NES
ce .
Sî3
gnnnO »
(1) Observations du 7 an 28 février. — (2) Du !«■■ au 20 août. — (3) Du 5 au 30 sept.
Salubrité. — Telles étant les conditions climatériques du Congo, on peut, de ces données conclure que le climat est plus malsain dans le voisinage des côtes et des régions alluvionnaires drainées par son important système fluvial que dans les régions élevées de l'intérieur.
Au reste, « beaucoup de personnes, mal informées, soutiennent que notre Congo, à cause de son pernicieiix climat ,, ne vaut pas la peine d'être mis en valeur. Pourquoi pousser des colons, vite terrassés, quelle que soit leur force, par les fièvres locales, par l'insolation, etc., à aventurer leur vie et leurs capitaux dans cette inclémente contrée» ? (1).
On ne saurait croire combien la réputation d'insalubrité attribuée au Congo est bien au-dessous de la vérité, et cela parce que Fon a jusqu'ici confondu les deux termes : climat et conditions d'existence. En effet si les ravitaillements sont difficiles, longs et onéreux, si les vivres indigènes sont rares par suite du manque d'occupation et partant d'organisation des diverses régions, si enfin le manque de confortable des habitations se fait sentir un peu partout, il ne s'ensuit pas que le Congo soit un pays malsain. Bien au contraire : et il est deux faits importants à noter d'après l'aperçu climatologique que nous venons d'en donner, c'est d'abord que la température n'est pas excessivement élevée et ensuite que la chaleur se fait surtout sentir entre onze heures du matin et cinq heures du soir.
Contrairement à ce qui se passe dans d'autres colonies, si
la journée est pénible, la nuit est souveraine parle repos que
procure un sommeil réparateur : c'est là une atténuation aux
attaques dont est souvent l'objet le climat du Congo.
(1) Guvillier-Fleury, « La mise en valeur du Congo français », Paris, 1904, in-80, p. 11.
Quoi qu'il en soit, le Congo n'est pas un pays où les Européens peuvent s'acclimater. Ils ne peuvent qu'y faire des séjours plus ou moins prolongés, selon leur constitution et l'hygiène qu'ils observent et interrompus par des voyages en Europe, au bout de deux à trois années.
Il convient, pour être exact, de remarquer que toutes les régions de la colonie ne sont pas également débilitantes, et les Européens pourront peut-être s'acclimater, ou en tout cas, prolonger leur séjour, sans danger quand des voies de pénétration^ poussées vers l'intérieur, permettront de passer au plus vite à travers les marais du littoral^ pour gagner les points salubres et élevés de Tarrière-pays.
Pathologie [\). — La morbidité doit s'envisager chez l'Européen et chez l'indigène.
I. Européens. — Les principaux ennemis de l'Européen sont : le soleil et le moustique, auxquels il faut ajouter la Glossina Palpalis^ connue plus communément sous le nom de mouche Tsé Tsé.
Le soleil occasionne des cas, rares d'ailleurs, d'insolation et des coups de chaleur.
Il a été démontré que le moustique et plus particulièrement r Anophèle est le principal propagateur de la fièvre paludéenne. Les moustiques existent en grand nombre dans le Congo, pullulant dans les régions marécageuses et en général,partout où il y a des eaux stagnantes, permettant l'éclosion des larves d'anophèles. Les régions sablonneuses du Tchad et en particulier le Kanem en sont dépourvues ; aussi ces régions forment-elles un minuscule sanatorium au centre de l'Afrique.
(1) Voir à ce sujet la très intéressante monographie qui figure dans V Annuaire du Congo français, 1906.
C'est le paludisme et ses accidents de toutes sortes — au nombre desquels il faut ranger en première ligne, la bilieuse hémoglobinurique — qui est le facteur le plus important de la morbidité au Congo. En 1903, le paludisme a occasionné 59, 64 0/0 des entrées à l'hôpital de Libreville et trois cas de fièvre bilieuse hémoglobinurique y ont été traités avec succès.
Le point sombre à l'horizon de la pathologie du Congo est la maladie du sommeil, qui menace de devenir un fléau tant pour l'Européen que pour l'indigène. Elle nous vient de l'est et de l'ouest, se rapprochant petit à petit de l'intérieur menaçant de se répandre partout, puisque l'agent propagateur, la Glossina palpalis , se trouve à peu près dans toutes les régions du Congo. Ces faits ont été démontrés à la suite des recherches de MM. les ilocteurs Morel et Decorse, dans le Chari- Tchad, du docteur Brumpt dans l'Ouganda, l'Etat indépendant et la région de Brazzaville, et du docteur de Goyon dans le Haut-Oubangui. Cette maladie est d'autant plus dangereuse qu'elle ne se révèle dans la plupart des cas que dans la dernière période, celle du coma, alors qu'il est trop tard pour songer à intervenir efficacement auprès de ceux qui en sont atteints.
Il faut citer encore un assez grand nombre de congestions du foie et quelques cas à'hépatite-suppurée.Lsi dijssenterie ou plutôt \ enter ocalite sont bénignes. L'eau existe en abondance au Congo ; les plis de terrains étant coupés par de multiples cours d'eau connus sous le nom de « marigots ». Cette eau est généralement courante, limpide et potable et n'est contaminée que lorsqu'un village indigène se trouve à peu de distance en amont du point où on la puise.
282 CONDITIONS DE LA VIIï; SOUIALE AIT CONGO FRANÇAIS
Les affections chirurgicales sont rares ; il fant noter cependant le craw-craw^ fréquent chez ceux qui, marchant sans jambières, sont sujets aux- écorchures susceptibles de s'infecter au passage des marais.
II. Indigènes. — On relève chez eux de nombreuses maladies sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister : bronchite, pneumonie, embarras gastriques, helmintase, gale, etc. Les maladies vénériennes sont en assez grand nombre, et les indigènes s'y habituent trop facilement, grâce à leur indifférence habituelle.
Parmi les maladies endémiques, la maladie du sommeil a ïdiii d^énormes ravages. Parmi les maladies épidémiques, la lèpre et surtout la variole déciment également les populations. Contre la première, rien n'a encore été tenté : les médecins n'ont du reste aucun moyen d'isoler leurs malades, sauf à Libreville et à Brazzaville, où il existe un lazaret. La variole s'étend depuis la côte jusqu'à Bir-Alali, au Tchad^ et jusqu'à Sémio dans rOubangui. Les vaccinations sont bien acceptées par l'indigène, mais elles ne réussissent que sur la côte, avec du vaccin de France, et dans la région de Brazzaville où le vaccin est fourni par l'Institut vaccinogène de Boma.
Signalons enfin les accidents le plus souvent mortels causés par les substances toxiques qui désarment la science par la rapidité avec laquelle ils agissent. Deux poisons sont généralement en usage au Congo : chez les Loangos, c'est Vipéca, la casse, comme ils disent ; et à peu près partout est répandu l'usage de la strychnine, extraite de la racine d'un arbuste d'un mètre de haut environ et dont les indigènes se servent pour empoisonner leurs flèches, leurs sagaies et pour juger en dernier ressort : ce sont les poisons d^épreiive.
Mortalité. — La mortalité est difficile à évaluer, sauf pour Libreville, à cause du manque de formation sanitaire. Pour 1903, on note pour l'hôpital de Libreville une mortalité moyenne des Européens de 13,7 0/0 (1).
On peut cependant affirmer que la mortalité chez les Européens est beaucoup plus considérable chez les colons que chez les fonctionnaires. En effet, ceux-là engagés sans renseignements suffisants font des séjours trop longs à la colonie pour le travail quelquefois très dur qu'ils ont à fournir, n^osant pas demander à rentrer de peur de perdre leur place, et, le plus souvent, ils reviennent pour un second terme, encore impaludés après un séjour dérisoire en Europe, n'ayant pas eu matériellement le temps de se rétabhr.
D'une manière générale, la mortalité est plus forte pendant les deux mois où la température s'abaisse et où il pleut le moins. En 1903, elle s'est répartie comme suit : 16,5 pour 100 en janvier.
février.
mars.
avril.
mai.
juin.
îo -
juillet.
août.
septembre.
octobre.
novembre.
décembre.
(I) Rapport d'ensemble cité, voir suprà, p. 55.
Dès que l'on sera confortablement installé dans les postes de rintérieur comme Brazzaville, la mortalité y sera encore probablement plus faible qu'à Libreville.
Hygiène. — L'Européen qui désire s'établir au Congo doit être âgé de 25 ans au moins, posséder une constitution exempte de tares héréditaires ou acquises, très sobre, actif et suffisamment énergique pour résister à la dépression n^rale fréquente dans les pays intertropicaux.
Le choix de l'habitation est une question de la plus haute importance.
« Il faut éviter' à tout prix le voisinage des marais, les lieux humides, choisir de préférence les endroits élevés et aérés pour y construire en planches, briques, torchis ou autres matériaux, des maisons saines dans lesquelles on aura soin de ménager de larges ouvertures et de supprimer autant que possible les tentures et rideaux où s'accumulent les germes malsains et les insectes parasites fort nombreux dans les pays chauds.
Il est bon de tenir compte aussi de l'orientation qui a son importance pour la ventilation, l'aération des locaux habités. Si la brise passe sur des plaines marécageuses, il est utile de laisser, lors du débroussement, un rideau d'arbres d'une épaisseur suffisante à peu de distance de l'habitation.
La maison doit être élevée de 0 m. 50 au moins au-dessus du sol et entourée d'une véranda de 2 à 3 mètres de largeur.
Les appartements doivent être suffisamment vastes. Il est préférable, à ce point de vue, de sacrifier le nombre à rétendue. Les murailles seront peintes ou blanchies à la chaux, le mobilier sera réduit au strict nécessaire. Le lit sera en fer, suffisamment large (l m. 20) ; les sièges en rotin ou en bambou.
Cependant, on est forcé de se servir partout, et surtout dans le voisinage des cours d'eau, de moustiquaires en tissu léger, pendant la nuit.
Les moustiques ne sont d'ailleurs pas les seuls ennemis de TEuropéen. Les reptiles ne sont pas rares et beaucoup sont dangereux; en dehors des couleuvres et pythons inoffensifs, on rencontre la vipère cornue, le trigonocéphale, le serpent des bananiers, le serpent cracheur ; on trouve aussi des araignées monstres, mygales venimeuses, scorpions, scolopendres et autres insectes incommodants ou dangereux.
Sur tout le littoral, où tous les Européens s'habillent avec une certaine recherche, les vêtements de coutil, de toile ou de drap léger sont les plus employés.
Le casque colonial est de rigueur.
Il devra être léger, en liège ou en aloès, à bords assez larges pour protéger la face, les parties latérales de la tête et la nuque. Le chapeau de paille ou de feutre mou ne doit être utilisé que le soir ou bien dans les forêts, où l'ardeur du soleil est tempérée par le feuillage.
Dans l'intérieur, où les exigences de la vie civilisée sont moindres, on se met plus à Taise : l'Européen doit se pourvoir de vêtements légers, en toile, coton^ coutil ou flanelle. Mais il ne doit pas négliger de se prémunir contre le froid dont on souffre parfois cruellement, surtout lorsque l'on voyage pendant la saison sèche. Le corps, habitué à une température toujours égale, sans variations brusques, en même temps qu'il s'anémie, devient très sensible aux plus légères différences thermométriques.
Le froid humide des nuits peut occasionner la fièvre, les rhumatismes, les congestions du foie et la dysenterie. Il est
288 CONDITIONS DE LA VlK SOCIALE AU CONGO FRANÇAIS
donc nécessaire de se munir de bons vêtements de drap, de molleton, ou d'épaisse flanelle^ de couvertures ou plaids, de ceintures de laine en nombre suffisant pour en changer si on est mouillé.
La chaussure de cuir fauve, lacée haut, et les molletières de cuir sont nécessaires dans les défrichements et sur les chantiers ; la chaussure de toile à semelles de cuir l^ger ou de caoutchouc est préférable pour l'intérieur. Il faut éviter de rester pieds nus, autant par précaution contre les piqûres des insectes, des ronces ou des serpents venimeux, que comme défense contre la fièvre causée par les coups de soleil particulièrement douloureux sur cette partie du corps.
Il est bon d'ajouter que l'immigrant au Congo étant susceptible de se trouver éloigné de tout poste pourvu d'un médecin, il est indispensable qu'il se munisse d'un guide médical et d'une petite pharmacie contenant, avec les médicaments et objets de pansement le plus souvent employés, quelques instruments de chirurgie, tels que : ciseaux droits, rasoir, forte aiguille pour l'extraction des parasites, pince fine pour l'extraction de corps étrangers d'une plaie (épines, esquilles, etc.), seringue de Pravaz, etc. » (1).
B. — La flore.
Il en est de l'étude botanique du Congo français comme de la géologie : la connaissance de la végétation congolaise
(1) Guillemot, Notice sur le Congo français, p. 79 et sq.
est trop incomplète à l'heure actuelle pour qu'il soit possible d'en tirer des conclusions précises. Les études poursuivies pendant ces dernières années permettent néanmoins d'avoir un aperçu sur la répartition générale des espèces végétales et sur les adaptations biologiques des plantes les plus caractéristiques de ces régions. Aussi bien les trois types de végétations bien spéciales au Congo français ont été rencontrés et décrits par les voyageurs qui ont parcouru ces régions, la forêt avec son inextricable fouillis de rotins^, de bambous, de lianes épineuses barricadant de leur enchevêtrement un sol presque consolidé par ce fouillis même ; la steppe herbeuse, la « brousse », couverte de graminées ou semée d'arbustes chétifs, Euphorbes ou Eriodendron, jetés çà et là au milieu des chaumes qu'ils ne peuvent dominer ; la savane enfin, avec son aspect de verger européen, des arbustes malingres de 5 à 6 mètres noyés dans toute îa flore herbacée des hauts plateaux du Soudan central, de la Haute-Sangha ou de rOubangui.
Dans la forêt équatoriale existe une flore spéciale, composée surtout d'arbres de haute taille enlacés de lianes gigantesques retombant en festons d'un arbre à l'autre. Sous ce couvert imposant vivent des arbustes nombreux également, enlacés de lianes, environnés de grandes monocotylèdones, telles que les palmiers et les pandanus. Enfin, sur le sol humide et peu éclairé, on ne rencontre qu'un petit nombre de graminées, mais beaucoup de champignons et des mousses.
A la forêt équatoriale succède^ en montant vers le nord, la zone guinéenne, caractérisée surtout par des savanes. Une végétation arborescente clairsemée recouvre les pentes des collines et les plateaux. Dans les vallées, au bord des rivières,
on rencontre les « galeries forestières » qui deviennent rares, à partir du huitième parallèle : la végétation des savanes s'appauvrit et on pénètre dans la zone soudanienne qui s'étend jusqu'au 10« parallèle. Cette zone est une région de cultures bien entretenues de sorgho, de coton, d'arachides, de haricots indigènes. Dans les savanes, on rencontre une flore adaptée à Tincendie annuel des herbes^ les arbres sont rabougris, leur tronc est souvent recouvert d'une épaisse couche de liège charbonné à la surface par le passage de l'incendie. Les plantes herbacées des plateaux ont souvent des tubercules très développés, qui permettent au végétal d'accumuler des réserves qu'il consomme à la saison sèche.
Enfin, dans le nord, à partir du 10® degré, commence la zone sahélienne caractérisée par des steppes où l'on ne trouve que des arbres épineux de très petite taille souvent très espacés, la plupart aux rameaux épineux. Les graminées elles-mêmes, si communes dans la zone soudanienne^ deviennent rares j les plantes annuelles ne vivent que pendant quelques mois et seulement quelques semaines dans la région située au nord du 12® parallèle.
A partir du Kanem, apparaît déjà un grand nombre de types de la zone saharienne (1).
La forêt équatoriale. — La forêt équatoriale a fait l'objet d'une magistrale description de Stanley dans ses Ténèbres de l'Afrique ; la peinture en est forte et puissante ; mais, écrit
(1) Chevalier, rapport cité pp. 45 et 46.
un explorateur, « de l'avoir vue, de s^être trouvé noyé dans sa luxuriance, de s'être heurté à la barrière qu'elle oppose à chaque pas du voyageur, cela seul peut demeurer inoubhable » (1). M. le D' Cureau, qui eut Toccasion également, lors des travaux de délimitation du Congo et du Cameroun, de parcourir « l'épaisse forêt vierge, uniforme, silencieuse et monotone », en donne cette pittoresque description : « Ici la broussaille abonde, ce sont de grandes plantes herbacées, des sortes d'auromes de 3 à 4 mètres de haut, qui s'enchevêtrent dans le sentier et contre lesquelles il faut lutter pour vous frayer un passage. Plus loin le sous-bois s'éclaircit ; vous circulez entre des fiits énormes et d'une prodigieuse hauteur. La marche n'en est pas moins pénible : il vous faut escalader leurs racines saillantes sur le sol, franchir les troncs couchés des géants qui ont succombé au temps ; le pied glisse sur les feuilles amoncelées, s'enfonce dans un lit de bois pourri, trébuche dans des amoncellements de branches cassées. Pas un bruit, pas un mouvement. A part quelques toucans et touracos qui coassent avec fracas au-dessus de la voûte de feuillage il semblerait que cette forêt n'est qu'un désert sans vie. Mais laissez passer vos hommes; restez seul et asseyez-vous immobile sur une vieille racine. Au bout de peu de temps, lorsque sera revenu le calme, un moment troublé par le passage de l'escorte, vous aurez la sensation profonde ji une vie intense, mais en quelque sorte latente. Vous entendrez des bruits discrets, quelques pépiements timides de petits oiseaux, des chuchottements, des pas furtifs sur les feuilles sèches, des craquements de branches mortes, la stridulation des cigales, un
(1) Roche. Au pays des Pahouins. Paris, Challamel, 1903, in-16, p. 52.
grand froissement de feuillage du aux ébats d'une bande de singes, le gloussement de leurs sentinelles, et par-dessus tout ce concert, comme la basse continue de cette harmonie en sourdine;, le formidable grignottement de tout ce que la création a pu produire d'insectes de toutes espèces, et de toutes grandeurs. Mais ce monde animal semble participer au sentiment que vous éprouvez vous-même, le besoin instinctif de parler bas, comme dans la nef d'une cathédrale gothique. Les hautes voûtes du feuillage vous écrasent ; l'humidité froide vous pénètre ; la couleur sombre et l'énormité des fûts; les lichens, les cicatrices, les lèpres qui couvrent leur écorce et attestent leur âge séculaire ; la demi-nuit éternelle qui règne sous ces bois décourage la gaîté et engendre mélancolie et tristesse.
La nature y est cruelle à Thomme. Elle ne lui offre pas la nourriture : car les fruits y sont pour la plupart coriaces et inaccessibles ; et la chasse est très hasardeuse. Elle lui refuse le soleil, source de vie et de joie. Pas d'herbe, pas même de mousse » (1).
La zone des forêts équatoriales est parallèle à la côte du sud au nord. Au niveau de Loango, la limite de la forêt se trouve à 40 kilomètres dans l'intérieur des terres ; mais à partir de Mayumba, la région forestière aboutit à la mer et se prolonge jusqu'àiOO kilomètres de la côte. Les arbres gigantesques dressent leurs cimes altières au-dessus des habitants plus modestes de la foret^ tandis que des multitudes de lianes montent du sol, enlacent le tronc des arbres, passent d'une
(i) Cureau. « Rapport sur les travaux de la mission française de délimitation du Congo-Cameroun », Revue coloniale, nouvelle série, 1902-1903, p. 425.
cime à Tautre, formant tantôt les guirlandes les plus fantaisistes, tantôt simulant autour de cordages destinés à maintenir l'équilibre des arbres séculaires.
Espèces arborescentes. — Les espèces arborescentes de la grande forêt sont excessivement nombreuses ; elles présentent cette particularité qu'au lieu d'être constituées en groupements d'essences identiques comme en Europe, les individus d'une même espèce sont dispersés et souvent très éloignés les uns des autres. « La loi darwinienne de la lutte pour la lumière explique fort bien cette anomalie apparente » (1). IjOba, qui entre journellement dans l'alimentation des noirs, contient sous une pulpe épaisse, comestible et rappelant la pomme reinette, un noyau à surface fibreuse dont Tamande est ricbe en matière grasse. Le Moabi, que la rectitude de son tronc, son écorce noire, crevassée régulièrement, rendent facilement reconnaissable, est certainement le plus bel arbre de la forêt pahouine ; il atteint des dimensions inaccoutumées, même au Congo, où les belles essences dominent, 30 à 35 mètres de hauteur, 12 à 13 mètres de circonférence sont les mesures ordinaires. L'Owala, dont les gousses contiennent des graines plates, brunes très riches en huile^, forme lui aussi une des essences dominantes de la forêt. Il existe encore nombre d'espèces dont les graines contiennent une plus ou moins grande quantité de matières oléagineuses, susceptibles d'une utilisation : le Carapa Touloucouna, le Pentachleihra macrophylla, abondant dans le Mayumbe, le Coula ediilis ou Koumoiinou, etc.
L'indigène trouve donc dans la forêt un appoint sérieux à
(1) Docteur Spire « Contribution à l'étude de la flore du Congo » [Agriculture ]pratique despays chauds), Ire année, n^* 2, p. 201.
son alimentation : il l'emploie également pour tous les autres besoins (1). Sa case : les Raphias et les Musangas lui en fournissent la charpente ; les Calamiis les moyens de réunion, les liens solides ; VEkalo^ son écorce souple pour les cloisons ; les feuilles de Carliidovica^ de Bakotas et de Raphia sa toiture. Il n'a qu'à tailler dans les contreforts plats et lisses du Ngan pour avoir les plaques de bois nécessaires à la malaxation du Kdika. Dans le bois très tendre du Ka^ il fabrique les cuillers grossièrement sculptées dont il se sert. Le bois très léger du Kombo-Kombo du Gabon sert aux Pahouins à construire leurs pirogues, à faire des enceintes de villages, les murs des gardes, et tandis que^ dans le tronc de VOcoumé, les indigènes creusent des pirogues d'une seule pièce, des morceaux de résine, maintenus par une feuille de Carludovica lui fournissent des torches à flamme un peu fuligineuse, mais à odeur d'encens très agréable. L'écorce des figuiers, les fleurs du raphia servent à la confection des pagnes chez les indigènes qui n'ont pas le bonheur de posséder les brillants tissus de Manchester. Les palétuviers offrent une proportion de tanin plus forte que celle des meilleures écorces de chêne vert. Les Pterocarpus fournissent un bois riche en matière colorante, dont sont avides les populations soit pour se teindre le corps, soit pour colorer les pagnes et les nattes. Les acacias, les gardénias donnent les colorations noires, et on utilise, pour obtenir la couleur jaune, le rocoii et les écorces de Cœloclyne Polycarpa.
Plantes à latex. — A tous les besoins de ses habitants, la
(1) Au sujet des bois de construction, voir : Lecomte « Produits végétaux du Congo français » {Revue générale des Sciences yures et appliquées, 15 novembre 189^, p. 797).
forêt équatoriale secourable offre immédiatement,, sans grand travail, de quoi les satisfaire Elle fait plus, elle met à leur portée, une source de richesses inappréciable à notre époque, toutes les variétés déplantes àlatexcaoutchoutifère. Les gracieuses lianes qui retombent en guirlandes, grimpent aux cimes les plus élevées ne sont pas, en effet, seulement des objets de curiosité. Beaucoup d'entre elles renferment du caoutchouc. Les Landolphiées occupent certainement la première place. La flore congolaise s'est enrichie depuis quelques années de nombreuses Landolphiées nouvelles, la plupart imparfaitement connues par suite d'une description faite sur des matériaux d'herbiers incomplets, mais cependant mieux étudiées depuis les intéressants travaux de M. Auguste Chevalier. Le domaine des lianes à caoutchouc dépasse du reste l'étendue de la forêt équatoriale. Le funtumia elastica, dont la richesse latente est appréciable, a placé son habitat entre le confluent du Congo, de la Sangha et de TOubangui, et le 4® parallèle Nord. En dehors des Landolphiées, plusieurs espèces des genres Car podi?iiis et Clitandra donnent du latex, employé par les indigènes en mélange avec celui du Landolphia. Le Landolphia Tholloni, contenant du latex dans les racines, et donnant le « caoutchouc des herbes », se rencontre dans les savanes avoisinant Brazzaville et dans le Haut- Oubangui.
Ainsi que l'explique M. Auguste Chevalier, « à la saison sèche les incendies de brousse consument toutes les parties aériennes des plantes.
L'action répétée de ces incendies pendant des siècles a eu pour résultat de faire disparaître tous les végétaux qui n'étaient pas en état de résister. Les autres ont du s'adapter aux condi-
tions biologiques nouvelles soit en couvrant leur tronc d'une épaisse carapace de liège qui protège Tarbre contre le feu, sointens'enterrant profondément et en réduisant considérablement leur partie aérienne qui peut fleurir et fructifier pendant les quelques mois où il n'y a pas d'incendies. Les grandes lianes qui montent jusqu'au tiaut des arbres de la forêt et fournissent le caoutchouc par leur tronc sont devenues ainsi de petites tiges annuelles pas plus grosses qu'une paille et atteignant à peine la hauteur des herbes au milieu desquelles elles croissent. Chaque année l'incendie allumé aux herbes sèches les consume, mais ces tiges sont attachées à des racines ou plutôt à des rhizomes démesurément allongés qui continuent à vivre et à s'accroître. A l'arrivée des premières pluies de nouveaux bourgeons sortent de terre. Ils deviennent des tiges qui après avoir fleuri et fructifié ont le sort des premières. Les racines et les rhizomes continuent au contraire à s'accroître et le caoutchouc au lieu de se trouver dans l'écorce des tiges, comme c'est le cas dans les grandes lianes, se rencontre exclusivement dans les parties souterraines.
Dans la région de Brazzaville et aussi, paraît-il, dans tout le pays Batéké, les deux plantes en question sont extrêmement abondantes et constituent une véritable richesse latente, pour notre Congo français, richesse dont l'exploitation vient seulement de commencer» (1).
Au Chari, le Landolphia Owariensis, assez analogue aux végétaux qui fournissent le caoutchouc des herbes, a son aire de croissance entre l'Oubangui et le 9® parallèle, au delà duquel on ne rencontre plus guère de plantes à latex.
(1) Chevalier, c De l'Oubangui au lac Tchad à traveis le bassin du Chari {La Géographie, 1904).
Les rhizomes souterrains s'accroissent progressivement en grosseur et en longueur, formant finalement des câbles souterrains, atteignant 5 à 10 mètres de long. Les racines ont une écorce aussi riche que celle des plus belles lianes caoutchoutifères, et, à ce titre, le Laiidolphia Owariensis nain constitue une richesse inexploitée. Les inconvénients proviendront seulement des diflîcultés que présenteront Tarrachage des racines et la manipulation. Dans la région de Brazzaville, un seul homme ne peut guère arracher plus de 23 kilogrammes de racines par jour, et, d'après les calculs qui ont été faits, il faut, pour obtenir un kilo de caoutchouc, plus de 80 heures de travail. A cette même catégorie, appartiennent le Carpodiniis lanceolatus et le Landolphia humilis (1).
En général, les lianes sont coupées par les indigènes près de leur sommet, et étalées à terre ; les noirs pratiquent des incisions et laissent couler le latex, qui est recueilli dans des cornets de feuilles. La transformation en caoutchouc se produit par la coagulation sous l'action de la chaleur^ tantôt après addition d'eau salée^ dans le sud du Congo, tantôt après addition d'eau pure seulement — c'est le cas dans le Mayumbe — tantôt enfin sans intervention d'aucune substance étrangère, dans la région du Kouilou. Le caoutchouc, quelquefois se coagule sur le sol, englobant dans sa masse des substances étrangères.
En dehors des plantes à latex, la forêt possède encore des Sapotacées, famille à gutta-percha, et de grands arbres du genre Bursera^ sont pourvus d'une écorce, qui laisse couler
(1) Chevalier. Sur la liane à caoutchouc des forêts du Congo français. Comptes rendvs de l'Académie des sciences, 1902, p. 461. — Sur les Landolphiées donnant le caoutchouc des herbes au ''ongo français. Ibid., p. 512.
une énorme quantité de résine, employée pour la fabrication des torches.
Les grandes Monocotylédones de la forêt. — Sous ce couvert imposant vivent des arbustes nombreux, d'innombrables variétés de palmiers, de joncacées, en un mot de toutes les monocotylédonées africaines.
C'est le Botang (Eborga des Pahouins) liane épineuse s' accrochant aux arbres ses voisins, haute de 2 à 3 mètres, épaisse de 2 centimètres environ ou arbuste de 15 à 20 centimètres de diamètre pour 8 à 10 mètres de hauteur, ne portant de feuilles qu'à 5 ou 6 mètres du sol : ce rotang sert à fabriquer les liens solides destinés à réunir les charpentes de leur case. C'est encore le Nkan^ rappelant TE/rtaï^ guineensis^ dont il a les feuilles pennées, les folioles disposées sur deux rangs. Dans tous les cours d'eau^ les palmiers bambous étalent leurs larges feuilles dont le rachis atteint souvent 12 à 15 mètres, les folioles ayant 1 m. 50 à 1 m. 70 : ces palmiers donnent une huile, qui convient admirablement au graissage des machines et qui, brûlée dans les falots, donne une flamme plus brillante, moins fuligineuse que l'huile de palme même épurée.
C'est encore VAkota, dont se servent certaines peuplades pour la confection des toitures de cases.
Voisinant avec les palmiers, les Pandanus aux longues feuilles sont utilisés pour la fabrication des nattes.
Thallophytes et cryptogames. — Sur le sol constamment humide et peu éclairé, on ne rencontre qu'un petit nombre de graminées, mais les thallophytes et les cryptogames sont à foison. Les champignons abondent dans la mousse humide et sur le tronc des arbres tombés : les indigènes les utilisent
pour leur nourriture. Les masses chevelues des Rocelles fournissent une matière tinctoriale qui, avant la fabrication des sels d'aniline, avait une certaine valeur.
Les fougères abondent dans les bas-fonds, mais, tandis que sur le plateau se trouvent seulement des espèces se rapprochant de celles de nos forêts, le Polypodi^ï/i vulgare entre autres, dans les sous-bois humides, les fougères arborescentes dressent leurs frondes gracieuses à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol.
Les espèces qui constituent la grande forêt équatoriale sont considérables, à n'en juger que par cette rapide esquisse^ et, on voit que, dans la luxuriance des galeries boisées, les indigènes ont rencontré des éléments capables de satisfaire à leurs besoins journaliers, et, qui plus est, de mettre à leur portée, avec les lianes à latex, d'inestimables sources de richesses.
Les cultures. — De Ouesso à la côte, la culture dominante est celle du manioc. Le bananier existe également dans la plupart des villages, circonscrit à une étroite bordure entourant le village, mais parfois aussi comme chez les Pahouins, prenant une plus grande extension et planté dans les abattis de forêts. Le maïs, cultivé en assez grande quantité chez les Missangos, semble être un peu abandonné par les Bakotas et les Pahouins ; mais il est peu de villages qui ne possèdent quelques pieds de cette céréale.
L'arachide, qui couvre d'immenses étendues sur les hauts plateaux du Mbomou et sert presque uniquement, avec le sésame, chez les Yakomas et les Sakaras, à la préparation des huiles alimentaires^ perd de son importance dans la vallée de l'Ogôoué. La patate est tenue en bien piètre estime
par les indigènes, et, si les voyageurs ont signalé la présence de rares ignames, de tomates, d'aubergines sauvages, de gombos, ces diverses cultures n'ont guère la faveur des autochtones.
Quelques pieds de canne à sucre, quelques plants d'ananas, quelques plantations de piment complètent ce modeste bilan. Des champs de tabac, enfin, sont, en général, peu distants des cases ; mais, dans toute la zone où le tabac d'importation parvient par les transactions commerciales, l'indigène abandonne des plantations pour ne plus utiliser que le tabac de traite.
Les cultures sont donc réduites, dans toute cette 2one, à un strict nécessaire, sinon comme quantité, du moins comme variété, contrastant avec l'abondance et la diversité qui caractérisent les plantations du Haut-Oubangui : aussi bien, faut-il chercher dans les richesses de la forêt équatoriale la raison de cette inertie agricole.
La zone guinéenne, — En montant vers le nord, la zone guinéenne^ caractérisée surtout par des savanes, succède à la foi'êt équatoriale. Une végétation arborescente clairsemée recouvre les pentes des collines et des plateaux. Dans les vallées, au bord des rivières, on rencontre les « galeries forestières » dont nous avons précédemment parlé, et qui conservent toute la vigueur des forêts équatoriales. Certains arbres s'y élèvent à 40 mètres de hauteur, les lianes s'y enchevêtrent, les palmiers, les grandes aroïdées, les élégantes scitaminées vivent au ras du sol sous ce couvert imposant. *« Un peu
plus haut s'élèvent des arbres de deuxième grandeur qui forment comme une seconde galerie à Fabri de la plus haute. Quelques orchidées, en même temps que les longues tiges du poivrier de Glusius et les tiges sarmenteuses du Culcasia scandens s'accrochent au tronc des arbres, mélan-
Mandjias apporlaiiL du manioc au marché.
gés à de nombreuses mousses et à des champignons qui recouvrent aussi le sol et le bois mort. Ces galeries existent partout où l'on trouve un cours d'eau coulant sur la roche. « Au delà des galeries s'étend sur tout le plateau une végétation assez dense quoique subissant annuellement Faction des incendies de brousse. Les touffes du bambou d'Abyssinie y forment de grandes taches et ses chaumes, la plupart dessé-
chés, couvrent des centaines d'hectares à Texclusion de toute autre végétation; le Vouapa, les Afzelia, les Daniella et d^autres légumineuses arborescentes forment parfois des futaies assez étendues. La brousse claire (le Z?^<.!>A de Schweinfurth) avec des arbres au tronc tordu y est Fexception ; c'est aussi cette contrée qui est de beaucoup la plus riche en produits naturels : les lianes à caoutchouc du Soudan et surtout les lianes naines (lianes des herbes donnant du caoutchouc dans leurs racines) y sont fréquentes. Dans les galeries on trouve le caféier sauvage [Coffea excelsa) découvert par la mission Chevalier, un poivrier, le palmier à huile, etc. » (1).
La zone soudanienne. — A partir du huitième parallèle, les galeries deviennent déjà plus rares, et, la végétation des savanes perdant de sa vigueur, on pénètre dans \é. zone soudanienne qui se prolonge jusqu'au dixième parallèle.
La plus grande partie de cette contrée est une brousse défrichée ; les villages sont situés près des rivières ou sur des coteaux sablonneux fertiles; les cultures du sorgho et de plantes vivrières indigènes : les doliquesde Chine, l'arachide, le pois souterrain, les sésames, les courgettes à huile sont parfaitement entretenues ; la terre est labourée et sarclée avec soin, les champs sont ombragés de beaux arbres qui leur donnent l'aspect de magnifiques vergers. On se croirait
(1) Chevalier, rapport cité, SMprà, p. 14. Au sujet du café, Cof[ea Congensis, voir une communication de M. Chevalier sur un caféier nouveau de l'Afrique centrale. Comptes rendus de V Académie des sciences du 20 février
vraiment dans la boucle du Niger, en plein pays Bambara, dans la riche bande agricole comprise entre Bammako et Djenné. Aussi bien y rencontre-t-on des ficus, des palmiers Boi^assiis^ des fromagers, des karités, des nétés, des cailcédrats, des micocouliers, en un mot tous les arbres du Soudan occidental, à l'exception du baobab qui manque au bassin du Tchad.
Ainsi des plateaux ferrugineux arides, de grandes plaines cultivables, une brousse couverte de quelques espèces ligneuses abondantes, telles que le karité, le nété, le lophira, qui donnent au pays l'aspect d'un parc, les arbres étant distants de 10 à 15 mètres les uns des autres, tels sont les grands traits caractéristiques de la zone soudanienne.
La zone sahélienne. — Entre le 10^ et le 13« degrés, la ^on^ sahéliemie forme l'intermédiaire entre les plaines opulentes de la zone soudanienne et les steppes arides qui annoncent le Sahara. La flore spontanée est presque exclusivement composée d'arbustes épineux et d'herbes annuelles. Semée de végétaux rabougris et souvent très espacés, couverte d'une faible végétation herbacée à la saison des pluies, elle est d'une pauvreté désespérante. Le sol, tantôt argileux, tantôt sablonneux, est d'une grande aridité et Tabsence d'humidité pendant plus de huit mois ne permet pas d'espérer que l'on puisse jamais tirer grand parti de ces contrées. Les graminées elles-mêmes deviennent rares, et les plantes annuelles ne vivent que pendant quelques mois, parfois quelques semaines au delà du douzième parallèle.
308" CONDITIONS l)K LA. VlK SOGlALi": AU CONGO FRANÇAIS
Presque partout, le sol ne peut être cultivé ; cependant les indigènes pratiquent quelques cultures, destinées à subvenir à leur alimentation.
« L'immense majorité des cultures est consacrée au mil, dont les difTérentes variétés se trouvent au Baghirmi; le mil d'Afrique ou sorgho est le fond de la nourriture des indigènes. On commence par préparer les champs par un décapage du sol dès le mois de février ; l'ensemencement a lieu un peu avant les pluies (mai?)^ la récolte à la fm de Thivernage (fin octobre).
« On cultive aussi beaucoup de sésame et des arachides. Dans certaines régions, la fève ou les haricots contribuent fortement à l'alimentation des indigènes. Le maïs vient parfois dans les terrains d'alluvions au bord des cours d'eau; au même endroit on trouve le riz qui pousse spontanément et n'est l'objet d'aucun soin.
« Les seuls légumes cultivés en abondance paraissent être les oignons ; chez les pauvres, les feuilles du baobab ou de l'hadjilidj, les courges et les pastèques sont les seuls légumes dont puisse s'agrémenter l'ordinaire.
« Parmi les matières premières nécessaires à l'industrie, on ne trouve que du coton et de l'indigo, parfois cultivés par des immigrants Kanouris ; mais le coton est en grande partie recueilli dans la brousse où il pousse à l'état sauvage.
« En somme, les productions sont assez pauvres, ce qui provient non seulement de la nature du sol et de la sécheresse, mais de la paresse des habitants, des vers et des termites : le Baghirmi tout entier, ou au moins une bande de plusieurs kilomètres de part et d'autre des cours d'eau, n'est qu'une vaste termitière.
{( Parmi les arbres, on peut citer le tamarinier dont le fruit sert à la fabrication d'une boisson rafraîchissante^ les palmiers (borassus, hyphènes, etc.), l'hadjilidj (faux jujubier), le baobab, le sycomore, les acacias (les mimosas sont très nombreux), etc,..
« Il est bon dédire avant de clore ce paragraphe des cultures et produits du sol servant à Talimentation, que les habitants ont largement recours aux fruits de certains arbres et aux graines de certaines herbes : le fruit de l'hyphène, de l'hadjilidj contribuent fortement à l'alimentation des Arabes principalement, les baies de certains arbres donnent de Fhuile par ébullition, une herbe appelée kreb produit une graine qui, en fin de saison, remplace parfois complètement le mil chez les pauvres » (1).
Le lit du Bahr-el-Ghazal se prête très bien à la culture du mil qui y devient très dense et donne un rendement supérieur de moitié à celui des cultures de Fort-Lamy. Le coton et l'indigo sont assez communs, mais viennent à Tétat sauvage. Les légumes sont les mêmes qu'au Baguirmi. Quant aux arbres, ce sont principalement l'hyphène et les acacias, dans la zone de ceinture extérieure vers le sud,
En approchant de Massakory, le pays devient sablonneux et se couvre littéralement d'euphorbes. Le seuil de Massakory forme déjà, nous l'avons mentionné, la transition précise entre le Soudan et le Sahara.
A partir du Kanem, on pénètre en efiet dans une zone qui (4) Largeau, rapport cité, suprà, p. 649,
est nettement le Sahara ; le Kanem, qui est un par son sol, est un par les cultures qu'on y pratique ; sans doute le pays s'appauvrit à mesure qu'on monte vers le Manga et l'apparition de la datte à partir de Mao constitue un élément nouveau dans l'alimentation des habitants, vers la région de Bir-Alali ; mais le sol ne se modifie pas essentiellement dans son caractère général et la nécessité de cultiver des oasis impose partout les mêmes procédés de culture, les mêmes installations, la même existence.
C'est déjà le Sahara, avec toute sa pauvreté, avec ses tristes dunes sans arbres, aux rares touffes d'herbes, à souche vivace, au maigre gazon de plantes annuelles qui durent à peine deux mois, de juillet à septembre.
Les céréales les moins exigeantes, comme le Penicillaria^ y poussent difficilement même dans les ouadi privilégiés, et à condition que l'hivernage ne soit pas interrompu par une sécheresse prolongée. Le mil est, du reste, seul l'objet d'une culture importante : le petit mil venant sur les dunes, le gros mil dans les oasis, grâce à un arrosage quotidien. La région de Mondo est réputée pour sa richesse en grains, les nomades du Bahr-el-Ghazal et même les gens de N'Gouri viennent s'y approvisionner.
Le coton et l'indigo viennent dans les oasis, mais en petite quantité, au hasard, sans soins spéciaux.
Puis le mil devient plus rare et un aliment nouveau, la datte, fait son apparition dans la jolie oasis de Mao. Bien que ne possédant pas la saveur de celles du Borkou, les dattes du Kanem contribuent beaucoup à nourrir les Kanembous et les Dogordas. Les oasis à dattes n'existent que dans un rayon de 20 kilomètres autour de Bir-Alali.
Ce pays est essentiellement tributaire du Tchad, et les eaux du lac permettent seules de cultiver dans les îles qui y sont parsemées quelques champs de sorgho et de pouvoir alimenter le bétail, pendant les huit mois de l'année où il n'y a pas trace de végétation herbacée, en dehors du bord des eaux et des fonds marécageux du Ouadi. Le mil se cultive presque exclusivement et les Kouris principalement en produisent de très grandes quantités ; aussi bien, les Touaregs venaient-ils jusqu'à Kologo pour faire leurs provisions annuelles.
Ainsi, après la luxuriance des forêts équatoriales, le retrait des eaux amène peu à peu l'assèchement de l'air et la disparition consécutive de cette belle végétation tropicale qui ne saurait prospérer que dans un milieu saturé de vapeur et que la sécheresse tue. La succession du pays entre la région fluviale et les confins du Ouadaï et du Darfour représente les diverses phases qu'ont pu et dû parcourir les vastes étendues de l'Afrique septentrionale, depuis les épais taillis jusqu'aux sables arides, en passant par le buisson et la steppe.