STROZZI, NICOLO
STROZZI
Le voilà ! Machiavel !
NICOLO, épouvanté.
Strozzi !
STROZZI
Oui, oui... crains tout de moi, par toi je suis banni! En traversant ce bourg, j’ai su te reconnaître.
Et je viens me venger d’un infâme et d’un traître.
NICOLO
Ecoutez-moi ! .
STROZZI
Non, non, tu m’as donné l’exil !
Ce mal, de tous les maux, le plus grand, le plus vil ! La mort de l’espérance, une lente agonie,
Lo mépris, l’abandon, la faim, l’ignominie... Allons...
mcoto.
Ignorez-vous, Strozzi, quel est mon sort?
Que vous êtes vengé...
STROZZI
Moi !
NICOLO
Qu’un arrêt de mort...
STROZZI
Contre vous?
NICOLO
Et rendu par le duc.
STROZZI, avec joie.
O Florence !
Mais, peut-être, il vous reste encor une espérance !
NICOLO
Ah ! si vous connaissiez tout mon accablement !
J’espère, et mon espoir aggrave mon tourment !
Je ris, et dans mes ris ma douleur s’alimente;
Je comprime mes pleurs, el leur force en augmente ;
Je veux mon àme libre et lui forge des fers.
De mes pensers de feu j’obscurcis les éclairs.
J’étouffe en moi la vie, et je la veux, je l’aime !
Et craint de tous, je crains tout le monde... et moi-même î
STROZZI, à part.
A ces cris de détresse un élan de pitié Vient épurer mon cœur de toute inimitié.
' NICOLO
Malgré vous, je le vois, vous ôtes secourable ; '
Pour que vous me frappiez, je suis trop misérable!
Vous voulez que je vive... Il n’est pas de tourment Qui pourrait égaler un pareil cliàliment!
STROZZI
Quel supplice plus grand eût inventé la haine?
Un si puissant génie!
NICOLO
Oh ! tout fuit dans la peine.
Errant, humilié, sans famille, sans biens.
Privé des premiers droits des derniers citoyens.
J’ai dû perdre ce don que vous nommez génie...
L’esprit s’affaisse el meurt où naît l’ignominie !
STROZZI
Chute immense !
NK OLO.
' Honteuse, et dont on ne meui l p:is!
Pour monter au plus haut sc faire le plus b.as,