‹ L'expansion allemande hors d'Europe:Chapitre 17 sur 48 · Victor L&yeTTenz, Prinz Heinrichs AmerikafahrU · texte numérisé non relu

Victor L&yeTTenz, Prinz Heinrichs AmerikafahrU

York Staatszeitung une rectification, prolestant que VAlldeutscher Verband ne parlait nullement dans ses statuts de fidélité à l'Empire et qu'il n'avait d'autre but que le relèvement et la défense des Allemands a en tant que peuple ». La rédaction du journal répondit par l'article suivant :

Nous publions aujourd'hui en cinquième page une communication qui traite des desseins de VAlldeutscher Verband. L'auteur, M. le D' Friedrich Grosse, cherche à réfuter nos remarques sur cette association, mais nous ne pouvons pas concéder qu'il y ait réussi. Il dit que la ligue se propose la défense et le relèvement des Allemands, en tant que peuple, « in vôlkischer Beziehung ». Qu'entend-il par ce mot de « vôlkisch », nous ne le voyons pas clairement. Mais cela ne fait rien à l'affaire; car le mot n'est pas employé dansles statuts de la Ligue pangermaniste. En revanche, on cite expressément comme l'un des objets poursuivis : « la lutte contre toutes les influences qui empêchent notre développement national ». Il s'agit donc du développement national, ou, selon la définition d'un dictionnaire qui fait autorité, du développement du peuple allemand considéré comme État, par conséquent de celui de l'empire allemand.

Cette interprétation est confirmée par le bulletin de propagande et d'adhésion, que nous communique M. le D^ Grosse. A vrai dire, la Ligue ne fait pas de la qualité de sujet de l'empire une condition de l'adhésion, mais il est dit dès les premiers mots de l'appel publié par le bulletin : « Le destin de notre peuple ne peut pas borner son horizon aux limites étroites de l'empire allemand; son histoire, sa civilisation, sa valeur propre lui donnent des droits à une situation mondiale ». Il ne s'agit donc pas du germanisme et des Allemands en général, mais du peuple allemand en tant qu'unité nationale, et par suite politique. Il est dit encore : « Pour que le peuple allemand soit mis en état de faire une politique mondiale, une Weltpolitik, il

faut travailler à développer en lui une conscience nationale. Mais une « Weltpolitik du peuple allemand » est synonyme d'une Weltpolitik de l'empire allemand. Et comment les Allemands qui sont citoyens américains devraient-ils, comment pourraient-ils participer à une semblable Weltpolitik?

Que la ligue pangermaniste travaille exclusivement à fortifier la grandeur de l'empire allemand, cela ressort encore des autres objets énoncés dans le bulletin. Elle veut « soutenir les efforts des Allemands en Autriche, efforts qui tendent à établir sur une base constitutionnelle l'alliance austro-allemande ». Elle confesse que l'enthousiasme pour les Boers naquit non seulement de l'admiration provoquée par leur courage, mais aussi « des froides considérations d'une politique d'intérêts ». Tout particulièrement la Ligue veut agir en faveur du renforcement de la flotte allemande, ainsi que de la création de station maritimes, de dépôts de charbon et d'un réseau de câbles allemands. Elle considère comme un de ses devoirs de diriger rémigration allemande vers des pays où l'expérience a prouvé que les Allemands conservent leur nationalité, afin d'éviter de lourdes pertes comme celle que le peuple allemand a subi par l'anglicisation de millions de ses compatriotes aux États-Unis.

Ce sont là des objets et des desseins, que chaque sujet de l'empire allemand peut et même devrait chercher à réaliser et pour lesquels les Allemands qui habitent aux États-Unis peuvent avoir de la sympathie. Mais qu'un citoyen américain puisse les poursuivre conjointement avec les devoirs qu'il a librement acceptés, qu'il accorde à la réalisation de pareils desseins plus que sa sympathie, qu'il accorde son aide active, cela nous paraît, à dire le vrai, incompréhensible.

Nous pouvons nous réjouir en voyant l'Allemagne devenir grande et puissante ; nous pouvons faire en sorte que le peuple allemand soit en ce pays estimé et respecté, mais nous ne pouvons pas participer à une politique, qui vise à agrandir l'empire allemand, à agrandir sa flotte, à lui pro-

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curer des stations maritimes et à détourner Témigration allemande des États-Unis. Ce que doit être Tattitude d'un Deutsch-Amerikaner à Tégard d'une pareille prétention, nous n'avons pas besoin de le dire...

Faut-il que les Allemands se déchirent toujours entre eux? nous demande M. Grosse; et un autre lecteur nous accuse de semer la haine. Si quelqu'un fait cela, ce n'est pas nous, ce sont les pangermanistes, non peut-être la Ligue, mais une bonne partie de sa séquelle, de ce côté-ci de l'Océan et de l'autre. Nous combattons pour les Deutsch-Amerikaner, nous reconnaissons leurs qualités, nous essayons de leur rendre justice, nous ne les traitons pas de non-valeurs et de gens méprisables. Nous ne sommes pas de ceux qui, avec un éternel sourire de suffisance, racontent que les Allemands n'ont commencé à se remuer que depuis leur arrivée, qu'ils ont été les premiers à réveiller dans les esprits le sens des traditions allemandes et à remettre en honneur le nom allemand. Nous croyons, ou plutôt non, nous sommes sûrs, que les Deutsch-Amerikaner sont assez énergiques et assez laborieux, pour suivre leur route et accomplir leur mission prédestinée, sans se laisser mener en lisières par des gens qui n'éprouvent pour eux aucun sentiment profond. Nous honorons les coutumes et les traditions allemandes comme lesAllemands l'ont toujours fait en ce pays, malgré les affirmations contraires de quelques messieurs très savants; mais en politique nous devons suivre d'autres chemins que l'Empire allemand, et ' surtout de tout autres que VAlldeutscher Verband, Et sur ce point, nous ne nous laisserons induire en erreur par personne K

La rédaction des Alldeutsche Blàlter^ organe officiel de Y Alldeulscher Verband publia à son tour une

1. Article cité dans Alldeutsche Blâtter^ 14 cet. 1905. — Quelques paragraphes, qui contenaient des longaeurs et des répétitions, ont été supprimés dans cette traduction.

réponse à la New York Slaalszeitung , Les pangermanistes, disait-elle, n'ont point l'intention de détourner de leurs devoirs des citoyens américains. Leurs efforts, pour les résumer d'un mot, tendent « à assurer au concept peuple la place qui lui revient audessus du concept État, Il y a une situation mondiale du peuple allemand, qui à vrai dire n'est pas sans rapports avec la puissance mondiale de l'empire allemand, mais qui pourtant ne signifie pas la même chose. » Par conséquent il faudrait, du point de vue pangermaniste, que les Allemands remplissent avec honnêteté, avec conscience, leurs obligations vis-à-vis de l'État américain, mais qu'ils ne cessassent pas en même temps de se considérer comme faisant partie d'une grande communauté, répandue sur le monde entier, et qui s'appelle le peuple allemand. Cette conception vague du mot peuple paraît bien se confondre dans lesprit de ceux qui l'emploient avec la conception non moins vague du mot race^ tel que Tutilise le langage courant.

Mais si tous les éléments divers de la population des États-Unis se convertissaient à cette doctrine, il n'y aurait plus de peuple américain. En général les Allemands ne paraissent pas plus disposés à l'adopter que les fils d'émigrants irlandais ou anglais. Ils s'en tiennent aux paroles du vieux Cari Schurz : « N'oublions pas que notre mission en ce pays n'est pas de former une nationalité allemande, mais d'apporter à la nation américaine le meilleur de nous-mêmes, et de nous approprier, quand il le faut, ce que nous

trouvons de bon et d'admirable chez ceux qui sont, comme nous, des Américains ' ».

Un écrivain allemand a prétendu que les Etats-Unis verraient un jour une grande lutte des nationalités. La prophétie paraît hasardeuse. Le mouvement allemand, quelque importance qu'il convienne de lui attribuer, n'a jamais troublé la vie intérieure de l'Union, pas plus que ne l'ont troublée le mouvement Scandinave ou le mouvement juif. Il semble au contraire bien plus vraisemblable qu'à travers des dissensions passagères tous les éléments blancs s'acheminent à une fusion de plus en plus étroite. Ils ont à faire front contre des ennemis communs, les noirs et les jaunes; bon gré mal gré, il leur faut conclure alliance dans la véritable guerre de races qui a déjà commencé d'agiter les États-Unis ; les ouvriers allemands de San Francisco sont au premier rang de ceux qui réclament l'interdiction du sol américain aux Chinois et aux Japonais.

Parmi les blancs eux-mêmes un groupement spontané se forme contre l'afOux, trop grand en ces dernières années, des émigrants de qualité inférieure. L'Europe orientale et l'Asie Mineure envoient des troupes toujours grossissantes d'émigrants où les illettrés sont extrêmement nombreux. Voici comment se répartissaient en 1903 les émigrants illettrés :

i. Prœeedim and adrcsei of the Penn$ylomia German Society, IV, 143.

Europe occidentale.

Scandinaves Écossais .

Finnois .

Tchèques Anglais .

Irlandais.

Français .

Allemands Hollandais Italiens du nord

Moyenne des peuples DE l'Europe occidentale. . .

Europe orientale (plus l'Espagne et le Portugal).

Magyars ....'. 9,5 p. 100.

Espagnols .... 11,1 —

Slovaques .... 19,3 —

Roumains .... 21,0 —

Grecs 25,3 —

Polonais 27,5 —

Croates et Slovènes. 33,7 —

Lithuaniens ... 38,0 —

Italiens du sud. .43,1 —

Ruthènes .... 46,7 —

Portugais .... 55,1 —

Moyenne des peuples DE l'Europe orientale. . . .

Cubains ..... 3,0 p. 100.

Chinois 12,8 —

Juifs 19,7 —

Autres peuples,

Arméniens. . . . 25,4 p. 100.

Japonais 26,3 ■ —

Syriens 44,5 —

Plus ou moins consciemment, les peuples du premier groupe s'entendent pour qualifier l'immigration des deux autres groupes de undesinable et pour essayer de la limiter. Le classement en immigrants désirables ou non a varié selon les époques. Les Allemands ont paru eux-mêmes undesirable lorsqu'en encombrant le sol anaéricain d'un prolétariat trop nombreux et trop besogneux, ils faisaient tomber les salaires des ouvriers à un taux trop bas pour le normal standard of life. Mais l'immigration allemande, après avoir été longtemps un élément essentiel de l'immigration totale, voit aujourd'hui son importance décroître constamment. ,

Immigration allemande comparée à l'ensemble de rimmlgration.

Juillet 1890 à juin 1901 13,05 —

Le recul a donc été considérable dans la décade 1890- 1900. L'immigration anglaise a dans le même temps beaucoup décru. Jusqu'à Tannée 1868, TAUemagne et la Grande-Bretagne ont ensemble fourni aux États- Unis 85 p. 100 de leurs immigrants. Depuis 1868, au contraire, ils n'en ont plus fourni .que 58,6 p. 100 *. C'est rimmigration slave et l'immigration romane qui prennent Tavantage. Le tableau suivant, dressé par les soins de V Immigration Restriction League^ montre Taugmentation absolue et relative de diverses immigrations entre Tannée 1890 et Tannée 1900.

Pays d'origine.

Augmentation absolue Augmentation de 1890 à 1900. proportionnelle.

Amérique du Nord et du Sud . 230 668 individus,

Peuples Scandinaves .... 131 060 —

Peuples slaves 662 585 —

Italie 301 627 —

Peuples asiatiques 7 479 —

Autres peuples 226189 —

Mais il faut faire un tableau spécial pour les immigrations anglaise et allemande, qui ont diminué à la fois d'une façon absolue et d'une façon relative.

1. ErnstHasse, DieAnzahlder Deutschen inden Vereinigten Staaien von Nordamerika (dans Deutsche Erde, I, 139).

Diminution absolue Diminution

de 1890 à 1900. proportionnelle

P. iOO.

Grande-Bretagne 334 607 individus, 30,2

Allemagne 117 904 — 10,6

En face de Tinvasion slave, romane ou orientale, les éléments germaniques se souviennent de leurs lointaines origines communes. Les fondateurs du « Germanie Muséum » de Harvard Collège ont eu bien soin de noter que cet institut était consacré à Tart de tous les pays germaniques, par conséquent à TAngleterre et à la Scandinavie aussi bien qu'à FAUemagne elle-même.

L'attachement sentimental des Deutsch-Amerikaner pour TAllemagne ne les poussera pas aujourd'hui à invoquer le principe des nationalités pour réclamer une situation spéciale. Le mot national signifie pour eux américain; c'est dans ce sens que remploient le Nationaler Deutschamerikanischer Lehrerbund ou le Deutschamerikanischer Nationaibund. La question de nationalité ne se pose d'ailleurs pas pour ces émigrants comme pour les Polonais, les Danois ou les Alsaciens-Lorrains. On ne les a pas arrachés par violence à leur patrie. Aussi ne prétendent-ils pas, lorsqu'ils parlent de défendre leur Deutschtum^ résister à un gouvernement oppresseur. Ils entreprennent seulement de lutter contre l'opinion publique. Le conflit reste donc très américain ; c'est une querelle de famille; ce n'est pas une questioa interoationale..

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