CHAPITRE I
LES DEUX CONQUÊTES DU GAP DE BONNE-ESPÉRANCE PAR LA GRANDE-BRETAGNE EN 1795 ET EN 1806
L'expansion des Boers, c'est-à-dire des colons d'origine européenne, principalement néerlandaise, germanique et française, dont les ancêtres s'étaient fixés au Cap de Bonne-Espérance pendant le xvii® et le xviii® siècle, a été provoquée par l'établissement d'une puissance, dont la domination leur devint insupportable : la Grande-Bretagne. Un exposé succinct de la conquête du Cap par les Anglais forme donc l'introduction nécessaire à l'histoire de l'expansion des Boers.
Ce fut en 1796 que les Anglais en dépossédèrent la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, qui l'occupait depuis le 5 avril i652, jour où Johan van Riebceck, qui avait reçu mission d'y fonder une colonie, était entré dans la baie de la Table, avec trois navires portant une
centaine d'hommes de troupes *;. mais avant cette date ils en avaient déjà tenté la conquête.
En dressant la carte des côtes, leurs oflBciers de marine avaient préparé Tinstrument indispensable aux futures opérations militaires*.
En 1781, les Provinces-Unies des Pays-Bas ayant adhéré à l'alliance conclue par la France et l'Espagne, en faveur des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, insurgées contre leur métropole, une flotte anglaise de dix navires, sous les ordres du commodore Johnstone, appareilla de Spithead le i3 mars, pour essayer d'enlever le Cap par surprise. Elle avait échoué. Lé 16 avril, comme elle mouillait dans la baie de Praia de l'île Santiago (archipel du Cap- Vert), elle avait été attaquée par une flotte française, partie de Brest le 22 mars et commandée par le commandeur de Suflren. Le combat était resté indécis : les navires des deux flottes avaient subi des avaries et leurs équipages des pertes ; la flotte française, ou plutôt les deux navires qui avaient pris part à l'action sur cinq qui la formaient avaient même plus souflert que les vaisseaux ennemis. Mais en attaquant par surprise l'escadre anglaise au mouillage, Sufi'ren avait évité de l'être lui-même en pleine mer. Il avait surtout réussi, et c'était le principal objet de sa mission, à devancer les Anglais au Cap^. A son arrivée, le 20 juin 1781, il y avait
i. Voy. notre étude : La fondation de la colonie hollandaise du Gap de Bonne-Espérance. Journal des Savants, octobre 1904, p^ 674.
2. Par exemple : A chart of False bay... also of Simon's hay hy Wm. Nicholson masier of H. M. ship Elizabeth, which was in thisbay in may 1764, et Seamon's bay in ihe bay of False surveyed byCap. Jos. Huddart, april 24. 1780. Service hydrographique de la marine. Archives, portefeuille 11 5, division 3, pièces i et 10.
3. E. Chevalier, Histoire de la ràarine française, in-80. Paris^ 1877, p. 374. — Gr. Lacour-Gayet, La marine militaire de la France sous le règne de Louis XVI, in-S^. Paris, 1906, p. 483-88.
débarqué des troupes qui furent commandées par Je comte de Conway, colonel du régiment de Pondichéry. Johnstone envoya une frégate reconnaître le Cap, mai» elle arriva « un jour que M. de Conway avait choi»i pour faire tendre les tentes de son régiment au dehors-; il donna à penser par cette manœuvre que toutes les troupes de l'escadre de M. de Suffren y étaient réunies, l'ennemi prit alors le parti de s'éloigner pour ne plus reparaître* ». Johnstone n'osa point attaquer la ville-, mais se contenta de capturer dans la baie de Saldanha quatre navires appartenant à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ^
L'occasion manquée en 1781 se retrouva quatorze ans plus tard.