L'ÉMIGRATION FRANÇAISE
La part qui revient à uos nationaux dans la pros- I périté chaque jour grandissante de la République l'Argenline ' fait assurément honneur à notre pays et Rtémoigne de la vertu colonisatrice indiscutable de Inotre race; elle n'est pas non plus sans assurer aufjourd'hui il nos industriels un important débouché *, Tmais combien l'Algérie serait plus prospère, plus riche pour le grand profit de la mère patrie, si depuis la conquête elle avait reçu une partie des éraigrants et des capltauit qui ont contribué à la fortune de l'Argentine !
Nous disons <( une partie des émigrants », pavce qu'il convient de distinguer les malheureux sans autres ressources que leurs bras et un modique pécule de ceux qui connaissent une industrie, un métier spécial ou possèdent quelques capitaux. Les
I premiers trouveront des moyens d'existence à la Plata, en s'employant aux humbles travaux des Il convient encore de remarquer que le gouveruBoient arjenliti ne veuL signer avec les nations européennes aucun Irailé de commerce. Si donc il venail à adopter des taxes douanières prohibitives, en vue de proléger les industries naissantes du pays, l'importation frauçaise pourrait être sérieusement atteinte. Les droits de douane, les mêmes pour tous à la vérité, sont aujourd'hui déjà fort élevés.
' Nous ne disons rien ici de la crise qui vient d'âclater dans ce poys, parce que celte crise, pour aiguë qu'elle soit, ne nous parait qu'un accident, = Voir plus loin, page 281.
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champs ou des villes, ils risqueraient, par contre, tie mourir de faim en Algérie où la population indigène constitue un « prolélariat ouvrier u qui travaille partout à bas prix. Les seconds, au contraire, sont assurés, avec l'inlelligence et la persévérance, de réussir aussi bien dans dos colonies africaines qu'ils le peuvent Taire en Amérique. Ce sont eux dont l'Algérie et la Tunisie ont besoin, eus qui font éprouver h ces provinces une « perte » véritable, lorsqu'ils portent leur industrie ou leurs capitaux de l'autre côté de l'Océan.
Mais une question se présente à l'esprit : pourquoi ces colons, susceptibles de réussir dans l'Afrique du Nord, se dirigent-ils vers l'Amérique plutôt que vers l'Algérie et la Tunisie? Serait-il possible de les, détourner?
Le courant de l'émigration française se portait. vers l'Amérique avant que l'Algérie fût conquise. Il a continué depuis, pour une trop grande part, sous l'influence de plusieurs causes ; le renom peu favorable de l'Algérie pendant la longue et ingrate période de la conquête et du défrichement ; l'babilude, qui fait suivre au nouvel émigrant le chemin pris par celui de la veille, ou plus exactement « l'appel » adressé par ce dernier, qui, satisfait de son sort, écrit dans sa patrie, conseille à un parent, à un ami, à un Yoisin de le rejoindre ; quelquefois, le « recrute-
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m enl 11 organisé dans notre pays par les nations qui ont besoin de bras' ; enfin, rindifférence à certaines époques, l'inhabilelé à d'autres de l'administration
;érienne qui n'a jamais cherché à attirer les cotons utiles, qui ne sait point «■ solliciter » l'émigrant disposé à porter par deli'i les mers son travail et son pécule.
Le devoir d'une administration soucieuse du développement de nos colonies africaines est tout tracé : il suffirait qu'elle voulût employer, pour faire connaître en France l'Algérie et la Tunisie, les cultures qu'on peut y entreprendre et les bénéfices qu'elles permettent d'espérer, les salaires et les conditions de vie qu'on y trouve, pour provoquer, enfin, l'émigration des hommes disposés à passer, la mer avec un certain capital, les moyens de publicité si pra-
' Le gouvenienieiit argentin ne lionne pas à proprement parler des passages graloitaaux Émit;ranls, mais il a imaginé, pour noire pays notamment, «n habile système de recrutement ; 1° il y a à Paris et dans certaines villes de provinces 'des Iiureaux ofQciels d'inrormations chargés de donucr à «eus qui désirent émigrer les renseignements nécessaires et de viser les pièces élablissaul leur identité ; — 2° l'ûraigrant muni de ce visa se présente à l'agence de la compagnie d ■Chargeurs Réunis qui le transporte et le nourrit gratuitement. Ce n'est là, à la vérité, qu'une avance, — garantie à la Compagnie par le gouvernement argentin, — que i'émigrant -doit rembourser par semestre en deux ans et demi, mais niera-t-on que cette avance facilite considérablement l'émigration de nos compalriotes vers la République Argentine î
1 L'EXI'ANSIO.N DE LA FHANCt:.
liques, si simples dont usent avec succès les colonies australasieDDes, On sait que celles-ci possèdent eo Angleterre de nombreuses agences d'émigration qui sollicitent, par leurs affiches et leurs brochures, partout répandues, les pris modérés du transport, toutes les ramilles qui pourraient songer à s'expatrier. Grâce k cette propagande, les laboureurs, les fermiers, les artisans s'embarquent par milliers chaque année, sachant qu'ils ont chance de trouver en Australie une vie [ilus heureuse, des bénéfices plus éleiés, ou une existence moins misérable que dans leur patrie.
Qu'un pareil système soit adopté par les administrations algériennes et tunisiennes et bientôt ses résultais seront appréciables : les Français qui aujourd'hui, ignorant presque l'existence de notre ATrique, passent en Amérique avec leurs ressources lorsqu'ils veulent émigrer, viendront en Algérie et en Tunisie, puis appelleront à leur suite leurs parents ou leurs amis, attireront les capitaux...
Le prodigieux succès de la culture de la vigne en Algérie et en Tunisie a déjà fait passer la mer depuis une douzaine d'années à un nombre appréciable de colons et de capitalistes. Il importe au rapide développement de la France africaine que cet heureux mouvement soit encouragé, h^té, par une habile propagande. Ce ne sont ni les colons.