LES MEDECINS
N’allez pas croire qu’ils nous aïent quitté avec les soldats de l’armée. Leur avenir était rivé en quelque sorte au Canada. Tout au plus s’en est-il détaché une demi douzaine.
Qui n’a pas entendu prononcer les noms des chirurgiens :
Benoist, Btrauit,
Badelard, Fonblanche, Jobert, Hubert de LaÇroix, Soupiraux, Lajus,
Gervats Beaudoin, L’Erigault, Destrampes, De Bonne, etc., etc.
Quant aux notaires, à l’exception de Danré de Blanzy et de quelques autres peut-être, la grande majorité demeura au pays; c’est un fait indéniable.
N'est-ce pas assez d’hommes haut places, éclairés, instruits, et surtout dévoués, pour conseiller et guider leurs compatriotes, au lendemain de nos désastres ?
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Cent trente seigneurs, cent gentilshommes e. bourgeois, cent vingt-cinq négociants marquants, vingtcinq jurisconsultes et hommes de loi, dont plusieurs avaient appartenu même au Conseil Supérieur, ainsi que nous l'avons dit plus haut, vingt-cinq à trente médecins-chirurgiens, des notaires, presque en nombre égal, n'est-ce pas plus que suffisant pour faire face aux besoins politiques, intellectuels et autres de la population que renfermaient alors les trois villes de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières ? Car, rappelons-le-nous bien : il ne saurait être question des campagnes, au sein desquelles, d’après Garneau, l l’émigration n'avait causé aucune perturb:tf"n.
Selon l'historien Smith, la population de ces trois villes étaient de 6,700 âmes, 4,000 et 1,500, respectivement.
Ces quatre cents familles, à peu près, étaient suffi- | santes assurément à soutenir ce petit peuple, à le | prémunir, à le protéger, contre cette espèce d’atrophie
À entrevue par nos premiers historiens | Oui, évidem-
1] ment, leur influence pour le bien-être de la population
À canadienne, dans toutes les couches sociales, ne sau- | rait être mise en doute et fait plus que contre-balancer 1 les départs sans importance que nous avons indiqués. L Dès les premiers moments, cette influence se fit sentir, - À et elle a toujours continué d’être notre égide.
En réponse à l’affirmation de Bibaud : “que le changement alors opéré pour le pis, sous le rapport des arts et des sciences, se fit sentir longtemps,”
l comme si tout le peuple était forcément resté à cause ‘ de cela dans un état d'infériorité, de marasme, se
traduisant par une réelle misère, nous dirons qu’en parcourant les livres de comptes des négociants de ce temps, nous avons rencontré des tailleurs, des horlogers, des perruquiers, des arquebusiers, des corroyeurs, des menuisiers, des charpentiers, des maçons, des forgerons, des chapeliers, des tonneliers. Et le nombre en est si grand, qu’il prouve surabondamment que, par leur intelligent travail, ils avaient réussi comme autrefois à gagner leur vie et celle de leurs familles dans le pays.
Loin de nous la prétention de dire que personne n'ait émigré en France : nous l’avons reconnu déjà plus haut. Nous connaissons trop bien et sommes trop fiers des beaux noms qui ont jeté sur la race canadienne un si vif éclat dans la vieille France, tels que les <e Reveñtigny, les de Léry, les Bedout, les Juchereau de St-Denis, les de L’Echelle, les Grasset de Saint-Sauveur, les Perthuis, eic. Mais y en eût-il eu davantage, cela n’aurait pu amener la situation que Bibaud nous met sous les yeux : c’est-à-dire l’immense vide moral, intellectuel et social qu’il indique.
Rappelons-nous d’ailleurs que le petit nombre de ceux qui émigrèrent étaient presque tous des jeunes gens dont le but, en quittant leurs familles, était d'aller s'établir 1à, où le sentiment les attirant, ils pensaient amélicrer leur sort. Ils choisissaient [a France pour {ur patrie, tandis qu’au même moment d’autres Canadiens, en France depuis quelque temps, revenaient ici, optant pour le <nl natal. Cependant, les souches des premiers, profondément attachées aux lieux où avaient vécu leurs ancêtres, y demeurèrent ;
et nous en retrouvons aujourd’hui encore maints rejetons distingués dans la société canadienne.
Il faut aussi que l’esprit impartial se pénètre bien de ceci: que parmi ces émigrés, il y avait certains officiers réformes, d’anciens fonctionnaires civils et militaires, de vieilles dames, tous jouissant de pensions de 1itat français. Ils ne formaient, au total, qu’un chiffre bien insignifiant.
Il ne faut pas oublier non plus les quelques Canadiens qui se dirigèrent vers a Louisiane ; mais, des l'instant de la cession de cette province à l'Espagne par la France, ces émigrants s'enpressèrent de nous
L revenir presque tous,
Mais poursuivons notre série de preuves.
Quinze ans après l'éloignement du drapeau français de nos rives, nous sommes témoins d’un spectacle émouvant qui semble avoir échappe, par certains côtés du moins, aux historiens cités plus haut.
Les Américains, les Bastonnais des anciens jours, s'étant subitement rués sur le Canada, nous voyons les messieurs suivants, mus par un patriotisme admirable, se jeter courageusement dans le Fort St-Jean pour y défendre, contre l’envahisseur, le drapeau britannique, sous la protection duquel vivait leur pays.
Ouvrons les annales du temps : à chaque page, nous retrouverons ces mêmes hommes déjà nommés. Nous y voyons les membres les plus distingués de notre ancienne noblesse et de notre haut négoce :
| De Longueuil, De Lacorne,
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