PONT
nt
naturel, l’autre inspiré, et si vous rejetez le dernier pour n’employer que le premier, vous vous exposez à des aberrations étranges, comme celle de l'antiquité indéfinie de l’homme.
Lisez le chapitre premier de la Genèse, et vous verrez que Dieu créa le monde en six jours ; que le premier jour il créa l1 lumière ;le second, l'air et les eaux ; le troisième,la terre avec le règne végétal ; le quatrième, il fit paraitre le soleil,la lune et les étoiles ; le cinquième, les êtres animés qui vi.
vent dans l’eau et dans l'air; enfin le sixième, les animaux qui vivent sur la terre et l’homme.
L'homme apparait donc le dernier, comme le couronnement de l'édifice, comme le roi qui devait habiter cette splendide demeure préparéé par Dieu.
Que les six premiers jours de la création aient été six époques indéfinies, en cela les affirmations de la Bible sont justifiées devant la science.
On assigne quatre époques géologiques. La première dans laquelle sont les t-rrains primitifs correspond aux deux premiers jours de la Genèse.
La deuxième époque nous fait voir la terre se couviant de végétaux, mais on n’y trouve point d'animaux fossilles, Or le récit de Moïse dit qu’au troisième jour de la création la terre produisit des plantes et des arbres,
La troisième époque géologique est celle des terrains tertiaires et correspond au cinquième jour ; enfin la quatriéme coïncide avec le sixième jour de la création, dans le quel Dieu créa les quadrupèdes et l’homme,
Eh bien les découvertes géologiques viennent-elles démentir l'ordre de la création ? Non, lascience parle comme Moïse. Consultez les traditions des peuples, les textes sacrés de
la révélation, la nature elle-même, et vous en arriverez à la conclusion que l'antiquité de la terre et l'artiquité de l'homme ne sont pas la même chose. La chronologie des livres saints n’accorde que 60 à 70 siècles d'existence au genre humain, Et Moïse n’affirme-t-il pas nettement la création d'Adam? Ne donne-t-il pas la généalogie des patriarches ? Ne fait-il pas voir que la terre, après le déluge, a été peuplée par les descendants de Noé ? Vous avez Saint Luc aussi qui esquisse la gé.éalogie sublime de Jésus-Christ depuis Joseph gwz fut de Faccb, jusqu'à Adam qui fut de Dieu.
Qu'avez-vous à opposer, M. Mitivier, à ces affirmations du grand législateur des Hébreux ? Rien, si ce n'est des hypothèses, des conjectures sans fondement comme quand vous dites :
“Il n'y a aucun doute’ que l'homme primitif devait être de b:aucoup inférieur à celui des races les plus arriérées de notre époque. La capacité de son crâne indique qu'il avait moins de substance cérébrale, par conséquent moin d'iutelligence.”
C'est toujours le système de l’évolution. D'après cette hypothèse ridicule, qui nous dit que si un être a pu se perfectionner, augmenter avec les ans sa substance cérebrale, deux êtres, cent êtres ne pourront le faire dans l'avenir ? Il existe des singes aujourd’hui comme à l'époque à la quelle on fait remonter l'houme. Pourquoi re verrions nous pas un jour un de ces intéressants animaux sortir de sa ca:
chette, avec des idées dans la tête et une abondante substance cérébrale qui lui procurerait l'intelligence ? D'’après le système de Darwin qui parait être celui du Dr Mitivier, ce qui s'est fait autrefois peut se renouveler de
nos jours, Cependant quoiqu'on puisse tirer cette conclusion logique, quel e:t le savant du XIX siècle qui voudrait prétendre qu’un singe peut devenir homme ?
Non, le transformisme est un systême faux ; les singes n'ont jamais engendré les hommeset Sont restés singes, de même que chaque animal nait dans un état dorit il ne peut sortir. De nos jours le chien jappe, le chat miaule, le coa chante comme du temps d'Adam et de Noé, et ce n’est pas au frottement social que la queue du singe peut disparaître.
Rappelez-vous bien, M. Mitivier, que les organismes animaux sont des machines vivantes créées selon les lois de la plus savante mécanique, et que le mécanicien n’est point la substance cérébrale, mais Dieu.
Vous voulez appuyer votre thèse de l'antiquité de l’homme sur les fouilles qui ont été faites dans les terrains quaternaires, les ossements trouvés dans les cavernes, etc.
Les hypothèses de la science moderne peuvent quelquefois se réduire à peu de cho.es, quand on les examine de près. Voici ce que disait à propos de terrains un anthropologiste distingué, M. Fraas, de Stuttgard, au Congrès de Bruxelles :
“ Quand on parle de terrains tertiaires, miocène, pliocène, quaternaires, il s’agit de l’époque à la quelle les couches de la surface de la terre se sont formées au fond de la mer et des lacs, à où l’homme ne pouvaith biter, [lne faut pas confondre la formation des dépots avec les phénomènes qui se sout produits quand la couche terrestre eut déjà été formé .
D'après le plus grand nombre de géologues les formations de l’époque quaternaire consistent en dépôts de . transport qui dénotent une ère d'i-
nondations formidables. Alors en face de ces opinions il s'ensuit que les débris d'industrie et les restes d’animaux que l'on trouve enfouis dans ces | terrains ne sont pas à leur place originelle, mais y ont été mêlés dans !
les cataclysmes dont le monde a été | l'objet.
Les auteurs sur lesquels vous vous appuyez, M. le conférencier, hésitent !
eux-mêmes à croire ce que vous affrmez comme chose parfaitement sûre.
À propos des découvertes de fossiles dans les cavernes, vous avez dû lire ce qui suit dans sir Chs. Lyell :
“ Pourquoi faudrait-il donc que le géologue en quête de renseignements sur l'ancienneté de notre race ne put s'adresser qu'aux obscures retraites des routes et des tunoels souterrains qui ont pu servir de leu de refuge et de sépulture d’une suite de générations d'êtres humains et dans Jes quelles les inondations ont pu accumuler | et confondre dans une même brêche osseuse les témoins de plusieurs fuunes successi- Des Tue
Le grand Cuvier a dit :
‘ On a fait grand bruit, il y a quelques aunées de certains fragments humains trou- !
vés dans les cavernes à ossements de nos:
provinces méridionalex, mais il suffit qu'ils aient été trouvés dans les cavernes pour!
qu'ils rentrent dans la réyle géuériale.” 1
M. Paul Gervais, dans ses “Re-!
cherches sur l'ancienneté de l'époque!
quaternaire” fait la remarque que les:
silex et les ossements humains trou- | vés dans les cavernes € paraissent pas être dans des conditions de gise-\ ment qui ne laissent aucune prise à des doutes sérieux.
Citons encore M. Charles Lyell.i Dans ses Principes de Géologie il dé-\ clare ceci :
‘* Plusieurs g‘ologues pensent que certains restes hun.ains epfouis dans le limonl
ré aGist Out étui tisasatece better Drnbiééetiogsastsss Liber ais
et dans les brèches des cavernes sont aussi anciens que ceux des mammifères éteints, | éléphants, ete... Les preuves dounées | d'une si haute antiquité n’ont pas été gé- | néralement adoptées comme évidenres. Ces
restes peuvent avoir été mêlés ensemble à | une époque postérieure.”
Vous osez, M. Mitivier, nous parler des découvertes de M. Boucher de Pertes, et en particulier de la mâchoire de Moulin Quignon. Mais ne savez-vous donc pas ce qu'on pense dans le monde savant de Mr de Perthe et de sa trouvaille ? C’est que personne n’y croit, probablement pas même M. Boucher de Perthe. Non seulement cette mâchoire n'offre aucun caractère extraordinaire ni ne dénote une antiquité bien grande, mais on va jusqu’à dire quelle a été introduite dans les fouilles par un ouvrier.
M. Joly, professeur à Toulouse, un partisan acharné des générations spontanées, a écrit : “Je n'ignore pas que d.s malins chuchottent sur la célèbre mâchoire de Moulin Quignon…..
J'avoue moi-même avoir conçu quelques doutes, je vous le dis tout bas.” Le Docteur Evans, de son côté, dans son dernier ouvrag», dit qu'il ne veut plus qu'on en parle. Ilest vrai qu'il n’est pas de Holyoke,
Vous citez de plus le crâne de Californie, Cette preuve n’est pas plus concluante que les autres, car M.
Whitney voit dans ce crâne le type des crânes des individus des pentes de la Sierra Nevada. Ce crâne du reste a été trouvé au sein d’une couche de galets recouverte de quatre couches de cendres volcaniques durcies séparées par des couches fluviatiles.
Comment pouvez-vous, comment osez-vous, en présence des contradictions des savants, en présence d'’in-
certitudes semblables, bâser un système qui détruit du coup le récit de Moïse ?
Citons quelques unes des contradictions étranges de la science ; elles démontreront davantage combien ont besoin d’être circonspects et prudents les philosophes libres-penseurs, s’il ne veulent point être écrasés Das l’absurdité de leurs rèves.
Nous serons court, Mr Mitivier, temps nous fait défaut.
Quel a été l'agent qui a produit les premières formations terrestres ?
Les uns disent l’eau, les autres le feu ; un troisième affirme que c’est la g ace, Orentre l’eau, le feu et la glace que choisir ?
Faut-il croire à un perfectionnement continuel des êtres ?
Oui; disent <’Halloy et autres ; non, dit d'Ortigny.
Le mélange de débris de divers êtres prouvent-ils que ces êtres vivaient en même temps ?
Certainement, disent Rossi.
Assurément non, dit Lyell.
La stratification primitive a été horizontale, dit l’un ; elle a été plongeaute, dit l’autre.
La solidification du globe terrestre a commencé par le centre, prétendent certains auteurs ; elle a commencé par la surface, croieut les autres.
Letbnitz pense quele centre de la terre est de verre ; Buchner dit que nous ne le savons pas. Le Dr Mitivier croit le savoir en assurant que c’est du feu. Nous ne voudrions pas insinuer que le savant Docteur n’y voit que du feu.
L'époque glaciaire a duré 226000 ans, dit Zobrowsky, 180,000 ans, d’après Lyell, 15000 ans, s'il faut
le
Larousse,
croire Karenger, et Gastaldi prétend qu’elle n’a duré que 1000 ans.
Qu'en dites vous, Docteur.
Nous n'avons pas la prétention d'être un savant, et la Patrie n'a jamais insinué que nous l’étions ; aussien présence des contradictions de la science, nous. croyons qu'après tout les Livres Sacrés nous offrent un refuge.bien: assuré, et nous préférons le récit net, circonstancié de Moïse même à la conférence du médecin de Ho lyoke.
A votre place, Docteur, le système d'évolution nous embarrasserait, car, après tout, nous ne voulons pas vous croire aussi méchant que vos doctrines.
Si comme le prétendent les ennemis de la révélation, l'homme s'est formé par lui-même et de brute qu'il était «n est arrivé, comme vous le dites du reste, à accroître le poids de sa cervelle au point de devenir intelligent, que faites-vous du dogme du péché originel ? Puisque vous êtes né au Canada de parents catholiques, vous avez appris votre catéchisme, ct vous devez vous rappeler la chute d'Adam, la promesse d’un Rédempteur, l'accomplissement de cette promesse par l’incarnation et la mort de Jésus-Christ. Ce sont des dogmes de foi que vous êtes obligé de croire, buimis de vous séparer de l'Eglise Catholique.
Alors croyez-vous sincèrement que si l'homme a commencé à l'état sauvage, ;D'yant, comme vous l’avez dit dans votre conférence, “aucune idée des lois de la nature, ne comprenant rien, ne connaissant absolument rien”, il pouvait pécher ? Non, serez-vous forcé de répondre, car il était incapable de discernement, sa substance cérébrale n'étant pas assez abondante pour cela Ne pouvant
discerner il était par conséquent comme l'enfant qui n’est point doué de raison ; il ne pouvait être déclaré responsable de ses actes. Or voici queile conclusion découle du système de l'antiquité indéfinie de l'homme et de son existence première àun état ab.
ject.
Ou, M. Mitivier, vous croyez à la punitiond’'Adam après sa faute,ou vous n'y croyez point, Si vous y croyez, Dieu n'est pas Dieu, car il a commis un crime en punissant un- être qui.
n'avait point sa raison et ne savait ce qu'il faisait; si vous n’y. croyez point, vous êtes un ennemi de la foi catholique.
Dans l’un ou l’autre cas votre position n'est pas enviable.
Ces graves et difficiles questions demanderaient de plus longs déve:
loppements. Nous en avons assez dit néanmoins pour faire voir les aberrations dans lesquelies est tombé le Dr Mitivier, et quelles leçons sont dounées à la jeunesse de Montréal dans les salles de La Patrie.
Le journal de M. Beaugrand n’a pas hésité à donner son approbation aux idées exprimées par le conférencier et de vanter la science de son ami. Les principaux libéraux pré:
sents comme MM. L. H. Fréchette, Arthur Buies, Alp. Christin et même M. L. O. David n’ont euque des fé licitations à donner aux paroles qu'ils venaient d'entendre, et, d’après le compte rendu de la Patrie,pas un n’a protesté contre les doctrines matérialistes qui avaient été énoncées.
C'est par la Patrie que se propagent les idées radicales ; c'est par la Patrie qu'on prépare la génération future à se moquer des croyances religieuses ; c’est par la Patrse qu'on apprend à la jeunesse à rire detout, ét les princi-
“ À ra Gomme
pes pernicieux comme ceux du Dr Mitivier et autres ont d'autant pus de chance de s’infiltrer dans l'esprit du peuple que, depuis quelques années, le libéralisme a le champ libre et que ce sont les soutiens des idées conservatrices qui sont regardes comme suspects.
Que l'on rapproche cette conférence de celle de M. de Katsner donnée dernièrement à Québee, et qui a mérité l'approbation des deux journaux libéraux de la capitale, l’Evèrement et l'Electeur. Ilest assez singulier que, dans le même temps, deux voix se soient fuit entendre et que les deux conférenciers se soient accordés sur la loi du progrès et de l’évolution.
Il viendra un temps,et ce temps n'est probablement pas éloigné, où on regrettera d’avoir eu tant de pusillani-
mité et de ne pas avoir vu le danger menacer l'esprit profondement catholique de notre population ; alors il sera trop tard pour le conjurer, et la voix des Evêques sera impuissante à endiguer le torrent. Après avoir frayé un chemin souterrain, les mauvaises doctrines apparaîtront au grand jour ; on abaissera le voile de l’hypocrisie et la religion et le clergé seront les victimes premières de l’empoisonnement qu’on aura semé.
Mais il est inutile d'en dire davantage ; nous avons cru remplir notre devoir de journaliste en dévoilant les erreurs que le Dr Mitivier a débitées à Montréal ; à d’autres de faire le leur.
BOUCHER DE LABRUÈRE.