‹ L'expansion coloniale au Congo françaisChapitre 30 sur 98 · C. — La faune · texte numérisé non relu

C. — La faune

Une longue énumération des animaux qui peuplent le Congo serait fastidieuse ; il y faudrait inscrire tous les oiseaux qui passent dans son ciel, depuis l'aigle et le vautour, jusqu'au minuscule et brillant colibri, en notant au passage

Taigrette, le marabout, le perroquet, le foliotocole, le merle métallique et toutes les variétés de pigeons ; il faudrait passer en revue tous les animaux qui voyagent dans la forêt ou se cachent dans les hautes herbes, au bord des marais, depuis l'éléphant et les variétés nombreuses d'antilopes jusqu'aux carnassiers et aux singes de toutes tailles, et aux serpents de toute longueur et de toute force ; il faudrait étudier tous les animaux qui vivent dans ses eaux, depuis l'hippopotame et le caïman jusqu'aux poissons à trompe ; il faudrait étaler en planches coloriées tous les insectes, depuis ceux qui volent de fleurs en fleurs, papillons et mouches vertes, jusqu'à ceux qui rampent sous les détritus végétaux, ou grimpent aux arbres, sans oublier les moustiques, vraies bêtes féroces qui affolent le dormeur enfiévré, ni, par contre, la jolie et douce et luisante luciole, charme des nuits équatoriales.

Principales espèces. — S'il n'existe pas de tigres au Congo, les carnassiers y sont représentés par les panthères, les léopards, répandus surtout dans la région des forêts et par ce potamogal velox, à la tête de belette, au corps de loutre, et à la queue de castor qu'avait depuis longtemps signalé de Chaillu. L'éléphant et l'hippopotame sont les échantillons des pachydermes ; et parmi les ruminants^ on cite notamment Tantilope, aux espèces si différentes, le bœuf sauvage, le buffle et plusieurs espèces de chèvres au poil ras ou long. Les singes, qu'ils appartiennent à la grande taille, tels le chimpanzé et le gorille, qu'ils se rattachent aux petites espèces, comme le macaque ou le ouistiti, sont en quantités considérables. Le rat ordinaire, le rat palmiste, le rat de roseau, le porc-épic et l'écureuil sont les plus répandus des rongeurs, et les édentés sont représentés par le paresseux qui est fort

Bare, et le pangolier qui vit parfois dans les habitations qu'il préserve des fourmis dont il se nourrit.

Un volume ne suffirait pas si Ton voulait donner avec quelque détail la nomenclature des oiseaux ou des insectes qui vivent au Congo. La liste elle-même en serait beaucoup trop longue : oiseau-mouche^ colibri, cardinal, guêpier jauneazur^ touraco, martin-pêcheur, caille, perdrix grise, poule de Guinée, colombe, coq, poule, canard, fujate, bécassine, marabout, ibis, aigle, vautour, efïraie, chat-huant, etc., dans la classe des oiseaux et dans celle des insectes, abeille, guêpe, fourmi, termite, maringouin, cancrelas, chique, araignée, scorpion, scolopendre, mille-pieds, ascaride^ ver de Guinée, sont au nombre des individus les plus répandus.

Gomme reptiles figurent le boa constrictor et le python, qui ne sont pas venimeux, le serpent noir assez timide, mais fort dangereux, le serpent des bananiers, la vipère cornue ou c-éraste, la vipère au museau uni. Les crocodiles sont représentés par une espèce jqu'on ne rencontre qu'assez loin dans l'intérieur. Comme sauriens, il n'y a guère que le racan, l'iguane et le caméléon qui méritent quelque attention. Parmi les chéloniens, on rencontre une quantité de tortues d^espèces variées.

Outre le crapaud et la grenouille, il existe sous les racines des palétuviers un batracien dont on n'a pu se procurer un seul spécimen, tant est grande sa rapidité à fuir et à se cacher dans l'eau vaseuse où il est impossible d'aller le saisir ; son aspect est celui d'une grande salamandre de couleur brune.

Les cétacés que l'on rencontre le plus souvent sur la côte sont le cachelot et marsouin ; parfois, une baleine, provenant des mers australes, vient s'y égarer ; le lamantier, devenu

rare dans toutes les rivières de l'Atlantique, habite les lacs du Bas-Ogôoué et ses habitants.

Parmi les poissons, on peut signaler : le requin, la raie, l'espadon, la torpille, le poisson volant, le cyprien, le mulet, la dorade, le capitaine, l'anguille de mer et de rivière, la sole et enfin la sardine qui apparaît sur la côte par bancs très nombreux.

Le crabe, le homard, l'ermite, la langouste, la crevette, la pieuvre, la seiche, l'huitre qui s'attache parfois aux palétuviers, et un grand nombre de coquillages sont les principales espèces de crustacés et de mollusques que l'on rencontre dans cette région (1).

Répartition de la faune. — La faune congolaise, dont cette sèche énumération ne saurait donner qu'une idée bien imparfaite, est très inégalement répartie. Néanmoins, on trouve, sinon une opposition trèsnette^, du moins des diversités assez considérables entre la région équatoriale située en deçà de la limite de séparation des bassi^s du Congo, du Ch;iriet du Nil, et la zone soudanienne, dont le 7^ degré marquerait l'extrémité sud^ pour que nous y insistions quelque peu.

La zone équatoriale. — Les régions forestières, qui sont pour les animaux des lieux de délassement et de tranquillité, out une faune beaucoup plus riche. Sans reprendre une énu-

(1) Voir la petite brocliure-calalogue de M. L. Rivière, du Muséum d'Iiistoire naturelle, où sont énumérées dans le plus grand détail les intéressantes collections zoologiques réunies par M. J. de Brazza au cours de sa mission dans Touest africain.

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mération,à laquelle nous ne nous sommes que trop arrêté plus haut, mentionnons seulement que la forêt équatoriale renferme des représentants de toutes les classes : les singes bruyants voyagent d'arbre en arbre ; les écureuils sautillent de liane en liane ; la panthère, tapie, attend son gibier ; les serpents s^enroulent autour des jeunes troncs ou des racines aériennes ; les insectes pullulent dans l'humus épais, chassés seulement par d'énormes et nombreux crapauds ; les sangliers sont également les hôtes de ces régions ; les éléphants gigantesques écrasent de leur poids tous les obstacles qui arrêtent leur marche ; les troupeaux d'hippopotames encombrent les rivières, où ils vivent en bonne intelligence avec des crocodiles immondes, semblables à de vieux troncs immergés.

La zone soudanaise. — Au nord du 7^ degré, on entre dans la région soudanaise, dans laquelle on trouve de nombreuses espèces d'antilopes, le lièvre d'Abyssinie, la perdrix et la pintade du Sénégal, etc. Les grands mammifères africains : lion, panthère, hippopotame, rhinocéros, girafe, buffle sont encore fréquents dans plusieurs régions, la girafe que l'on rencontre à partir du 8^ parallèle et jusqu'au nord du Baguirmi, par troupeaux de quatre à huit animaux, est encore réellement fréquente aujourd'hui, en particulier dans la région avoisinant le lac Iro. L'éléphant est presque partout envoie de disparition, et on peut prévoir l'époque, où il ne constituera plus dans cette partie de l'Afrique^, qu'une curiosité zoologique. Il s'avance encore cependant jusqu'aux environs du lac Tchad, et la mission Chevalier a rencontré, dans la région du Bahr-el-Ghazal, un troupeau de ces animaux qui comprenait une cinquantaine de têtes. Une autre espèce zoologique, également intéressante, est l'autruche qui vit à partir du 10^

parallèle, jusque dans Fintérieur du Kanem et du Ouadaï. Les troupeaux de ces oiseaux ne sont pas très fréquents, mais dans presque tous les villages de la région située au nord du Baguirmi, chaque village indigène élève quelques-uns de ces animaux, et les plumes pour parures que cet élevage procure sont écoulées aux trafiquants arabes qui les portent à Tripoli.

« Le Chari, écrit le D^ Decorse (1) est un paradis pour le chasseur. Lorsque le soleil a méthodiquement brûlé toute verdure et desséché tous les marais, l'abondance du gibier est véritablement invraisemblable. A chaque coup de fusil s'enfuient, en chevauchées fantastiques, des grands kebs au poil grisâtre^ des leucophes barbus, des guibs à la robe mouchetée, des antilopes au pied annelé de blanc, des bubales aux allures de vache. Dans la brousse, bondissant comme des biches, les céphalophes qui s'enfuient en sifflant. Parfois un gros buffle solitaire émerge tout vaseux des roseaux, tandis qu'une phacochère s'éloigne en trottinant de toute la vitesse de ses jambes courtes. Même en restant dans un poste, il est rare que l'Européen ne trouve pas l'occasion de faire un joli coup de fusil sur les visiteurs un peu trop familiers. L'hyène^ entre tous, se signale par son audace.

« Nous avons été assez heureux, ajoute le D^' Decorse, pour pouvoir constater à plusieurs reprises, d'une façon certaine, la présence du cynhyène qui a dû souvent être confondu avec la hyène. Nous l'avons toujours trouvé en petites bandes d'une vingtaine d'animaux, et toujours surpris aux heures chaudes de la journée. C'est un animal qui nous a paru essentiellement

(1) Cf. M. Chevalier, rapport cité p. 41.

LES COxNDITlONS DE LA VIE SOCIALE 321

vagabond ; il s'établit pour giter à Tabri d'une roche penchée ou d'un gros arbre abattu. Tous les animaux du troupeau s'y creusent une vaste cuvette peu profonde où tous se couchent côte à côte l'oreille toujours au guet.

« Parmi les hôtes singuliers de ce pays, il faut encore citer Foryctérope du Sénégal, qui creuse des galeries dans les terrains légers où il lui est facile de se ménager des sorties de sûreté qu'il laisse soigneusement bouchées pour ne les ouvrir qu'en cas d'alerte. Le potamogale, quoique existant probablement, n'a pas été rencontré, mais nous avons pu constater l'existence d'une loutre à pelage très ras, vivant surtout dans le delta du Chari où elle est très rare, le long des berges. Nous avons, par contre, recueilli de nombreux exemplaires d'aulacodes et de golondas ». Quant aux lamentins découverts par le D^ Vogel, dans le Tchad, ils n'ont pas été aperçus par le D'- Decorse, mais les indigènes lui ont signalé qu'il en existait encore quelques individus sur la côte du Bornou.

Les régions rocheuses^ les Kagas, abritent une espèce d'Hirax qui voisine avec des bandes de oynocéphales dont quelques-uns atteignent de fortes tailles. Le Golobe existe en grande abondance dans toutes les régions qui se rattachent à la forêt équatoriale.

Les oiseaux semblent moins nombreux à mesure qu'on quitte les régions forestières du bassin. du Congo pour passer dans les régions des savanes du bassin du Tchad.

Au fur et à mesure disparaissent les espèces aux vives couleurs, sauf quelques Necterinia, un Irisor et d'autres passereaux au plumage uni, sombre et métallique. Les pintades huppées disparaissent les premières^ puis les perroquets, les touracos. Par contre, la pintade commune devient plus abon-

32â CONDITIONS DE LA VIE SOCIALE AU CONGO FRANÇAIS

dante au fur et à mesure que l'on monte vers le nord. Les perdrix et plusieurs espèces de pigeons font leur apparition.

Les pays à bétail donnent asile au héron et à des stournes bien coloriées.

« Une des surprises qui attendent le voyageur dans toutes ces régions, c'est la rareté des serpents^ non point que le nombre des espèces ne soit pas considérable, mais parce que leur renconlre est tout exceptionnelle. Durant tout notre voyage, nous n'avons eu que deux fois l'occasion de voir des accidents dont ni lun ni l'autre ne furent mortels. Cependant, on trouve le Spédo et l'Echis, en assez grande abondance. Les sauriens et les batraciens ont fourni quelques spécimens intéressants. L^s indigènes recherchent avec avidité le Varan du Nil, pour s'en nourrir ; le crocodile vulgaire est lui-même chassé, il abonde dans toutes les rivières d'une certaine importance. Les indigènes prétendent qu'il en existe une seconde espèce. Ils prétendent également ne craindre nullement l'espèce commune qu'on rencontre abondamment tout le long des berges du Chari ; ils se baignent en sa présence, ne prennent aucune précaution pour aller à Teau ; cependant il arrive de temps en temps quelques accidents isolés qui semblent devoir être imputés à la seconde espèce beaucoup moins répandue. 11 semble que si le crocodile est peu dangereux pour l'homme, cela tient à ce que les rivières sont extrêmement poissonneuses, et qu'il n'est pas rare de voir des poissons tels que les siluridés, le Lates niloticus^ etc., qui atteignent jusqu'à 1 m. 50 de long. Les protoptères et les polyptères, de nombreuses espèces de siluridés se rencontrent en abondance dans presque toutes les rivières.

(( Au point de vue entomologique, le bassin du Congo est

beaucoup plus riche que la brousse aride du Chari ; cependant l'abondance des insectes est encore assez grande pour être gênante pendant la saison des pluies. Les Glossina auxquels se rapporte comme l'on sait la mouche tsé-tsé de l'Afrique orientale existent en assez grande abondance dans plusieurs régions du Chari où l'on trouve trois espèces : Glossina palpalis, Glossina morsitans, Glossina Decorseii, tous les trois également redoutables pour le bétail d'après les indigènes ».

La mission Chevalier eut également l'occasion de signaler Fanalogie profonde entre la faune lacustre du lac Tchad avec celle du bassin du Niger à l'est : l'hypothèse de la mer centrale africaine, dont nous avons été amené à parler dans un précédent chapitre, en explique facilement la cause.

Les moustiques du genre Anophèles, occasionnant comme Ton sait la malaria paludéenne, sont partout très abondants surtout à la saison des pluies. Enfin il faut citer la fîliaire de Médine comme répandue seulement dans une grande partie du Baguirmi et surtout autour du lac Fittri où la plupart des indigènes sont atteints de la filariose qu'elle occasionne. Dans les îles de l'archipel Kouri, au Tchad, au contraire, la filiaire fait entièrement défaut et les indigènes atteints de filarioses prétendent avoir contracté cette maladie dans la région du lac Fittri (1).

Zoologie économique * — La zoologie économique au Congo présente un intérêt considérable, non seulement au point de

(1) Sur la faune de toute cette région, on lira également avec intérêt quelques pages que lui a consacrées M. Colrat de Montrozier : Deux ans au pays des anthropophages, p. 273.

Zii CONDITIONS DL: LA VIE SOCIALE AC CONGO FRANÇAIS

vue des ressources que la colonie pourrait tirer de Télevage des animaux domestiques, mais encore au point de vue de Tutilisation de ces animaux comme bê^es de somme. Sans empiéter ici sur un chapitre que nous comptons réserver à la question de l'élevage (1), on ne peut guère espérer que, dans un avenir prochain, ces espérances se réaliseront et qu'on arrivera à tirer un profit matériel de la substitution de la bête à l'homme, si désastreux que soit Tétat de choses actuel. Aussi bien, l'élevage ne donne-t-il que des produits de valeur très inégale et incertaine.

Les indigènes possèdent quelques poules, quelques canards, quelques chèvres^ quelques moutons, quelques chiens. Mais tous ces animaux domestiques vivent sans soins, à leur fantaisie, et, dans tous les cas, en quantités restreintes. Le troupeau et la basse-cour indigènes n'existent pas. Quant à domestiquer certaines espèces autochtones, le noir n'a jamais cru que cela fût possible ; il n'y a jamais même songé.

Parmi les Européens qui se sont constitué un troupeau, il y en a peu qui s'en préoccupent autant que cela en vaudrait la peine, qui consentent pour lui les dépenses voulues ; et les noirs auxquels ils en confient la garde, paraissent être jaloux de leurs bêtes.

Les bœufs qui sont élevés au Congo viennent de Mossamédès, de Gotonou et Gonakry. Cependant le buffle existe en abondance dans la colonie, mais à Tétat sauvage et l'on n'a jamais tenté de le capturer et de le domestiquer au besoin, par croisement avec les races importées. Le bœuf à bosse, que l'on

(1) Voir chapitre XVI.

commence à utiliser, clans le Chari et le Haut-Oubangui, provient des Etats musulmans du Tchad.

Les moutons et les chèvres sont de races différentes ; il y en a de hauts et de courts sur pattes ; mais, tandis que les moutons sont à laine très courte, Ton trouve chez les Bondjos des chèvres à longs poils qui sont très belles.

Le cheval a été importé : mais le climat de la côte parait lui être peu favorable ; il résiste mieux dans l'intérieur. Dans la Haute-Sangha, le Chari et TOubangui, le cheval vient aussi des Etats musulmans.

A la place du cheval, Tâne rendrait de grands services. On aurait déjà pu, grâce à lui, alléger le service des caravanes sur la route de Loango à Brazzaville, au temps où ce service fonctionnait. On y songea un moment à Loango. Un colon avait importé des ânes. Faute de ressources suffisantes, il ne put conduire son entreprise à bout. La colonie lui acheta ses bêtes et les plaça dans un de ses postes, à Loudima. Là, les bêtes vécurent en toute sécurité. Elles prospérèrent même, s'engraissèrent, se reproduisirent. Mais jamais on ne leur fit porter la moindre charge sur la route des caravanes.

Bienheureuses bêtes, devenues budgétivores !

Enfin, il y avait dans la colonie un animal intelligent et fort, apte à toutes les besognes de la colonisation, et qui, loin de retarder par son emploi généralisé, la construction des chemins de fer, eût puissamment aidé à les établir : nous voulons parler de l'éléphant. On se rappelle la vigoureuse et longue campagne de presse et de conférences menée en France et à l'étranger par M. Bourdarie, campagne couronnée de succès, puisque ses efforts ont amené non seulement des tentatives nombreuses de capture et de domestication,

mais encore Tadoption d'une convention internationale de protection étendue à tous les animaux sauvages de l'iVfrique (Londres, 1900).

C'est au Congo que fut capturé et domestiqué le premier éléphant d^Afrique, à la mission du Fernan Vaz, par les soins du R. P. Bichet, supérieur de cette mission.

Malheureusement, cet exemple est demeuré unique au Congo, alors que dans les colonies voisines (Cameroun, Etat indépendant), Ton se préoccupe activement d'en généraliser l'emploi. Ménélik de son côté, possède deux éléphants, auxquels il fait porter des canons ; Makonnen en a un aussi.

L'on compte au Congo français : 1 éléphant, 12 chevaux, 38 ânes, environ 500 bœufs, 2.000 moutons, 500 chèvres, 50 porcs et 2.500 à 3.000 volailles importées d'Europe.

Eu constatant ces chiffres peu élevés et en se rappelant les grands besoins de cette colonie on se confirme dans l'opinion qu'il serait éminemment utile d'y créer la Ferme d'essais, complément nécessaire du Jardin d'essais^ et les services de la colonisation depuis si longtemps réclamés.

D. — Les produits du sous-sol

Les richesses du sous-sol sont peu connues : aussi bien l'industrie minière est-elle, comme nous le verrons, à l'âge de la plus tendre adolescence, et si elle est appelée à y prendre une certaine extension dans l'avenir, elle est encore peu développée actuellement.

Les minerais. — Lé Congo français parait assez riche en

minerais. Le Kouilou longe sur sa gauche une vaste région cuprifère dont le centre principal porte le nom de M'boko Songho. Les mines de cette contrée sont exploitées depuis un temps immémorial par les indigènes et le cuivre se répand dans l'intérieur jusque dans le Haut-Congo sous forme de petits lingots. Avec le cuivre de M'boko Songo et Mindouli, qui aftecte principalement la forme de Malachite (carbonate de cuivre vert), on rencontre des dioptases (cuivre hydrosilicaté), du sulfure de cuivre mêlé de filons d'argent,et la galène (sulfure de plomb).

Il existe un gisement de cuivre à Hofrat-en-Nahas (Darfour) à la limite des Etats du sultan Senoussi. Ce gisement qui, à Tépoque des explorations de Barth, était activement exploité et donnait lieu à un commerce important avec le Ouadaï, a été abandonné à la suite de ses guerres déchaînées par Ziber-Pacha et parles Derviches. Le cuivre qu'utilisent aujourd'hui quelques indigènes pour faire des ornements divers est rapporté du Nord par les caravaniers.

Le zinc, le plomb, l'argent se trouvent principalement associés au cuivre, au fer, au manganèse dans leurs gisements. L'argent avec lequel les indigènes confectionnent des bagues et des bracelets, est obtenu en démonétisant des thalers ou d'autres pièces d'argent.

Il existe de l'or, parait-il, dans le bassin de la Nyanga, mais sans doute en petite quantité. C'est par erreur que l'or a été signalé dans les rivières du Tchad. Les indigènes l'ignorent partout, et les bijoux que possèdent quelques riches musulmans du Baguirmi et du Ouadaï ont été fabriqués avec de l'or apporté du Soudan français ou venu d'Europe par le Sahara ; mais nulle part les indigènes de ces régions ne connaissent même les sables aurifères.

L'étain, qui avait été signalé dans le Haut-Oubangui et spécialement dans le bassin de la Kotto, manque aussi complètement dans le pays. Les quelques objets fabriqués au Chari avec ce métal proviennent de barres ou d'anneaux d'étain, apportés par les trafiquants d'esclaves du Sahara ou du Soudan égyptien.

Le fer. — Le fer existe en abondance dans toute la colonie sous les formes les plus différentes : ce sont les filons d'hématite qui se rencontrent particulièrement dans les massifs anciens, vers l'Ogôoué notamment ; c'est le fer oligiste et le fer magnétique, extrêmement fréquents dans le massif cristallin ; ce sont encore les grès ferragineux, de la région côtière ; c'est enfin, sur le littoral, l'argile imprégnée de limonite.

« Dans toute l'Afrique occidentale et dans la région du Tchad, comme l'a signalé M. Lacroix (1), ces roches ferrugineuses pisolithiques, ainsi que les concrétions à formes irrégulières de la latérite et les hydrates ferrugineux des conglomérats recouvrant les grès, constituent les minerais de fer exploités par les indigènes. Ils les traitent dans des sortes de fours à la catalane et en tirent un fer d'assez bonne qualicé, se forgeant bien ».

Ce minerai existe également dans les roches ferrugineuses du Haut-Oubangui et du Haut-Ghari, en quantité suffisante pour donner lieu à une exploitation active du fer, exploitation pratiquée spécialement par les Bandas et les Màndjias. Plus au nord^ entre le 9® et le 10^ parallèles, on rencontre encore

(4) Lacroix, Résultats minéralogiques et géologiques des récentes explorations dans l'Afrique occidentale française et dans la région du Tchad (Paris, Challamel, 1905, in-8o, pp. 20-21).^

fréquemment le minerai de fer dans des couches plus ou moins profondes, environnant beaucoup les massifs granitiques qui émergent des plaines argileuses du Moyen-Chari. Les indigènes creusent parfois des puits profonds d'une dizaine de mètres avec quelques petites galeries souterraines pour aller exploiter ces gisements. En certains endroits, comme à Kome au nord du massif des Niellims, existe une quantité de scories, attestant que l'exploitation du minerai se fait depuis des siècles.

M. Alexandre Hébert, chef des travaux du laboratoire de M. Armand Gautier (de Tlnstitut), s'est livré à une analyse détaillée des échantillons de minerais de fer, rapportés par la mission Chevalier, et ses investigations l'ont conduit à établir une proportion d'oxyde de fer variant entre 34 0/0 à 41 0/0, d'oxyde de manganèse (0,90 0/0) d'oxyde d'aluminium (de 7 0/0 à 9 0/0) de calcium (0,73 0/0 en moyenne) de magnésium (de 0,25 à 0^55 0/0) de l'acide sulfurique (entre 0,07 et 0,31 0/0), de l'acide phosphorique (de 1,17 0/0 à 1,98 0/0). Le reliquat est départagé entre la gangue et la perte au feu.

Le minerai de fer est donc assez riche en oxyde de fer et pourrait donner lieu à une exploitation s'il se trouvait en France. Malheureusement, au centre de l'Afrique, il n'y a aucun parti à en tirer. Le phosphore se trouve en proportion assez élevée dans le fer fabriqué avec ce minerai, et c'est ce qui explique que les armes indigènes du Tchad sont fréquemment cassantes.

On ne connaît pas au Congo français de gisements de houille. Il existe en certains points surtout dans le pays des Ashiras, des sources d'huiles minérales, mais leur débit ne parait pas considérable.

33a CONDITIONS DE LA VIE SOCIALE AU CONGO FRANÇAIS

Gisements salifères. — Le sel étant une substance de première nécessité pour l'alimentation, la connaissance des gisements salifères exploitables offre une importance capitale.

On trouve des sources salées au Rhamboé et dans le pays des Bakambas.

L'éloignement du bassin du Chari avec toutes les régions côtiqres entraîne l'absence de sel marin sur les marchés indigènes. Les Européens ont été les premier à apporter en cette région notre sel du commerce qui pourra donner lieu à un trafic très important. Le sel est, en effet^ la denrée qui convient par excellence pour rémunérer le travail du noir dans ces régions. Il sert déjà de monnaie de paiement en plusieurs des points visités par la mission Chevalier. C'est une monnaie très facilement et très rapidement consommable. Il y a le plus grand intérêt à ce que le sel prenne au plus vite la place qu'ont encore les perles de verroterie dans les transactions indigènes du pays. C'est également le sel européen qui devra servir surtout au paiement du caoutchouc que produisent les indigènes et qu'ils apportent soit à nos postes, soit à deux ou trois factoreries déjà installées dans la partie du Haut-Oubangui qui, en 1903, était encore rattachée au territoire du Tchad.

Au Baguirmi, le sel n'était pas absolument inconnu avant l'occupation française ; les caravaniers tripolitains apportaient autrefois sur les marchés de Kousseri et de Massénya des barres de sel gemme extrait des gisements existant à Bilma et sur d'autres points du Sahara occidental. Ce sel, depuis la chute de l'empire de Rabah, ne vient plus jusqu'au Tchad.

Le sel du Borkou est activement exploité par les Arabes

Mahamid, mais en raison de son impureté, il ne constitue pas une ressource bien importante.

Enfin, chez presque toutes les peuplades fétichistes ou musulmanes, on emploie pour la préparation des aliments, un sel spécial fabriqué dans le pays par le lessivage des cendres obtenues en brûlant certaines plantes. Ce sel ne contient du chlorure de sodium qu'en très faible quantité ; par contre, le chlorure de potassium forme la presque totalité de la substance salante employée. Dans certaines régions, par exemple au sud du Tchad, ce sel donne lieu à un petit trafic local qui n'est pas négligeable.

La mission Chari-Tchad a surtout étudié la lagune du Grand-Baisse et a rapporté des renseignements sur celle de Rédima, retirée beaucoup plus à Test, au delà du Bahr-el- Ghazal, et, au sud du Tchad, sur la région comprise entre le lac etGoulfeï (1).

Quelle est maintenant l'origine de tous ces sels ? « Quand on considère la question à un point de vue tout à fait général, il est facile de montrer que si^ dans toutes les régions désertiques quelles qu'elles soient, les sels des lacs salés se déposent toujours par le même mécanisme, c'est-à-dire par évaporation solaire de Teau de ceux-ci dans des cuvettes sans écoulement, grâce à des conditions climatériques spéciales, ils peuvent par contre avoir une origine fort différente. L'eau salée peut provenir des résidus d'une mer relativement récente:, tel est le cas des lacs salés du bassin aralocaspien. Dans d'autres régions souvent volcaniques (probablement les

(1) Gourtet, « Les sels de la région du Tchad » (Note. Académie des sciences. Séance du 30 janvier 1904).

lacs salés de l'Afrique orientale allemande), les sels sont apportés par des sources thermales d'origine profonde. Dans d'autres cas, comme dans les Ghotts algériens, le chlorure de sodium et les sels qui l'accompagnent proviennent du lessivage par les eaux superficielles de couches salifères du genre de celles de l'Idjil et de Taodéni.

Aucune de ces interprétations ne peut être proposée pour la région du Tchad et il est nécessaire d'adopter une dernière hypothèse, qui consiste dans le lavage des roches anciennes formant le substratum de la région. L'eau de pluie^ chargée d'acide carbonique, attaque toutes les roches : la formation de la latérite est accompagnée de la disparition totale des alcalis des roches aux dépens desquelles elle se produit. On comprend dès lors la nécessité de la concentration quelque part de ces carbonates alcalins (en même temps que des traces de chlorures et de sulfates qui existent dans toutes les roches), quand ces sels ne peuvent pas, comme dans les bassins ouverts, être emportés à la mer par les cours d'eau » (1).

Natron. — A proximité du Bahr-el-Ghazal et sur la rive orientale du Tchad, existent de nombreuses cuvettes d'évaporation où le carbonate de soude, connu des indigènes sous le nom Ag natron, existe, mêlé à la terre et au sable, en proportions assez importantes. Il est assez pur en certains points bordant le lac Tchad pour donner lieu à une exploitation active pratiquée par les Boudoumas, mais c'est surtout dans l'intérieur du Sahara, et particulièrement dans le Borkou, qu'il existe du carbonate de soude en gisements formant de

(i) Lacroix. Article cité, p. 26.

véritables blocs très purs, qui donnent lieu à une exploitation suivie.

Le natron est recherché dans tous les pays musulmans. C'est une panacée employée par les indigènes dans un grand nombre de circonstances. On Tajoute au tabac à priser pour lui donner du montant. On en donne au chameaux pour accroître leur vigueur. On Tajoute aux légumes pour en. activer la cuisson. Les marchés soudanais et sahariens sont aussi abondamment pourvus de natron que de sel.

Nitrates. — Le salpêtre est connu des peuples islamisés vivant au contact du Sahara. Ils l'emploient pour fabriquer la poudre. Les Krédas ont signalé à la mission Chevalier qu'il existait au nord-est de leur pays et au nord du Ouadaï d'importants gisements de cette substance.

Calcaire, — La pierre à chaux fait défaut presque partout dans le bassin de TOubangui et dans le nord du bassin du Chari. On a été obligé, pour fabriquer de la chaux destinée aux constructions, dans les postes, de recueillir des coquilles d'un mollusque analogue aux huîtres, Yetheria caillandi, on brûle ensuite ces coquilles dans un four. La chaux ainsi obtenue est d'ailleurs de bonne qualité.

Aux environs du Bahr-el-Ghazal et dans presque tout le Kanem, la mission Chevalier a signalé, au fond des cuvettes asséchées, des dépôts de tufs calcaires, épais parfois de plus d'un mètre et assez riches en carbonate de chaux pour être utilisés.

Si la craie, si abondante au Sahara, fait généralement défaut au Congo, la potasse y domine, et contribue à rendre ce pays favorable aux cultures de l'Europe et de l'Afrique du

nord.

Pie9Tes à bâtir. — Les pierres à bâtir existent presque partout au sud du 9° parallèle : ce sont tantôt des granits, des grès ferrugineux de surface ou des quartzites comme ceux des Mbras ou encore un grès en couches horizontales comme celui de N'dellé.

Une si grande diversité dans le climat, la faune, la flore, les produits du sous-sol, ne pouvait demeurer sans répercussion sur les conditions spéciales d'habitat et de vie sociale : aussi bien, les populations se modifient-elles' elles-mêmes au contact d'éléments si divers, et l'ethnographie congolaise, comme nous allons le voir, malgré des similitudes générales, des analogies physiques ou linguistiques présente des dissemblances de détail si nombreuses et souvent si tranchées qu'il parait bien difficile d'assigner, avec quelques chances de probabilité, des liens de parenté entre les innombrables tribus qui la composent.

Rien n'est plus embrouillé que l'ethnographie africaine : la multiplicité des peuplades de toutes races^ leur confusion, l'absence de traditions ou de monuments de leur histoire, le peu de temps depuis lequel nous avons commencé à les connaître rendent fort difficile, sinon impossible, l'établissement de leurs parentés et la poursuite des pistes de leurs migrations. « Tout s'efface vite, écrivait-on, sur cette sauvage terre d'afrique. La féconde nature a bientôt fait disparaître les morts et détruit la trace de leurs pas ou les vestiges de leurs travaux » (1).

Les races africaines obéissent à la loi commune : elles se modifient par une évolution plus ou moins lente que l'intervention européenne tend à brusquer aux dépens de l'existence même de plusieurs d'entre elles. Soit par soumission à une tradition obscure, soit par la protection de remparts géographiques, soit à cause de leurs qualités prolifiques, de leur

(1) Gureau. « Note sur l'Afrique équatoriale » (2e partie, ethnographie). Revue générale des sciences pures et appliquées, 15 juillet 1901, p. 598. Pour la première partie de ce chapitre, nous avons emprunté de nombreuses citations à ce très intéressant et très curieux travail.

énergie vitale et de leurs vertus guerrières, quelques-unes paraissent avoir conservé un type assez homogène : c'est ce qui est arrivé, par exemple pour les Pahouins, les Ballali et les Bobanghi.

Cependant, la plupart des peuplades offrent des types assez mêlés. L'infusion du sang étranger par la voie de l'esclavage a contribué à modifier les caractères ethniques primitifs : les esclaves laissent leur empreinte sur la race où ils se sont transplantés, soit par le concubinage des femmes captives avec leurs maîtres, soit par le mariage des esclaves entre eux, ainsi que par leur établissement et celui de leurs enfants dans la tribu, où leur famille finit par prendre droit de naturalisation.

Le mélange des races rencontre un gros obstacle dans la crainte qu'éprouvent les indigènes à s'éloigner de la tribu. Si certaines peuplades commerçantes, comme les Bobanghi et les populations riveraines du haut cours de l'Oubangui se risquent à des voyages loin de leur patrie, c'est que de larges cours d'eau offrent à leur expérience de navigateurs une route commode et à leur sécurité un refuge contre les tribus moins versées dans l'art du pagayage. Il n'en est pas ainsi sur les cours d'eau de médiocre importance ou sur la plupart des routes de terre, où chacune des peuplades impose son intermédiaire, moyennant un prélèvement qui, répété de proche en proche, épuise promptement le stock des marchandises.

Ce fut là une des raisons des lentes migrations des peuplades nègres vers la mer, tant que le commerce européen n'eut pas encore pénétré da;ns l'intérieur de l'Afrique. On se poussait insensiblement vers la source de tant de richesses, et pour

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