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RUPTURE DU TIUITÉ D'AMIENS

.raité de Campo-Forinio, parvenu à l'Empire, ne s'était jeté à la poursuite de rêves trop ambitieux. Au lendemain du traité d'Amiens le premier conpul voulut poursuivre dans )a paix la grande œuvre ■accomplie par la guerre. U ne suftisait point que la France dominât en Europe; il fallait encore qu'elle reprît sur mer et aux colonies la situation qu'elle avait perdue : les échanges de Marseille avec le Levant avaient diminué, ceux des nations rivales progressé, le colonel Sébastiani fut envoyé en Egypte, en Syrie, dans les iles Ioniennes pour étudier l'état de notre commerce, renouer les relations rompues; les Deys d'Alger inquiétaientnolrepelitélablissement du Bastion de France, ils Turent rappelés au respect de notre pavillon ; — le traité de Paris nous avait fait perdre tous les territoires que nous possédions dans l'Amérique du Nord, des négociations furent engagées avec l'Espagne qui nous rendit la Louisiane; — nos possessions del'Inde étaient ruinées, le général Decaen, qui croyait possible d'arracher rinde aux Anglais, fut enyoyé à Pondicliéry ; — la guerre civile continuait à Saint-Domingue, des troupes y furent débarquées pour rétablir l'ordrr. Déjà notre commerce renaissait, 1500 vaisseaux battant notre pavillon couvraient les mers, Anvers, place commerciale de premier ordre, était port français, une flotte nouvelle se construisait.

108 L'EXPANSION DE L\ FIIANCE.

niais l'Angleterre ne pouvait assister A un semblable relèvemeol ni consenlir à l'alTermissemenl de la situation prépondérante prise par noire pays en Europe. Elle refusa de rendre Malte aux Chevaliers, ainsi qu'elle s'y était engagée par le traité d'Amiens, confisqua dans ses ports ou sur les mers 1 200 navires français ou batnves, envoya des renforts aux insur gés de Saint-Domingue (1808).

C'était la guerre; Napoléon dut l'accepter (l'Empire est à ce moment proclami!', i804). On prépare aussitôt dans les ports de la Manche l'invasion de l'Angleterre. Mais les flottes britanniques tiennent en échec les flottes françaises, tandis que Pitt noue une troisième coalition (Autriche, Russie, Prusse, 1805). Napoléon, obligé d'abandonner le camp de Boulogne pour défendre le Rhin, franchit le fleuve, traverse l'Allemagne, entre victorieux dans Vienne et, après Austerlitz, impose aux alliés le traité de Presbourg. Toutefois les nouvelles acquisitions de l'Empire en Europe (Istrie, Dalmaiie), d'ailleurs beaucoup plus dangereuses qu'utiles, — ce sont, ainsi qu'on a les nommées, des " excroissances malsaines i>, — ne compensent pas la ruine de notre marine à Trafalgar. La France reste, après cette écrasante défaite navale, sans moyens d'action contre l'Angleterre, qui, désormais unique maîtresse de l'Océan, n'a plus i craindre ni coalition maritime,

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LA tONFÉDÊflATlÛ.N DU IIIIIN. 100

■ ni invasion. Nous subissons, outre cet échec, deux tdimiDutions : en Amérique, Sainl-Domingue dc- I meure aux iusurgés (République d'Haïti), la Loui- I siane, que Napoléon juge ne pouvoir défendre, est 1 vendue aux Etats-Unis.

I Au lendemain de la paix de Presbourg, Napo- I léon, devinant la persistance de l'hostilité des vaincUs,jugea que rien n'élait plus nécessaire que de couvrir la France du côlé du Rhin : là était loui jours, malgré les acquisitions territoriales de la r République, le point faible de notre frontière.

■ En 1658, Mazarin, alors que la France n'alteignail la rive gauche du fleuve qu'en Alsace, avait voulu compléter le traité de Westphalie en formant une Ligue entre plusieurs des princes dont les possessions étaient situées sur les deux rives du Rhin. En 1806,

i Napoléon, maître de toute la rive gauche, reprenant I la pensée du ministre de Louis XIV, éleva sur la I rive droite u une barrière » d'États qui devait prc téger la France contre les attaques de la Prusse, de I rAutrichc et de la Russie. La « Confédéralion du I Rhin» fut créée avec les rois de Bavière, de Wurtem- I berg.i'électeurdeRatisbonne, le grand-duc de Bade I et douze princes qui se déclarèrent indépendants de I loute puissance étrangère et se séparèrent de l'Ëm- I pire germanique. L'empereur des Français fut [ choisi comme protecteur de la Con('é(iiJv^'C\vi^\\"«^

L'EXPANSION DE LA FBANl^E.

Irailc d'alliance stipula que loiitc guerre serait commune à la France et h la Confédération. François 11 e put répondre à la constitution de cette confédération qu'en renonçant à son litre d'empereur

; d'Allemagne pour le remplacer par celui d'empereur d'Autriche.

Dans le môme iemps où se signe ce traité, Napoléon las de la guerre engage des négociations pacifiques avec l'Angleterre, mais les disciples de Pitt revenant au pouvoir (Pitt vient de mourir), ses propositions sont repoussées.

Il faut donc que la lullc continue, — et l'on peut

, dès maintenant prévoir qu'elle ne cessera que par la ruine d'un des deus adversaires. La Prusse, qui

' veut opposer à la u Go n dé fé ration du Rhin » une « Confédération des Etats du Nord », est prèle à la lutte; l'Angleterre lui fait passer des subsides; en même temps, elle entraîne de nouveau la Russie. C'est une quatrième coalition (1806-1807). Napoléon triomphe une fois encore des alliés de l'Angleterre àléna, Eylau etFriedland, mais que ne ferait-il pas pour atteindre son insaisissable ennemie elle-même?

■ Après Inéa, il déclare les lles-Briianniques en état

■ de blocus (Blocus continental); après Friedland, il cherche dans Alexandre, son ennemi de la veille,

1 un allié contre l'Angleterre (traité de Tilsilt), La paix de Tilsitt (où la monarchie prussienne

L'EimOi'E APRÈS TILSITT,

a èlé démembrée) laisse Napoléon ébloui île la gloire de ses armes; son ambition augmentant avec ses succès va l'entraînep désormais sur une pente oïl il ne pourra s'arrêter. L'équilibre de l'Europe est rompu : l'Empire français est couvert du côté de l'est par la Confédération du Rhin, — confédératiou à laquelle adhèrent successivement presque tous les États de l'Allemagne, — et les peuples qui nous entourent ont été parlâmes, distribués comme butin, à des souverains étrangers : Louis est roi de Hollande, Joseph de Naples (la Hollande et Naples, grands postes maritimes contre l'Angleterre), Jérôme de Westphalie. 11 j a plus encore : la Prusse et l'Aulricbe sont diminuées et humiliées ; la Grande-Bretagne menacée de ruine si le Blocus continental est exécuté pendant quelques mois. Ainsi, devant la France toute-puissante, la Russie demeure seule en Europe : le czar dont l'Empereur a voulu gagner l'amitié à Tilsilt est libre de poursuivre ses ambitions contre la Pologne, contre la Suède, contre la Turquie elle-même, notre alliée, notre " protégée » séculaire.

Le système de Napoléon consistant ii former autour de son empire une ceinture d'États placés soua l'influence des idées françaises était plus que grandiose : appliqué comme il le fut il brisa les volontés des peuples, Qt sortir la France continentale de ses

limites naturelles, eL, ces limites franchies, quelles liairières pouvaient arrêter l'ambitioD de l'empereur? quelles aventures n'étaient pas à craindre?

C'est ainsi précisément qu'au lendemain de Tilsitt, Napoléon juge que la France n'aura pas ses derrières assurés lorsqu'elle se portera en Allemagne tant que l'Espagne ne sera pas entrée dans son système fédératif d'États. Alors il intervient dans les affaires de la péninsule, envahit le Portugal et l'Espagne : la fitniille de Bragancc fuit au Brésil, les Bourbons abdiqui?nt en faveur des Bonapartcs, Joseph est couronné à Madrid, Murât le remplace à Naples (1«08). C'est la politique de Louis XIV poursuivie avec violence.

La guerre d'Espagne « qui a été une véritable plaie et la cause première des malheurs de la France, qui perdit Napoléon » (Las Cases), doit être considérée assurément comme une « guerre d'ambition » et cependant elle fut entreprise en partie dans un sentiment « de défense » contre l'Angleterre : le Portugal était dans l'alliance de cette puissance, l'Espagne et le Portugal possédaient des Qottes et des colonies dont on pouvait se servir contre la Grande-Bretagne; enfin, il fallait pour ruiner cette ennemie que nous ne pouvions atteindre, fermer à ses produits les marchés de la Péninsule.

Espjignols et les Porlugaals se soulevèrent

RÉSISTANCE DE L'ANGLETERRE. n;i

conirc les envahisseurs, l'Anglelerre leur fit passer de l'argent, des armes, des secours, puis leur doDiia une alliée en décidant rAulricheàreprcndrclalutte (cioquième coalilion, 1809). Napoléon vainqueur ù Wagram imposa la paix à François IL Le traité de Vienne porta la fronlicre du territoire de l'Empire français à 30 lieues de la capitale de l'Autriche,

Ainsi Napoléon était condamné à « conquérir pour conserver u. Les perpétuelles attaques de l'Europe coalisée contre la Révolution et l'Empire, puis l'ambition de l'Empereur nous avaient conduits h dépasser les limites naturelles de notre pays conquises depuis 1797. La France s'étendait en Ilalie jusqu'au Garigliano, en Allemagne jusqu'aux bouches de l'Elbe, en llljrie jusqu'à la Save et aux bouches de Caltaro; elle comprenait 130 départelents sans compter les 24 de la vice-royauté d'Italie {sous le prince Eugène) ; elle avait en outre pour vassaux ou pour alliés les royaumes de Naples, d'Espagne, de Westphalie, de Bavière, de Saxe (le royaume de Hollande avait été réuni à l'Empire). Toutes les fautes qu'il est possible à une nation continentale de commettre, la France les avait commises, - les provinces conquises ne veulent pas Être françaises, les guerres de la Prusse et de l'Autriche deviennent, comme la résistance de rEs|jagne. des 1 guerres d'indépendance » !

"Victorieux sur le cootinent, Napoléon ue cesse pas d'être vaincu sur les mers. 11 ne peut alteiadre que dans ses alliés son irréconciliable ennemie. L'Angleterre elle-même demeure insaisissable; nos flottes n'ont d'ailleurs jamais été reconstituées depuis le désastre de Trarulgar; les escadres britanniques s'emparent de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, du Sénégal, de Saînl-Pierre-Miquelon, de la Réunion, de Mtiurice, brûlent nos vaisseaux les côtes de France, tentent même de surprendre Anvers. Cependant, malgré ses succès, la Grande-Bretagne est épuisée : elle soutient depuis dix-sept ans une guerre formidable, entretenant sur ses flottes plus de 100,000 matelots, fournissant à ses alliés du continent des subsides et des troupes; nos corsaires qui poursuivent ses navires sur toutes les mers ont infligé de grandes pertes à son commerce ; le Bloc us continental réduit ses habitants à la misère, le peuple demande la paix. Mais l'aristocratie an- I glaise ne saurait consentir à reconnaître les con- I qaèles de la Révolution et de l'Empire : !a France possède les bouches de l'Fscaut, du Rhin et de l'Elbe, Anvers qui avec son arsenal u est un pistolet chargé au sein de l'Angleterre », Gènes, la k Spezzia, où de grands travaux sont enlrepris pour créer un port militaire; enfin, elle pourrail, à la faveur de la paix, trouver dans la possession des

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