ACTE l(, SCÈNE VIII
» Je ne puis emporter votre loyale estime...
» La haine est le seul prix que mérite mon crime...
» Sachez tout!., des deux fils que je laisse en vos bras, v Un seul est votre enfant, et c'est... » N’achevez pas! S’écria le pasteur d’une voix solennelle,
Le nommer vous rendrait doublement criminelle !
Elle se tut.,, et moi je restai là, surpris,
Muet, les yeux fermés ! Et quand je les rouvris.
Une àme s’envolait sur un mot d’indulgence.
Emportant son secret, et surtout ipa vengeance!
Le prêtre pardonnait en face du trépas.
SALVIATI
Je pleurai... je souffris... je ne pardonnai pas.
J’étais homme, époux, père, et me trouvant en faoe D’un fils qui, sous mon toit, usurpait une place.
Sans attendre un seul jour, je voulus l’en chasser...
Je courus... je les vis .. et n’osai prononcer;
Etudiant leur voix, leurs traits, leur caractère,
J’espérais que le sang percerait ce mystère,
Qu’une puissante voix, qu’un instinct triomphant Me dirait : Le voilà ! c'est lui ! c’est ton enfant !
Aime-le sans regrets... Aime le sans partage!
C’était Minto ; ses traits, sa fierté, son courage Me rappelaient mon père, et, courant l’embrasser,
Entre son frère et lui j’allais me prononcer-..
Mais à l’instant, Fulvi venait à moi, timide...
Il était le premier ; son air doux et candide Me rappelait ma mère... Et, convaincu, ravi,
Je m’écriais déjà : Mon vrai fils est Fulvi !
Que l’enfant retrouvé rende la mère absoute !
Quand Minto, d’un baiser, me ramenait au doute.
Oh ! qui le détruira, ce supplice inouï?
Aucun de ces enfants ne doit être haï !
Aimez-les tous les deux !
SALVIATI
Pour eux je suis san&haine.
Mais sans amour ! Mon àme, entre eux, meurt incertaine ; Je dois en aimer un, cependant; mais lequel?
Oh ! ma fureur provient de ce doute éternel...
Qu’on me rende mon fils... et l’étranger lui-même Connaîtra si mon cœur peut haïr ou s’il aime.
Retrouvant votre fils, sur l’autre, l’étranger.
Vous ne vengeriez pas?...
SALVIATI
Pourrais-je me venger
L’EXIL DE MACHIAVEL
Sur l’enfant innocent d’un odieux parjure?
31 sortirait d’ici.
Rien de plus?
SALVIATI
Je le jure !
Plus riche que mon fils, vivant selon ses goûts !
nicolo, s'animant.
Libre?
SALVIATI
Artiste ou soldat.
Et sans guide ?
salviati, après un silence, et le regardant.
Avec vous !
Moi!...
SALVIATI
Vous seriez son père !
nicolo, à part.
O Ciel ! moi ! moi ! son père ?
Enfin j’aurais mon fris ! Allons! plus de mystère !
(Haut.)
Vous voulez un secret; moi, je vous rapprendrai !
Vous cherchez votre fils; moi, je vous le rendrai!
Vous sauriez tout 1... vous?
Moi !
SALVIATI
Comment?
Par une lellre.
SALVIATI
Qui l’écrivit? Parlez! Qui vous en rendit maître?
Qui vous fit confident de ces honteux secrets ?
Je dus tout au hasard.
SALVIATI
Oh?
Quand je me battais.
SALVIATI
Ici même?
Oui.