I. -♦- La première conquête du Cap
L'établissement des Anglais dans l'Afrique australe a
1. La Lustière, Mémoire sur la défense de la colonie du Cap de Bonne -Espérance, 1788. Service hydrographique de la marine. Archives. Vol. 83 bis, pièce ao. — Conway, dans un mémoire intitulé : Observations à soumettre à M. le marquis de Bussy, et daté : « Au Gap de 3onne-Espérance, le i3 avril 1782 », dit qu'il avait I i4o hommes de troupes, dont i 090 présents et 5o aux hôpitaux Ibid., vol. 83, pièce 16.
2. La Lustière a résumé toute l'histoire de l'expédition anglaise en ces quelques lignes : u Les Anglais qui ont beaucoup fréquenté le Gap et qui depuis longtemps eu connaissent parfaitement toutes les ressources et les influences que lui donne sa position avantageuse, surtout en temps de guerre, les Anglais, dis-je, avaient cru saisir le moment d'en faire la conquête ; car aussitôt qu'ils eurent déclaré la guerre aux Hollandais, ils y envoyèrent une escadre de six vaisseaux de guerre et 5 à 6 mille hommes de troupes de débarquement, mais ayant relâché à Saint- Yago, elle y fut attaquée par l'escadre française aux ordres de M. le commandeur de Suffren, qui, après l'avoir fort mal traitée, arriva encore au Gap avant elle
été une conséquence indirecte de la Révolution française. D'alliés et de protecteurs des Provinces-Unies, ils se transformèrent en ennemis de la République Batave, dès que le parti révolutionnaire hollandais eût aboli le stathoudérat et signé le 27 floréal an III (6 mai lygB) un traité d'alliance avec la République française.
Faute de pouvoir conquérir la Hollande continentale, défendue par l'armée de Pichegru, ils attaquèrent les colonies hollandaises et notamment le Cap. Une flotte, commandée par l'amiral sir George Keith Elphinstone, transportant un corps de troupes sous les ordres du major général James Henry Craig, jeta l'ancre dans Simon's bay le 11 juin 1796. Les Anglais se présentèrent non en ennemis, mais en alliés. Le i4 juin, plusieurs oflioiers vinrent au château du Cap et Tun d'eux remit au Commissaire général Sluysken * une lettre que Guillaume d'Orange avait écrite le 7 févAer 1795 de KevN^, où il avait trouvé asile, après son expulsion de Hollande. Elle enjoignait aux fonctionnaires du Cap de bien accueillir navires et soldats anglais et de les considérer comme envoyés par une puissance amie pour protéger la colonie contre les Français.
Depuis plusieurs mois, aucune nouvelle d'Europe n'était parvenue au Cap. Les officiers anglais cherchèrent à tromper Sluysken et ses subordonnés ; leur tactique consista à leur persuader que les troupes françaises occupaient la Hollande de force, alors qu'en réalité elles
et l'obligea par cette manœuvre de s'éloigner, sans avoir osé rien entreprendre et sans autre avantage que les prises de 4 ou 5 vaisseaux de la Compagnie, que le conseil du Gap avait envoyé mal à propos dans la baie de Saldagne. » La Lustière, ibid., vol. 83 6w,
pièce 20.
I. Contrairement à la grande majorité de ses prédécesseurs, Sluysken portait le titre de commissaire général et non celui de gouverneur.
avaient été, comme on lésait, accueillies d'enthousiasme par le parti révolutionnaire. Bien loin de faire les importants, ils rapetissèrent à dessein leur personnage, se donnèrent pour des protecteurs bénévoles, venus avec le mandat de conserver la colonie à son maître légitime,le stathouder de Hollande, jusqu'à sa restauration. Leur présence au Cap n'entraînerait ni changement des coutumes locales, ni taxes nouvelles. Tel fut en particulier le thème développé par le général Craig dans l'audience que le Conseil de gouvernement de la colonie * lui donna le igjuin^. Mais Sluysken, qui avait demandé des journaux sans réussir à en obtenir, resta défiant. Il affecta de considérer les navires anglais comme faisant escale, autorisa l'amiral à se pourvoir de vivres, mais lui interdit de débarquer des troupes.
Son incertitude se dissipa le 28 juin. Deux petits navires américains, dont l'un venait directement d'Amsterdam, entrèrent dans Simon's bay. L'amiral anglais \ saisit leurs sacs de dépêches, confisqua les journaux, expurgea la correspondance privée. Malgré ces précautions, un journal ayant échappé à sa censure, la situation politique de la Hollande apparut au Commissaire général sous un aspect tout différent de celui que les officiers anglais s'étaient plu à décrire : le stathoudérat avait été aboli par la volonté nationale, les Français traitaient le pays en république indépendante et étaient accueillis par les habitants, comme des amis, bien loin d'être supportés comme des oppresseurs.
Devant cette évidence des faits, Sluysken et le Con-
I. Ce conseil se composait du commissaire général Sluysken, do son second Isaac Rhenius, du colonel Gordon et de trois autres fonctionnaires.
a. G. Mac Gall Theal, Hisiory of South Africa under the administration of the dutch East India Company, II, p. 291-94^
seil de gouvernement décidèrent de défendre la colonie contre les Anglais.
Les forces militaires, dont la Compagnie néerlandaise des Indes orientales disposait au Cap, se composaient de deux éléments : les soldats mercenaires et les colons. En 1795, les mercenaires comprenaient : un bataillon d'infanterie, 571 hommes; un corps d'artilleurs, 43o hommes ; les dépôts de deux régiments, 57 hommes ; soit au total, I o58 hommes de troupes réglées ; il existait en outre un corps indigène de 210 hommes*.
Les colons constituaient le second élément de défense. Il en était ainsi depuis l'origine de la colonie. Dès le i^'' mai iGSg, il avait été décidé « pour assurer la paix et la sécurité de l'établissement contre toutes les attaques des Hottentots et des pillards» de les organiser militairement « en une compagnie de tirailleurs... avec un sergent, deux caporaux et un tambour ». Ils devaient se munir d'armes à feu à leurs frais ^ A mesure que les colons, dont le nombre n'avait cessé de croître pendant» le XVII® et le x\uf siècle, avaient peuplé le pays à l'Est du district du Cap, de nouvelles compagnies avaient été constituées dans ceux de Stellenbosch, de Swellendam et de Graafl' Reinet.
Mais les Anglais ne trouvèrent pas en face d'eux la totalité des colons en armes. Au moment même de leur arrivée, un conflit venait de s'élever entre les colons des districts orientaux, Graaff Reinet et Swellendam et le gouvernement du Cap.
Les colons du Graaff Reinet lui reprochaient son indifférence à leurs malheurs. A l'Est de la frontière orientale, la Groot Visch rivier, ou pour employer la