‹ L'expansion des Boers au XIXe siècleChapitre 107 sur 241 · I. — Les colons angla.is de 1828 a i · texte numérisé non relu

I. — Les colons angla.is de 1828 a i

En 1823, deux Anglais, James Saunders King, ancien midshipman dans la marine britannique et Francis George Farewell, lieutenant en congé, avaient, pour le compte de négociants du Cap, fait sur un petit brick, le Salisbury, un voyage d'exploration commerciale le long de la côte Sud-Est de l'Afrique*. Le territoire formant le pourtour de la baie de Natal leur parut, à première vue, si fertile, qu'ils projetèrent immédiatement d'y établir une colonie.

King partit pour l'Angleterre avec l'espoir d'obtenir du secrétaire d'État, comte Bathurst, le concours officiel du gouvernement anglais. Farew^ell, resté au Cap, y décrivit le Natal en termes si engageants, que l'année , suivante en 1824, il y entraînait un groupe de vingt-cinq

I . King, Soïne accoant of M. Farewell's seulement at Port Natal

, end of a visit to Chaka, king of the Zoolas, appendice V à George

Thompson, Travels and adventures in Southern Africa, II, p. 406-7.

colons, qui arrivèrent en deux bandes, dirigées, l'une par Farewell lui-même, l'autre par un certain Henry Francis Fynn, fils d'un hôtelier de Capetown ^

D'autres colons arrivèrent les années suivantes, King et Nathaniel Isaacs, par exemple, en 1825, James Collis en i83o^; il y eut, depuis 1824 jusqu'à l'arrivée des Boers, un courant constant d'émigration individuelle de la colonie du Cap vers le Natal.

Les premiers colons s'aperçurent bientôt que la protection ou du moins la neutralité bienveillante du puissant chef des Zoulous, Chaka, leur était indispensable. En conséquence, peu après leur débarquement, en juillet 1824, Farewell et Fynn lui rendirent visite à sa résidence, à Umboulalio probablement^.

Or, il se trouvait que la curiosité de Chaka avait été très excitée à l'égard des Européens, par les récits fantastiques que s'était complu à lui faire un certain John Jacob, nègre de la colonie du Cap, jadis interprète du capitaine Ov\ren sur le Leven, et naguère de Farev\rell sur le Salisbury. Il avait même sauvé la vie à ce dernier, lors d'un débarquement malencontreux à la baie de Sainte-Lucie, mais un jour, ayant été maltraité par l'un des compagnons de Farewell, il s'était enfui ; son dessein ou le

I. Mac GallTheal, Hist. of S. Africa (i834-i854), p. 118. — King, Some account, etc., se trompe en plaçant en 1826 ce second voyage de Farewell au Natal. Fynn partît de Capotown sur la Jalia en avril 1824 et Farewell sur VAntelope en mai 1824.

3. Mémoire de J. CoUis au gouverneur du Cap, sir G. Lowry Gole, relatif au Natal et daté du 7 janvier ï83i, dans Papêrs relative to the condition... of native inhabitants of Southern Africa, II, P- 59.

3. L'indication de Farewell est vague ; il dit au capitaine Owen, en septembre i825, qu'il était allé rendre visite à Chaka à sarési» dence à soixante-cinq milles dans l'intérieur. Owen, Narrative, II, p. aai.

hasard l'ayant conduit chez les Zoulous, il avait conquis graduellement la faveur de Chaka*.

A l'arrivée de son ancien patron à Umboulalio, Jacob mit son crédit à son service. Ghaka accueillit favorablement Farewell et Fynn, leur offrit du bétail et consentit à apposer sa marque sur un document par lequel il concédait à « F. G. Farewell et compagnie la pleine et entière possession à perpétuité pour eux-mêmes, leurs héritiers et ayants droit, du port de Natal, inclus les îles et les pays environnants » s'étendant sur environ loo milles (i6o kilomètres) de profondeur et le long de la côte sur 25 milles (4o kilomètres) au Nord-Est, et lo milles (i6 kilomètres) au Sud-Ouest de la baie*. Gette concession de territoire, qui est datée du 7 août 1824, peut être regardée comme l'origine de la colonisation britannique au Natal. Farewell la considéra effectivement comme accordée, non à lui-même personnellement, mais à l'Angleterre. Le 27 août 1824, il accomplit correctement les rites, selon lesquels les marins avaient jadis coutume de prendre possession des territoires vacants : il hissa V Union Jack à la baie de Natal, tira des coups de fusil et proclama britannique le territoire à lui concédé.

Ce ne fut pas la seule libéralité de Ghaka. A une date ultérieure, que nous n'avons pas réussi à fixer, Fynn

I. L'histoire des aventures de Jacob est racontée par Isaacs, qui 1*8 beaucoup connu. II, p. a5i et suiv.

a. Mac Gall Theal, ouvr. cité, p. 119, cite une partie du texte de la concession rédigé évidemment par Farewell et Fynn. Il ajoute que cette concession fut donnée par Ghaka en reconnaissance du service que lui aurait rendu Fynn de lui panser une blessure; j'ignore où il a pris ce détail. — « Ghaka, roi des Zoolahs, avait garanti à Farewell environ 35 milles de côte inclus Port Natal et 100 milles de pays à rintérieur, en paiement de marchandises. Il avait assuré les blancs de sa protection. » King, dans Thompson, Travels, II, p. 407^

reçut aussi une concession qui s'étendit sur une centaine de kilomètres de côte, depuis le domaine de Farewell au Nord-Est, jusqu'à la rivière Umzimkulu au Sud- Ouest^ (carte 6).

Enfin, le 17 septembre 1828, Chaka, pour reconnaître les présents de « son ami d, Nathaniel Isaacs, les services qu'il lui avait rendus en soumettant la tribu des Umbatios, et en assistant les Zoulous envoyés au Cap pour conclure une alliance avec l'Angleterre, lui concédait un territoire s'étendant de l'Umlas à l'Umslati sur cent milles dans l'intérieur, avec la baie de Natal, les îles de la baie, les forêts et rivières comprises dans ces limites ; il lui accordait de plus le droit exclusif de trafiquer avec les Zoulous, avec leurs tributaires et de séjourner avec une force armée dans le pays*.

I. Mac Gall Theal, Hist. oj S. Africa (i834-i85A), p. 121. a. Voici le texte exact de là concession :

At Ghakas principal Résidence.

Toogooso near the river Mofatee.

171I» september i8a8.

I Ghaka, King and Protector of the Zooloos do hereby create in the présence of my principal chiefs and strangers assembled my friend. M' Nathaniel Isaacs, « Indunah incoolah » or principal Ghief of Natal, and do grant and make over to him bis heirs and executors a free and full possession of my territory from the « Umlas » or Stinkin [stinking?] river, westward of Natal to the « Umslutee » or Rapid river, eastward of Natal with one hundred miles inland from the sea coast including the Bay of Natal the Islands in the Bay, the forests and rivers, between the boundaries hère enumerated. I also make over to him the people he has now in his service, together with Matabans tribe. I also grant him a free and exclusive right of traffic with my nation and ail those tributary to the Zoolos and to live with his force in my Dominions.

So does the powerful King Ghaka of the Zoolos recompense Mr. Nathaniel Isaacs for the services rendered to him to subdue (( Batia en Goma », for présents received from him and for the

La signature de cette concession fut accompagnée d'un détail grotesque qu'lsaacs raconte en ces termes : l'interprète Jacob ayant fait, en guise de signature, une croix plus grande que celle de Chaka, celui-ci dit avec sévérité : « Comment le nom d'un homme du commun pourrait- il être plus grand que celui d'un roi ? » ; alors il fit des croix tout autour du document et dit : «Voilà, on verra que c'est le nom d'un roi, parce que c'est grand. Le roi George verra aussi, que c'est le nom de Chaka *. »

Le territoire que Chaka avait ainsi concédé en 1824 à Farewell, puis en 1828 à Isaacs (car il est assez Curieux qu'il ait deux fois concédé le même territoire) s'étendait à l'Ouest de la région que nous avons dénommée « pays des Zoulous^ )>. 11 le dominait virtuellement, y déchaînait ses guerriers, quand bon lui semblait, mais ne l'occupait pas d'une façon permanente.

Ces concessions d'ailleurs restèrent en droit lettre morte. Quand, en i843, le commissaire britannique Henry Cloete, entreprit d'établir un régime foncier au Natal, des trois aventuriers, Farewell, Fynn et Isaacs,

great attention to my people in his mission sent with him and Gap^" King to conclude an alliance with his Britannic Majesty.

AU this and my former gifts I do conBrm and wishing peace and friendship, I sign myself :

Chaka his f mark Ësenzengercona. John f Jacob interpréter. Witnesses to the scrawl being made by Chaka as his signature : H. F. Fynn, John Hutton. — Nathaniel Isaacs, Africa; soiilh eastern coast, i8a8. Carie, fol. i r^. Service hydrographique de la marine. Archives. Portefeuille 212, division 5, pièce 3. — Dans ses Travelst I, p. 3ii, Isaacs donne une analyse de la concession, mais non le texte même, c'est pour ce motii que nous Tavons reproduit in extenso.

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