ÉTRANGÈRES
en 1904
TOTAUX
Gabon
Moyen-Congo
Totaux
millions 2.4 2,5
de francs 1,5 1,8
Si donc les marchandises françaises ont fini au Congo par prendre la place des marchandises étrangères, c'est incontestablement parce que les premières sont plus appréciées que les secondes, et le régime douanier n'est pour rien dans ce résultat.
Le seules importations étrangères qui continuent à dépasser les importations françaises sont :
Les tabacs, pour la plupart de provenance américaine, les armes et les munitions de traite, et les tissus de traite.
Encore pour les tissus de traite, y a-t-il lieu de signaler une amélioration considérable, puisque les tissus français figurent en 1904 pour 43 0/0 dans le chifï're total des tissus importés, alors qu'ils représentaient 23 0/0 en 1900, 29 0/0 en 1901, 27 0/0 en 1902 et 31 0/0 en 1903.
Il y a lieu de signaler ici ce fait curieux que les tissus français sont plus appréciés dans le Bassin conventionnel où ils figurent pour plus de 43 0/0, qu'au Gabon, 42 0/0, où ils ne paient cependant pas de droit d'importation.
Exportations. — En 1892, les exportations vers la France représentaient environ 1/7 du chifï're total des exportations du Congo.
Il n'y eut pas de changement sensible dans cette situation jusqu'en 1898, sauf toutefois en 1894, époque de l'iustallation de la Société du Haut-Ogôoué.
Puis, les exportations vers la France ont commencé à augmenter. En 1904, elles atteignaient 1/3 du chiffre total.
Malheureusement, ce dernier chiffre même est un peu fictif car un très grand nombre de marchandises exportées pour la France à bord des paquebots français sont immédiatement réexportées vers Anvers ou Liverpool. Il est permis d'espérer que cet état de choses pourra être modifié par la création dans un de nos ports, d'un marché pour les principaux produits d'exportation du Congo : les bois, l'ivoire et surtout le caoutchouc.
Les seuls produits qui prennent régulièrement la direction delà France sont le café et le cacao, et cela parce qu'ils bénéficient à rentrée en France d'une détaxe assez considérable.
Si maintenant on cherche à se rendre compte de la direction des courants commerciaux d'exportation, il est facile de saisir en quelque sorte sur le vif les effets de la construction du chemin de fer belge de Matadi à Kinchassa.
Jusqu'en 1898, en effet, les exportations étrangères qui comprenaient environ 6/7 des exportations totales du Congo se faisaient presque exclusivement en Angleterre (pour les 2/3 environ).
A partir de 1898, tout change et on assiste à une diminution régulière des exportations anglaises, qui passent de 2.620.000 francs en 1899 à 920.000 francs en 1904.
En revanche, les exportations vers la Belgique passent de 457.311 francs en 1899 à 6.200.000 francs en 1904. Bien qu'une ligne de navigation française desserve Matadi, tous
les produits exportés par Brazzaville prennent les lignes belges à destination d'Anvers.
Ainsi en 1903, il est sorti de Matadi 439.619 kilogrammes (1) de caoutchouc provenant du Congo français Sur ce chiffre considérable, 11 kilogrammes ont été dirigés sur la t'rance. De même sur 157.117 kilogrammes d'ivoire venus du Congo français par le chemin de fer belge, 538 seulement ont été expédiés en France. En résumé, la ligne de navigation française qui dessert Matadi a recueilli en 1903 un fret ayant une valeur de 17.369 fr. 25 (dont 11.131 fr. 25 venant du Congo français), alors que les marchandises venant de nos possessions et qui ont transité dans l'Etat indépendant avaient une valeur globale de 6.738.689 fr. 35 (2) et que le chiffre total des exportations faites par le Congo belge a atteint près de 64 millions de francs. Sur ces 64 millions plus de 60 millions ont été exportés en Belgique.
En 1904, la ligne de navigation française a été un peu plus favorisée. En effet, sur un chiffre total d'exportations de 64 millions, dont 9.807.563 provenant du Moyen-Congo français, 510.359 francs ont été exportés en France. Il est vrai qu'en 1904, les statistiques de FEtat indépendant sont établies en évaluant le kilogramme de caoutchouc à 9 francs, et le kilogramme d'ivoire à 23 francs (3).
(1) Statistiques commerciales de l'Etat indépendant du Congo, Bulletin officiel de l'Etat, année 1904 n** 5.
(2) Statistiques commerciales de l'Etat indépendant du 'Congo, Bulletin officiel de l'Etat, année 1904, n*^ 5. Les évaluations sont faites d'après les bases belges, <S francs le kilog de caoutchouc.
(3) Il n'est donc pas de comparaison possible entre les statistiques de l'Etat indépendant et les nôtres. C'est ainsi que les exportations de 1904 accusent une diminution, de 987 tonnes de caoutchouc et de 18 tonnes d'ivoire par rapport à 1903, et cependant le total des exportations 'valeurs)
LES RÉSULTATS ÉCONOMIQUES 8fi3
Mais dans tous les cas il est vraisemblable que l'escale de Matadi serait abandonnée depuis longtemps parla Compagnie des Chargeurs-Réunis, si elle n'était pas subventionnée et si elle ne recueillait pas les marchandises et les passagers de l'Etat français et de la Colonie du Moyen-Congo.
Ce qui vient d'être dit explique pourquoi les vapeurs de la Compaguie marseillaise de navigation à vapeur (compagnie Fraissinet) qui viennent tous les deux mois jusqu'à Loango ne vont pas jusqu'à Matadi. Ils seraient absolument certains de n'y recueillir aucun fret et feraient à la compagnie des Chargeurs- Réunis une concurrence inutile.
Ainsi la construction du chemin de fer de Matadi à Kinchassa a eu pour effet au point de vue du commerce d'exportation, de séparer les possessions du Congo français en deux zones bien distinctes : 1*^ la zone du bassin du Congo jusqu'à Brazzaville ; 2*^ la zone côtière.
Tous les produits de la première zone sont actuellement monopolisés d'une façon complète au profit de la Belgique. Les produits de la deuxième zone se répartissent entre la France, l'Angleterre et l'Allemagne. La France semble avoir la prépondérance dans cette zone et en eftet, la plus grande partie des produits en sont exportés par navire français. En fait, ces produits eux-mêmes sont destinés à la Belgique et à ri\ngleterre.
Pour remédier à cette situation, très désavantageuse pour le commerce métropolitain, il serait bon que la compagnie des Chargeurs-Réunis pût par des conventions avec les socié-
s'en ressent à peine. Si les statistiques de l'Etat indépendant du Congo étaient ramenées à l'échelle des nôtres, leur chiffre d'exportation serait réduit de moitié et ramené à 25 millions environ en 4904.
tés coiicessioQuaires du Moj^en-Congo s'assurer le traasport de leurs produits. Ces couventious seraient singulièrement facilitées s'il était possible de créer à Bordeaux ou au Havre un niarclié sérieux pour Tivoirc et le caoutchouc. Ce marché serait d'ailleurs assuré grâce aux lignes de navigation françaises, de drainer le caoutchouc de toutes nos possessions de l'Afrique occidentale, je sais que la compagnie des Ghargeurs- Réunis se préoccupe de cette question (l).
Il est incontestable aussi que la construction d'un chemin de fer traversant nos possessions aura pour effet d'enlever au chemin de fer, aux lignes de navigation et aux marchés belges, une grande partie de leurs produits d'exportation du Congo français, si le tracé de ce chemin de fer est judicieusement choisi.
En résumé, si l'on veut que le commerce français bénéficie de la prospérité commerciale du Congo français, il est nécessaire de construire un chemin de fer destiné à drainer, une grande partie des produits de notre possession — produits qui vont aller sans cesse en augmentant — et de créer en France un marché d'ivoire, de bois exotiques et surtout de caoutchouc congolais.
Entrepôts. — L'entrepôt réel n'existe pas au Moyen-Congo.
Le bénéfice de l'entrepôt fictif a été accordé à quelques maisons de commerce de la colonie.
Les marchandises sont entreposées, plutôt pour éviter le payement immédiat des droits, qu'en vue de la réexportation.
(1) Un des agents de la Gôle d'Afrique, M. Hilaire, est venu récemment en mission à Brazzaville pour essayer de s'entendre avec quelques sociétés concessionnaires.
Le tableau ci-dessous donne la situation des entrepôts fictifs par bureau.