, le seul incontesté.
L’EXIL DE MACHIAVEL
Le seul qui vient de Dieu, Quel bien !...
c’est la paternité!
SALVIATI
Achevez!,..
SALVIATI
Non !
NICOLI).
Le silence vous pèse !
Que, dans un libre élan, votre douleur s’apaise !
Soldat ainsi que vous, je dois vous secourir...
Vous souffrez ! Je le sens... confier, c’est guérir! Parlez!
SALVIATI
Mais c’est ce bien qui cause mon supplice!
Que dites- vous?
KICOLO.
SALVIATI
Lui seul qu’il faut que je maudisse !
Et Dieu sait si longtemps je l’avais désiré.
Ce bien, de tous les biens, pour moi le plus sacré ! Père ! être père ! était ma plus ardente envie!
Du premier jour d’un fils commence notre vie,
Me disais-je ! et bientôt, quand je vis, dans ces lieux Où mon père était mort, mon fils ouvrir les yeux,
Je crus naître avec lui ; mais, trop perfides charmes 1 Désirer des enfants, c’est désirer des larmes !
Quand je bénissais Dieu...
KiCOLO.
Parlez!
SALVIATI
La trahison,
Le crime avec ce fils entrait dans ma maison.
WICOLO.
Qui vous l’a dit?
SALVIATI
A vous dont l’amitié m’attire Et qui ne m’auriez pas trompé... je vais tout dire :
Un jour, en proie au mal qui devait l’enlever,
La mère de mes fils pleurait... Pour la sauver,
Mon amour inventif cherchait tout... A Florence Etait un grand docteur; j’y vis une espérance!...
Je courus le chercher... J’arrivais avec lui.
Lorsqu’on rentrant, joyeux, par l’espoir ébloui.
Je vis, près de ma femme, un vieux prêtre en prière.
« L’art ne peut rien ; cette heure est mon heure dernière, » Me dit-elle; entrez seul... Ecoutez-moi, je*veux,
» Devant ce saint pasteur, vous faire mes aveux...