LES COLO.NS DANS LES COLONIES
temps iju'un grand pays agricole un des pnucipaus centres industriels du monde.
Un dernier ciiifi're affirmera une fois encore l'utililé commerciale » de nos colonies. Elles emploient annuellement 8000 navires métropolitains ou locaux jaugeant 6 300 000 tonnes et servis par en- TÏron TOÛOO matelots, — entrées et sorties réunies.
La question de « l'ulilité » ou de la « uou utilité commerciale n de nos colonies est la première, la principale objection formulée parles adversaires de la politique coloniale, mais il en est une seconde, appartenant également à l'ordre économique, qu'ils présentent souvent : nos colonies, disent-ils, n'ont point de colons ; ce sont des » colonies de fonctionnaires )i.
Une semblable critique serait-elle fondée?
Pour l'examiner, il convient de rappeler tout d'abord que nous avons délini trois types bien distincts de colonies : les colonies de peuplement, les colonies d'exploitation et les colonies de commerce. La France, nous l'avons également remarqué, ne possède que des colonies d'exploitation e[ de commerce qui, par leur nature, ne réclament point la venue d'un grand nombre d'immigrants. L'Algérie et k Tunisie, elles-mêmes, ne sont pas de véritp "
a;o L'EXPANSION DE LA FHANCE.
Idiiics de peuitlement, mais des « colonies mixtes »
de petipleinenl et d'exploitation.
Ces points essentiels lixés, il est facile d'eicamiaer l'objection et d'y répondre.
Dans nos anciennes possessions des Antilles et de la Réunion, colonies d'exploitation, la population d'origine européenne, dite « population créole », établie au xvii" et au xvni° siècle, est sufCsainnient importante. Sur la cftie occidentale d'Afrique et dans rocéanlndien,oiJ d'ailleurs l'Européen ne peut vivre, il suffitd'un petit nombre de Français pour présider aux opérations commerciales des comptoirs qu'ils ont fondés {ils sont toujours assistés de « traitants » indigènes). En Asie, enOa, notre Empire indochinois n'est, comme l'Inde anglaise, qu'une vaste colonie d'exploitation. Quelques centaines de colons, banquiers, négociants, planteurs, industriels, forment <i l'élément dirigeant ". k L'élément dirigé » est la population indigène qui récolte l'arachide, le riz, l'indigo, la canne ou le café, tisse la soie ouïe colon, travaille aux mines. On peut ajouter, — et ce fait mérite d'être opposé à ceux auxquels nous répondons, — que comparativement à l'iniporlance di2 la population indigène, les Français sont beaucoup plus nombreux en Cochinchine que les Anglais dans l'Inde ',
Su n. receiisÉ dans ce pays, qui est une îles plus ancien-
L'ÉMIPHATION FRANÇAISE. £71
Le chiffre de la population française établie en Algérie et en Tunisie mérite davantage d'être retenu. Si l'objection des « colonies de fonctionnaires » ne porte point dans nos autres possessions, serait-elle exacte dans l'Afrique du Nord? L'Algérie et la Tunisie ont un caractère mixte ; s'il est vrai que l'importance et la vitalité de l'éléineot indigène opposent des limites au dèveJoppemGiil de la colonisation européenne, il est d'autre part certain que les Européens peuvent s'établir à demi;ure et travailler dans ces régions fertiles et tenipén-es, L'Algérie. où nos troupes ont débarqtté il y a soixaiik' ans, mais dont la conquête n'est guère tcrniînéflquc depuis trente-trois ans', compte 220t)l)0 colonti français (el 203 000 étrangers). La Tunisie <• protégée » seulement depuis neuf années, où il n'<!xig|e encore que de « grandes exploitations » dirigées par des Européens maïs cultivées par tes indigènes,
nés possessions de la Grande-Brelngne, 30I8S indivûlut de race anglaise (foiiulionnaires et soldats iioii compris) ppnlui au milieu d'une pnpulalioii de 2:):iD839!JS iiulirB', soil utiu proporlion de I Aufjlais par HilS Indous. D'un autr» cW' lu CocliincUine est con[[uise depuis Iretiti: am b peiiii- i.'l uun nU' tionaux y sont au nombre d'environ 500 (fouclionnair«ii ut noldatsnon compris) dans une populaltun nsi'ilirpie dn IHUiZH. On compte donc 1 colon Trançais pour 3 "28 indigAno».
Au Tonkin les colons sont au nombre d'environ 1 HO nur lesquels QOO de nos compatriotes.
' L'expédition de Kabylle, dernière étape do la caïuiiiMn, fut terminée en IBH7.
272 L'EXPANSION DE LA FBANCi^
fiossèje eoviron 6000 Français (et 2i) OOOtîlrangcrs). En présence de pareils résultais il ne viendra à la pensée de personne de soutenir ((iio TAIgéne et la Tunisie sont des v colonies de fonctionnaires ». Ce n'est point à dire, toutefois, que le mouvement de l'émigration vers ces pays est assez rapide ; on peut le souhaiter plus important.
La population de la France, on le sait, est loin d'augmenter cliaque année dans des proportions comparables à celles constatées en Angleterre, en Allemagne et en Italie ',
Il suit naturellement de ce premier fait que l'émigration française est singulièrement plus lente que rémigration anglaise, alleniande ou italienne '. C'est ainsi que l'on évalue seulement à 20 ou 23000 le nombre des Français qui s'expatrient chaque année. Cette émigration, bien que faible, serait cependant plus que suffisante pour la colonisation du
' Mayenne antmelle del'Rxcédent absolu des naissances sur les décf^a conslaté pendant la dernière période quinquennal» connue (1883-1887, ou 1884-1888) :
FcanceOiOOO individus. — Grande-Bretagne 446000. — Allemagne 332000. —Ilalie 310000.
' Moyenne annuelle de l'émigralion constatée pendant la dernière période quinquennale connue (1883-1887 ou 18Si- 1888) :
France, d'après les slati5[i<[ues oriicielles très insurdsam''
ment tenues 12000 individus, en réalité 30 à 35000. —
|^K> Grande-Bretagne 231000. — Allemagne 1)5000. —Halle
^H iseooo.
L'ÉMlGBATiON FRASÇAiSE. 273
bord de l'Afrique, Si environ 12 il 13 000 de aos Lémigrants se rendaient chaque année en Algérie et Itn Tunisie, leur établissement, augmenté de l'excépent naturel des naissances sur les décès, assurerait i l'élément français la place qu'il doit prendre dans L France africaine. Mais on ne saurait évaluer au- Hourd'huî à plus de 8 000 à 9 000 le nombre de nos Compatriotes qui traversent la Méditerranée, La plus grosse part de l'émigration française se dirige vers *ia République Argentine, les États-Unis, l'Uruguay, B Brésil.
Là est véritablement le point faible de la « coloksisation française » en tant que l'on considère l'établissement de nos nationaux^ dans nos colonies : ce l'o'est point au Sénégal ou en Indo-Chine que les ft'Colons ne viennent pas assez nombreux, c'est en (Algérie et en Tunisie; ce n'est pas riasuffisance de l'émigration française qu'il fautregrelter, mais bien 1 direction que prend cette émigration.
Chaque émigranl français qui passe en Amérique Représente pour l'Afrique du Nord où il aurait pu se fendre « une perte » qu'il ne serait pas impossible S'évaluer '. Ses capitaux, s'il en possède, ou au îioins son pécule, son métier, ses bras, son intelli-
' Les économiales ont, en effet, tenté d'évaluer la valeur Eioyenne de l'homme adulte qui émigré. Leurs eslînialions Carient le plus souvent entre 4000 el 8000 fronça.
27i L'EXPANSION DE LA FRANCE.
gence, son ambitioa, au lieu de contribuer au dé^' veloppcment d'une colonie qui fait partie du patrimoine aationul, vont augmenter la richesse et la prospérité de nations amies, mais étrangères. 11 se mariera, i! fondera uue famille; ses enfants, plus encore que lui-même, seront perdus pour sa patrie, ce ne seront point des Français, "mais des citoyens de l'Argentine ou des États-Unis, ayant les opinions et les intérêts de leur nouvelle patrie. On éyatue à 173 ou 200 000 le nombre des émigrants qui, depuis les premières années de ce siècle, ont quitté nos ports pour la République Argentine; ils ont pris une part considérable à la mise en valeur de ce pays; ils y ont, d'abord, créé en partie l'industrie de l'élevage, puis construit des minoteries, des huileries, depuis quelques années ils y fondent des usines à sucre, ils y plantent la \igne. Les esprits soucieux de l'avenir n'hésifent point à dire que l'on verra l'importance de nos importations diminuer en Argentine à mesure que les émigrants français et leurs enfants développeront l'industrie locale '.
' Celte opinion est exprimée par M, Daireaus dans son ouvrage La vie et tes mœurs à la Ptuta, 2 vol. Ilaclielte, éditeur, Pai'ia. — Or la renconlre égalemenl dana ua rapport du ministre de France h Buenos-Ayres [Bulletin consulaire, mai 1880]. Notre agent fait notamment remarquer que d'ici un certain nombre il'années, !a production locale dimiouera
. dans une forte proportion l'introduction des vins communs^
^. d'Espagne, d'Italie et de France.