I. — Subvention métropolitaine
Nos possessions du Congo français continuent à recevoir de la métropole une subvention qui leur a été affectée depuis la fondation de la colonie et dont le montant seul a varié.
La prospérité du Gabon suivit en effet les fluctuations de la politique coloniale française. Yers 1862, à Tépoque où nous acquérions les trois provinces de Saigon, Mytho et Bien-Hoa dans la Basse-Gochinchine et le protectorat du Cambodge (1863), où prenait fin au Sénégal la bienfaisante administration de Faidherbe (1864), où le roi de Porto-Novo acceptait le protectorat de la France (1863), où, à Madagascar, le roi Radama II, élevé par M. Laborde, sollicitait ce protectorat^ que, du reste, Napoléon III, occupé au Mexique et redoutant l'Angleterre, n^'osa lui accorder (1861-1863), où, à Obock, MM. Goltdammer et Capitaine arboraient le drapeau français (1863), le gouvernement de Tempire ne pouvait négliger le Gabon.
Aussi en 1863, le Gabon recevait-il de la métropole une subvention annuelle de 150.000 francs. Si Ton songe que les recettes locales du Gabon s'élevaient au chifî're hiodeste de 4.000 francs (contributions indirectes 2.000 francs, amendes et produits divers 2.000 francs) et que les dépenses nécessaires atteignaient environ 150.000 francs (sans compter les dépenses de l'Etat, personnel civil et militaire, service de la marine), il faut convenir que la colonie n'aurait pu vivre sans la subvention de la métropole (1).
Au lendemain de la guerre, il fut question de Févacuation du Gabon ; à la fin de 1873^ elle était annoncée par tous les journaux, les officiers de la station en avaient reçu Favis officieux ; et tout avait été préparé au ministère pour qu'elle eût lieu au mois d'avril suivant. Mais au dernier moment, on
(1) « Les col. françaises, Etablissements de la Côte-d'Or et du Gabon {Rev. marit. et col., t. IX, septembre et décembre 1863, p. 57).
résolut de ne pas évacuer le Gabon et on se contenta de réduire la subvention métropolitaine à 62.000 francs.
A part cette subvention, les recettes (droits de douane et taxes locales) s'élevaient à oO.OOO francs environ ; elles étaient alimentées principalement par les impôts foncier et mobilier (arrêté du 11 juillet 1871), les droits de patente (arrêté du 8 décembre 1866), les droits sur Temmagasinage des poudres du commerce (arrêté du 1^^" mars 1870), les droits sanitaires (arrêté du 11 juillet 1871), les droits de 4 0/0 ad valorem sur les produits coloniaux exportés au Gabon (décret du 12 septembre 1868). Ce budget minime permettait d'assurer la solde de la portion du personnel, qui n'était pas déjà payée au titre du service de la marine, d'allouer à ceux dont la solde incombait à ce service, des suppléments de fonction, d'entretenir nos édifices et nos routes, de donner une faible subvention à la mission catholique chargé de l'enseignement, de payer aux rois et chefs du Gabon et de la Côtc-d'Or (qui en dépendait administrativement) des costumes et des cadeaux pour une somme de 10.000 francs, enfin de faire face à d'autres dépenses d'utilité publique (entretien et nourriture des prisonniers, achat de graines pour l'ensemencement des jardins, etc..) (1).
Le comptoir n'aurait pu se suffire à lui-même sans la subvention de la métropole. Un commandantde la division navale de l'Atlantique sud, le contre-amiral Le Couriault de Quilio, tenta^durant son commandement (juin 1872-juin 1874) défaire en sorte que le comptoir parvint à constituer son budget sans le
(d) Escande, <( Notre établissement du Gabon en 1874 » {Remie marit. et col., t. XLIV, 1" mars 187S, pp. 802 et 804). .-
secours de la métropole, en augmentant les ressources douanières du Gabon. La tentative échoua et en 1883, époque à laquelle des ministres comme Duclerc et Jules Ferry donnaient aux colonies une grande part de leur attention le Gabon recevait toujours de la métropole une subvention annuelle qui même avait augmenté de 50 francs en dix ans 62.000 francs en 1874 et 62.050 francs en 1883).
Depuis ces dernières années, le montant de la subvention métropolitaine avait augmenté dans de très notables proportions : après avoir atteint en 1896 2.550.323 fr. 79, en 1897 3.928.119 fr. 62, en 1898 2.961.000 francs, en 1900 2.178.000 francs, elle fut en 1901 réduite à 500.000 francs. 11 est vrai d'ajouter que des mesures furent prises à cette date pour inscrire directement au budget colonial un crédit afférent aux dépenses militaires du Chari^ et que^ d'autre part, un crédit supplémentaire de 2.009.600 fr. 74 permit à la colonie de liquider le déficit des exercices antérieurs, en lui remboursant les fonds qu'elle avait avancés pour diverses missions, et les dépenses que lui avait notamment occasionnées la mission Marchand.
En 1904 et en 1905, la subvention métropolitaine avait été portée à 700.000 francs ; mais la situation financière de la colonie s'étant améliorée, au cours de l'exercice 1905, dans des proportions inespérées, « l'administration avait proposé sur la subvention une réduction de 35.000 francs qui pourrait certainement être accentuée dans de fortes proportions sans compromettre l'équilibre du budget », Au cours de son rapport sur le budget général de l'exercice 1906^ documenté de façon si clairvoyante, M. Le Hérissé a estimé que « la colonne était à la veille d'entreprendre une série de grands travaux
publics et à la veille, par conséquent, de contracter un emprunt » et que, dans ces conditions, « la subvention lui permettrait d'établir le crédit dont elle a besoin >; (1). Pour tenir compte néanmoins des louables desiderata, exprimés par l'administration locale/ la subvention a été'réduite à 665.000 francs pour l'exercice 1906.