‹ L'expansion des Boers au XIXe siècleChapitre 122 sur 241 · Gardiner, Narrative, p. 4o · texte numérisé non relu

Gardiner, Narrative, p. 4o

Pétition des chefs de famille (householders) de la ville de

D'Urban, Port-Natal^.

Plaise à Votre Excellence :

Nous soussignés sujets britanniques, habitants de Port- Natal et des environs, avons commencé à construire une ville appelée D'Urban, en Thonneur de Votre Excellence.

Nous possédons d'excellentes terres, dont une partie considérable est depuis longtemps cultivée ; beaucoup d'entre nous font avec succès le commerce de l'ivoire et des peaux recueillies presque exclusivement dans un territoire que les chefs environnants nous ont concédé.

Par suite des guerres d'extermination de Gharka, feu le roi des Zoulouset d'autres causes, toute la contrée comprise entre l'Umzimkulu et la Tugela a cessé d'être occupée par ses anciens possesseurs ; à l'exception de quelques lieux elle est totalement inhabitée.

Peu à peu des indigènes sont venus chercher protection sur nos terres ; leur nombre actuellement n'est pas inférieur à trois mille ; ils nous reconnaissent pour leurs chefs et attendent notre protection. Nonobstant toutes ces considérations, nous vivons dans le voisinage de puissants états indigènes, sans l'ombre de loi ou d'une autorité reconnue.

En conséquence, nous prions humblement Votre Excellence, pour raison d'humanité, pour soutenir le prestige britannique aux yeux des indigènes, pour la prospérité de la communauté naissante, pour cause de moralité et de religion, de transmettre cette pétition au gouvernement de Sa Majesté.

Nous demandons qu'il plaise à S. M. de reconnaître comme une colonie britannique le pays situé entre TUmzimvubu et la Tugela, et que nous avons appelé Victoria, en l'honneur de notre auguste princesse, de nommer un gouverneur et un conseil autorisés à promulguer tels lois et décrets qui leur paraîtront nécessaires, d'accord avec un

!• Gardioer, Narrative, p. 4o3.

corps de représentants choisi par nous et qui constituera une chambre. Ainsi requièrent vos pétitionnaires fidèlement dévoués.

Cette pétition, dont le texte, à n'en pas douter, a été rédigé par Gardiner lui-même, est claire, habile et ferme. Sans ambages, les colons disent quels ils sont : agriculteurs et traitants, et ce qu'ils requièrent : constituer une nouvelle colonie britannique. Ils mettent en relief les avantages pour l'humanité, pour la Grande- Bretagne et, toute fausse modestie écartée, pour euxmêmes, qui résulteront de la fondation projetée. Ils ne manquent pas, en ce temps de philanthropie, de faire remarquer que les indigènes sont venus spontanément, et sans contrainte se placer sous leur protection. Les choix de leur toponymie sont heureux ; ils mettent, par une flatterie, le gouverneur du Cap, sir Benjamin d'Urban, dans leurs intérêts, et se placent, par delà les mers, sous la protection de la princesse Victoria*, héritière présomptive de la couronne britannique. Mais ayant vécu jusqu'à présent en hommes libres, ils entendent ne pas déchoir au rang de simples administrés, et n'ignorant pas avec quelle autorité arbitraire, messieurs les gouverneurs du Cap traitent les Anglais et les Hollandais, ils posent leurs conditions, et du premier coup exigent ce que ceux-ci réclament vainement, le régime représentatif, une Chambre des députés, a body of représentatives chosen by ourselves to constitute a house of assembly ,

Gardiner partit de Natal, le 20 juillet i835, pour porter cette pétition à sir Benjamin d'Urban et lui

I. C'est, croyons-nous, la première fois qu'apparaît dans la nomenclature géographique ce nom de Victoria qui depuis a été donné à tant de fleuves, de lacs, de chutes d'eau, de villes, de provinces.

demander de nommer un fonctionnaire qui, provisoirement, administrerait la colonie en formation ^ Après un voyage difficile et long, car, après s'être avancé jusqu'à la rivière Bashee, il fut contraint de revenir à la baie de Natal, puis de se remettre en route, il réussit à gagner la colonie. Le 3 décembre i835, il rencontra le gouverneur à Port-Elisabetb, et lui exposa oralement les avantages matériels et moraux de l'occupation officielle de « la colonie de Victoria » .

Les indigènes seraient introduits dans la communauté chrétienne et tirés de leur état actuel de dégradation, le commerce de l'ivoire serait^ détourné des factoreries portugaises de Lourenço Marquez au profit des maisons anglaises de la baie de Natal. En agissant de concert avec les Pondos, dont on avait déjà éprouvé les bonnes dispositions, on prendrait les Cafres à revers et on empêcherait toute invasion semblable à celle de décembre i834. Si l'Angleterre n'occupe pas le Natal, une autre puissance, les Etats-Unis, par exemple, pourrait bien l'y devancer *. Cette occupation n'entraînera pas une grande dépense. Beaucoup d'indigènes y possèdent déjà des fusils, pour chasser Téléphant; qu'on les organise en troupes régulières, qu'on les gratifie d'un vêtçment et d'une vache, qu'on les encadre de quelques sous-officiers et soldats européens, et en trois mois on aura une force capable de lutter contre toute l'armée zouloue. Mais Gardiner espère surtout, il le répète, que prise en considération, la pétition qu'il

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