‹ L'exil de Machiavel drame en trois actes et en vers (volume 2)Chapitre 38 sur 55 · FL’LVI · texte numérisé non relu

FL’LVI

Non, non.

MINTO

Sur un éclat, sans doute téméraire,

On me fait, je le sais, le rival de mon frère.

alix, vivement.

Et vous ne l’êtes plus?

MINTO

Je ne le fus jamais!

Désirer, est-ce aimer?

FDLVI.

Quoi ! Minto, sans regrets Vous nous verriez unis?

Sans regrets! quel langage !

Me croyez-vous soumis à l’amoureux servage?

Non, l’amour est un mal que tout livre et trahit...

Pour moi, je n’ai jamais aimé, tout vous le dit...

Et s'il faut quelque jour, pour ranimer ma vie Au joug des passions la traîner asservie,

Ne puis-je, m’inspirant aux vives régions,

Choisir la politique ou les religions,

Le dévouement, la haine?.. Oui, la haine elle-même N’a-t-elle pas aussi sa volupté suprême?

Ses feux sont-ils moins longs? L’amour le plus vif meurt! On se hait à jamais quand on se hait de cœur.

alix, avec le ton de l'ironie.

La déclaration de haine est adorable !

Mais que ne preniez-vous un temps plus favorable ?

De vos douceurs touchée, émue a vos accents,

Un trouble involontaire avait gagné mes sens ;

Je cherchais dès longtemps la bonté, la franchise,

Ces doux rapports du cœur par qui l’on sympathise.

En les trouvant en vous, je me sentais charmer,

Et j’allais vous déplaire en osant vous aimer.

(A Fulvi.)

Quant à vous, je vous hais toujours, et je désire Pour vous persuader, toujours vous le redire.

Venez. {Ils rentrent chez Alix.)

Page 1