H. Munsterberg, Die Amerikaner, I, p
empire mondial (ein Weltreich). Partout, dans les contrées les plus lointaines, sont établis des milliers et des milliers de nos compatriotes. La science allemande, l'activité allemande, les défenseurs de Tidéal allemand passent Tocéan. C'est par milliers de millions que se chiffrent les valeurs que TAllemagne transporte à travers les mers. C'est votre devoir, messieurs, de m'aider à établir de forts liens entre notre Empire d'Europe et ce plus grand empire allemand (dièses grôssere deutsche Reich],,, »
Prétend-on, dans ce plus grand empire allemand, englober les Deutsch-Amerikaner? Veut-on chercher à les gagner au sentiment d'une solidarité nationale et les soumettre à une direction impériale? On peut dire qu'alors l'entreprise serait vaine. L'expérience a enseigné à la plupart des émigrants la défiance des gouvernements allemands. Beaucoup d'entre eux, qui n'ont jamais connu qu'une Allemagne particulariste, s'intéressent peu à une politique d'Empire. Les plus jeunes, ceux qui n'ont quitté qu'après 1870 l'Allemagne unifiée (ils sont aujourd'hui près d'un million), semblent aussi avoir leurs raisons de se tenir à l'écart du mouvement impérialiste. Faut-il croire qu'ils ne soient tous, comme on le dit souvent, que de pauvres diables illettrés, misérables, incapables de comprendre la grandeur d'un idéal national? Il n'en est rien. Dans l'innombrable troupeau qui traverse chaque année, à ElHs-IsIand, l'Immigration Bureau, les Allemands représentent l'élément le plus instruit et le plus immédiatement utilisable. Quand on visite,
dans les grands ports de l'Atlantique, ces Evening schoolsy où les Américains, avec une énergie, une patience et une méthode admirables, travaillent à pétrir, à former, à assimiler les confuses mêlées humaines que leur envoie FEurope, on voit assis sur les bancs des Polonais, des Russes, des Italiens, des Slaves d'Autriche-Hongrie, etc. ; mais d'Allemands, ou plus exactement de sujets de l'empire allemand (Reichsdeutsche), point ou presque point. Ce sont ceux pour qui un travail de préparation ou d'adaptation se révèle le moins nécessaire. Est-il vrai du moins qu'ils ne soient pour la plupart que des hommes d'une valeur morale inférieure? Un pangermaniste énergique me disait un jour, en Amérique même : « Ceux de nos compatriotes qui se réfugient ici ont simplement quitté l'Empire parce qu'ils s'y sentaient contraints par trop de côtés. Ils ont trouvé trop dure la discipline (Zucht) allemande. Mais c'est uniquement parce qu'ils manquent eux-mêmes de discipline morale personnelle (Selbstzucht). » Et il ajoutait : « C'est à cause de ce manque de discipline intérieure qu'ils se laissent contaminer ici par les pires idées démocratiques » . Ceci exprimait le reproche le plus secret et le plus véhément d'un cœur pangermaniste. Les émigrants sont pour une grande part des ouvriers ou de petits bourgeois, qui inclinent au socialisme, quand il n'y sont pas encore consciemment convertis. Il n'est pas besoin que la démocratie américaine les contamine ; il sont démocrates avant môme de débarquer aux États-Unis.
Mais beaucoup d'entre eux, qui ne voudraient pas vivre dans Tancienne patrie, la regrettent pourtant. D'où chez les émigrés une curieuse confusion de sentiments contradictoires. Rien n'est plus difficile que d'obtenir d'un Deutsch-Amerikaner une claire analyse de son Deutschtum, Il s'en tient pour l'ordinaire à des formules sentimentales et vagues. Il dénigre volontiers la vie âpre, brutale, jouisseuse, des États- Unis avec ceux qui louent la douceur de la vie allemande. Mais il ne renoncerait pas à la première pour revenir à l'autre. Surtout il ne voudrait pas retomber sous le joug prussien. Et pourtant il est fier de la force et du renom de l'empire allemand.
Au mois de février 1902, le prince Henri de Prusse, officiellement délégué par son frère l'empereur, rendait visite au président Roosevelt et au peuple américain. Son voyage fut l'occasion de manifestations allemandes telles que l'Union n'en avait encore jamais vues. Il parcourut les contrées les plus peuplées de colons allemands, s'arrêtant à New York, Philadelphie, Washington, Saint-Louis, Chicago, Milwaukee et Boston, où il inaugura le « Germanie Muséum ». L^accueil fut partout délirant. Mais tous les orateurs qui le haranguèrent semblèrent, comme à plaisir, saisir cette occasion d'insister sur la sincérité de leur patriotisme américain. « L'Allemagne est notre mère, mais l'Amérique est notre fiancée », cette formule, trouvée par la New York Staatszeitung^ fut le thème presque unique des discours prononcés par des
Deutsch-Amerikaner*: La nécessité même de ménager les susceptibilités anglo-saxonnes n'exigeait pas un- tel débordement de loyalisme américain.
Une polémique de presse assez récente peut aider à comprendre quelle attitude les Deutsch-Amerikaner éclairés entendent garder vis-à-vis de l'Empire. En septembre 1905, des Allemands de Saint-Louis formèrent une société qui prit le titre de Alldeutscher Verein. Par cette fondation ils voulaient, disaient-ils, répondre à l'oppression organisée dont ils étaient l'objet; le gouverneur de l'État, prétendaient-ils, favorisait des menées allemandes; un prédicateur connu avait, du haut delà chaire, donné à tous les buveurs de bière le conseil injurieux de retourner en Allemagne, puisqu'ils se montraient indignes par leur intempérance de jouir des bienfaits de la civilisation américaine. La New York Staatszeitung ^ tout en approuvant l'idée d'un groupement général des Allemands de Saint-Louis, critiqua la dénomination choisie d' Alldeutscher Verein : le mot « alldeutsch », pangermaniste, prêtait à la confusion ; on pourrait croire, on se montrerait peut-être empressé à croire que les citoyens allemands de Saint-Louis voulaient faire cause commune avec les pangermanistes du continent, qui inscrivent en tête de leur programme la fidélité à l'Empire.
Un membre new-yorkais de Y Alldeutscher Verband, ou ligue pangermaniste, envoya à la New