CHAPITRE VII
[Climat — Flore — Faune)
Les grandes régions naturelles du Congo ne sont pas seulement distinctes par leur constitution géologique, leur orographie, leur hydrographie, leurs caractères géographiques : elles sont au même titre difTérenciées par les conditions mêmes de la vie sociale. C'est ce que nous essaierons de faire apparaître^ au cours de ce chapitre, en y examinant le climat, la flore, la faune et les produits du sous-sol.
A. — Climat
Le Congo français, placé sous l'équateur, dans la zone torride subit la loi commune à tous les pays de la zone intertropicale. Les côtes ne sont nullement malsaines ; dans l'intérieur la température fraîchit, en même temps que Tair, saturé des vapeurs sur les rives de la mer, devient plus sec. Ainsi à mesure que Ton s'avance dans le pays, le climat s^adoucit, la température baisse, les pluies dominent. Ce
phénomène trouve son explication dans la constitution même du continent africain : on l'a souvent et très justement comparé à une assiette creuse renversée : le littoral, bas^ marécageux, très malsain, est surmonté de terrasses qui se succèdent en allant vers l'intérieur, comme les marches d'un escalier, et qui sont quelquefois absolument saines. Ainsi les Européens pourront peut-être s'acclimater, ou, en tout cas, prolonger leur séjour sans danger quand ils pourront, grâce aux voies de pénétration, passer au plus vite des marais littoraux aux pays salubres et élevés de l'arrière-pays.
Climatologie. — Dans l'Afrique tropicale, les saisons sèche et pluvieuse se partagent Tannée à peu près par moitié. Cette distinction n'est pourtant pas tout à fait rigoureuse : il survient, en eftet, quelques petites ondées en saison sèche, ce qu'on appelle au Gabon « la 'pluie des mangues » ; réciproquement, la saison des pluies se signale souvent par quelques jours de rémission.
(( Dans la saison pluvieuse, les pluies ne sont pas continues ; elles surviennent par violents orages, généralement entre quatre et six heures du soir. Une épaisse masse de nuages noirs apparaît vers le nord-est; elle envahit rapidement le ciel ; à peine a-t-elle atteint le zénith que le vent s'élève et se met tout à coup à souffler en bourrasque. Aussitôt la foudre entre en scène ; éclairs et tonnerre se succèdent sans relâche. Enfin une pluie diluvienne commence à tomber en nappes compactes et fait taire peu à peu le fracas de la foudre. Avec le gros de l'orage, le tonnerre s'enfuit vers l'horizon ; la pluie devient moins torrentielle, mais persiste encore quelques heures, parfois toute la nuit. Au matin, un
soleil éclatant fait évanouir les dernières nuées et lever du sol trempé des brumes chaudes et épaisses... » (1).
Dans la région fluviale^ le ciel est constamment couvert pendant la saison sèche ; la vapeur d'eau ne cesse pas d'être en très forte proportion dans l'atmosphère. La pluie paraît toujours à l'état de menace sans jamais tomber ; ainsi l'horizon de Brazzaville est considérablement rétréci par les brumes. Durant la saison des pluies la courbe de la tension de la vapeur d'eau procède par bonds successifs ; elle s'élève d'une manière continue pendant plusieurs jours ; puis survient une condensation brusque sous forme de tornade. L'atmosphère devient d'une extrême limpidité ; les lointains sont nets, clairs et se détachent avec vigueur ; bientôt la chaleur solaire aura de nouveau saturé l'air de vapeur d'eau et la même suite de phénomènes se reproduira. La température, régularisée par l'énorme masse d'eau en suspension dans l'atmosphère n'atteint jamais des valeurs extrêmes. A Brazzaville, elle oscille entre + 20<> et -f- SU'*. Son plus faible minimum est aux environs de -}~ 13°, un jour ou deux par an, dans la saison sèche.
kw contraire, sur les plateaux et sur le versant du Nil la saison sèche justifie réellement son nom. La tension de la vapeur d'eau approche de zéro pendant le jour et se relève à peine durant la nuit. L'atmosphère se charge d'un mélange de poussières ténues soulevées par le vent du N.-E. et de fumée, provenant de l'incendie des herbes, qui, sous l'irradiation du soleil, prend un éclat et une luminosité excessifs. La température subit de grands écarts entre 6 heures du matin
(1) Cureau, Notes sur l'Afrique équatoriale, art. cité, suprà, p. 571.
et 1 heure de l'après-midi, maxima et minima qui peuvent atteindre -f- G'' et + 400 (à Tombre). On reconnaît là, une fois de plus, un des caractères particulier des contrées désertiques. En saison des pluies, Fintervalle diminue entre les températures extrêmes ; il ne s'étend plus que de + 21» à + 29°5. L'humidité atmosphérique prend un régime analogue à lelui de la région fluviale, c'est-à-dire qu'il procède par oscilla- . tions diurnes, d'amplitude croissante pendant plusieurs jours consécutifs et suivies d'une dépression brusque à l'occasion d'un orage. Dans une même journée, la proportion de vapeur d'eau se porte de 15 à 90 0/0. Contrairement à ce qui arrive dans la région fluviale, la nébulosité ne cesse d'être très forte ; les orages ne purifient jamais le ciel. Les phénomènes hydrographiques et météorologiques sont, du reste, intimement liés, dans cette région des plateaux^ et exercent les uns sur les autres une réaction réciproque. L'aridité du sol accroît la sécheresse de l'atmosphère, et tandis que l'humidité, même en l'absence des pluies, ne cesse d'être considérable dans la première zone, au contact des forêt et des larges étendues d'eau, dans la seconde au contraire, l'effet de la saison pluvieuse cesse de se faire sentir avec les dernières ondées, et, tout de suite, le climat passe de l'extrême humidité à l'extrême sécheresse.
Tels étant les caractères les plus généraux de la climatologie du Congo, il nous reste à donner quelques indications plus précises sur chacune des deux grandes régions climatériques*
1° Gabon-Congo, — La climatologie du Gabon-Congo est caractérisée par une thermométrie et une hygrométrie à la fois élevées et constantes. Il existe deux saisons assez bien tranchées :