‹ L'exil de Machiavel drame en trois actes et en versChapitre 12 sur 12 · ACTE I, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VU

, . STKOZZI.

Moi?

NICOI.O.

N’appelez-vous pas l’heure de la vengeance ?

STBOZZI.

Mais votre arrêt me frappe !

NICOLO

Il est détruit..*

STROZZI

Gomment?

' EUCOI.O.

Médicis, plus habile, est devenu clément...

Avec ses ennemis il se réconcilie,

Et pour tous, hors pour moi, se rouvre la patrie.

STROZZI

Hors vous ?

NicoLO, avec orgueil.

Je suis de ceux qu’un prince n’absout pas !

Vous êtes libre, vous , rentrez !

STROZZI

Quand ?

RICOLO.

De ce pas.

STROZZI

Pour conspirer encor?

NICOLO

Oh ! non, point d’entreprise...

Agresseurs, on vous perd...

STROZZI

Calmes, on nous méprise 1

NICOLO

Ecoutez : autrefois je vous ai poursuivi ;

Au pouvoir absolu franchement asservi.

Et du pape et des grands vous preniez la querelle. Pour saper du vainq^ueur l’autorité nouvelle... Vous deviez succomner; Strozzi, dans les Etals,

Le passé, quel qu’il soit, ne se relève pas;

Seul, l’avenir séduit; et Médicis lui-méme, Médicis, renonçant à l’antique système,

Et par la nouveauté sachant tout conquérir.

Vous indique la voie oü vous devez courir.

Voyez : sa politique éloigne les tempêtes...

Au peuple il a donné du travail et des fêtes.

Des honneurs à l’artiste et des places aux grands ; Et transformé lui-même en César de marchands, Pour le bourgeois si prompt à la mutinerie ,

Scs vaisseaux vont au loin conquérir l’industrie ;

iS

Ainsi le bruit de l’or étouffe les. rumeurs,

Et toute indépendance expire sous les mœurs :

Mais comme l’impudeur s’accroît quand on l’affiche,

Et qu’un peuple enrichi n’est jamais assez riche.

Que dans la voie ouverte aux grossiers intérêts,

Le pouvoir so condamne ù d’étrrnels progrès.

L’heure de Médicis peut sonner, si vous-même,

Vous, les vieux défenseurs du seul pouvoir suprême. Vous, que le peuple hait, vous vous montrez un jour, Défenseurs de sa cause et fiers de son amour!...

Quelques droits accordés avec intelligence Donnent à Médicis la faveur de Florence...

Eh bien ! contre ces droits, bien loin de réagir,

Prenez-les hautement, mais pour les élargir...

On vous vit oppresseurs, protégez la licence...

Esclaves du pouvoir, sapez toute puissance...

On ne bat plus un peuple avec des droits battus.

Les despotes tombés se relèvent Brutus!

Morts, on peut vivre encor; mais il faut, pour renaître, N’être plus ce qu’on fut, ou, du moins, le paraître...

Pour séduire Florence, exagérez ses droits :

Loin de blâmer le duc, alors que dans ses lois Il donne aux libertés un essor favorable.

Montrez le droit plus grand, la faveur misérable ;

Créez même, inspirez a ces esprits mouvants D’extrêmes libertés et des droits dissolvants ;

Si le prince faiblit pour éloigner l’orage.

Redoublez vos clameurs, exigez davantage...

Et s’il concède tout... exigez plus encor...

Aigrissez les esprits, doublez la soif de l’or...

La liberté conquise, il est mille exigences

Qu’on peut souffler au peuple en ces jours de vengeances.

On l’exalte d’abord au nom de liberté.

Mais un besoin moral est bientôt limité...

Poussez-les sans relâche aux passions cupides;

Ils étaient factieux, mieux vaut qu’ils soient avides.

On dompte, en les traînant, les révolutions;

Rien ne peut maîtriser ces noires passions :

Le temps est leur complice, éternelle est leur vie,

Car leur but, c’est l’argent, et leur ressort, l’envie !

Cher comte, un nouveau temps veut un esprit nouveau ; L’homme des vieilles mœurs mourait dans son drapeau, Ses principes debout, sa foi vierge, loyale ;

L’homme des temps nouveaux a changé de morale;

Ce qu’il trouvait indigne, il se le rend permis,

El va, sous leurs drapeaux, battre ses ennemis!

Vous le voyez, Sirozzi, mes plans les plus intimes, levons leslivre, allez!... Appliquez mes maximes... Quoique partis tous deux de deux points opposés.

Four atteindre le duc marchons coalisés !

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