I. Gloete, p. 89-91. — Delegorgue. II, p
lement réussirent à s'échapper, treize furent tués, parmi lesquels John Cane, le plus ancien colon du Natal (17 avril 1 838) ^
Après cette victoire, les Zoulous marchèrent sur la baie. Les quelques colons qui s'y trouvaient encore, le missionnaire américain Lindley et son collègue anglais Owen*, avec sa famille, se réfugièrent dans les îles et sur un navire, alors fortuitement en rade. Les noirs se cachèrent dans la brousse. Les Zoulous restèrent neuf jours à la baie de Natal : ils y détruisirent absolument tout ce que les Européens y avaient laissé, pourchassèrent et massacrèrent les noirs, et même selon Delegorgue se livrèrent sur les femmes à d'horribles cruautés ^
Pendant l'hiver austral de i838, la situation des Boers fut donc extrêmement précaire. Les chefs de l'émigration disparaissaient successivement, Pieter Retief €t Pieter Uys avaient été tués, Gerrit Maritz gravement
1. Delegorgue, II, p. 128. — Mac Gall Theal, Hist. of S. Afr, (1 834-1 854), p. i44, distingue bien les deux expéditions des Anglais du début et du milieu d'avril i838 que Delegorgue confond en une «eule.
2. Après le massacre de Pieter Retief, Dingan avait fait savoir à Owen qu'il n'avait rien à redouter pour lui; toutefois quelques jours après, tous les Européens présents à Umgungundhlovu, c'està-dire Owen, sa femme et sa fille, William Wood, interprète, M mes Jane William et Hulley, avec trois enfants, jugèrent prudent de se retirer. Mac Call Theal, ouvr. cité, p. iSS-Sg.
3. a Les hommes furent simplement tués à coups de sagayes, les femmes furent réservées pour un cruel amusement: habillées d'herbes sèches, les bras fixés sur le dos, elles furent enfermées •dans un kraal où les spectateurs placés au dehors lançaient sur elles des charbons enflammés. Les contorsions efirayantes qu'elles faisaient «ous les flammes, leur course désespérée et en délire, que les Zoulous nommaient une danse, tout fut pour ceux-ci une récréation digne d'eux. » Delegorgue, II, p. 129.
malade mourut au commencement d'octobre, Hendrik Potgieter, hostile à l'occupation du Natal, avait repassé les Drakensbergen.
Depuis le commencement de l'.année i838, les Boers avaient perdu près de trois cents des leurs. Des survivants, beaucoup avaient la fièvre ou des blessures ; pas de médecins ni de remèdes ; le bétail avait en grande,, partie été emmené par les Zoulous : Dingan triomphait, il pouvait renouveler à son gré ses attaques. Le i3août i838, il tenta, en effet, de forcer le « laager » de la Bushman's river.
Mais les Boers, qui étaient commandés par Joachim Prînslo et Jacobus Potgieter, surent très habilement déjouer la manœuvre des Zoulous. Ceux-ci avaient l'habitude de ne pas donner l'assaut à une place avant de l'avoir entièrement entourée. Pour former le cercle,, deux minces colonnes de guerriers se détachaient du corps principal et de la réserve, qui restaient au repos, jusqu'au moment où par la rencontre de ces deux avantgardes, l'anneau était soudé. Or les Boers, par un feu incessant, arrêtèrent ces deux colonnes, évitèrent d'être entourés et par conséquent de subir l'assaut. Les Zoulous réitérèrent vainement leur tentative le lendemairk et finirent par se retirer*.
Cependant, dans leur détresse, les Boers reçurent du Cap quelques secours. Ils furent rejoints par de petites
I . Elisabeth Anna Steenekamp, nièce de Pieter Relief, qui était dans le « laager », a composé sur la défense du i3 août i838 un récit publié dans la revue hollandaise Elpis (1860). Voigt en a donné une analyse : Fifiy years ofihe history of the Jiepublic in South. Africa, II, p. 74-75.
bandes d'émigrants, dont la plus nombreuse, conduite par Carel Pieter Landman, était composée de trente neuf familles originaires du district d'Oliphant's Hoek.
En novembre i838, apparaît pour la première foisun personnage, qui désormais et jusqu'à la fondation de la République Sud-africaine jouera un rôle prépondérant dans l'histoire des Boers : Andries Pretorius.
Il descendait d'une famille établie depuis cent cinquante ans dans l'Afrique australe. Un Jan Pretorius,. fils d'un ministre protestant de Goeree, en Hollande, ancien étudiant à l'Université de Leyde, ancien secrétaire du Conseil de gouvernement de l'île Maurice, premier secrétaire de la Chambre des orphelins du Cap, lors de la création de cette institution, fut le fondateur de la famille. Un de ses fils, Wessel Pretorius, s'établit à Stelienbosch, où il occupa la fonction d'heemraad en 1702 et en 1709 *. Ses petits-fils et arrière petits-fils comptèrent parmi les pionniers, qui, au cours du xvin® siècle, peuplèrent progressivement les districts orientaux du Cap. Né en 1798 près deGraafTReinet, Andries Pretorius était au moment où il arriva au Natal en pleine force physique. Il avait pris part aux guerres cafres de la frontière orientale de la colonie et s'était élevé au rang de field cornet. Delegorgue l'accuse d'une vanité excessive et ridicule ; il égalait, dit-il, sa valeur militaire à celle de Napoléon ^. Il était aussi profondément
I. Leibbrandt, Précis of the Archives of ihe Cape of Good Hope. Journal 1699-1782, p. 58, 209.
a. « Suivant lui sa place comme conquérant se trouvait marquée auprès de ces célébrités [les généraux de Napoléon] ou plutôt, -je me trompe, à côté de Napoléon, dont il se plaisait à parler comme de son plus jeune frère. Le pauvre homme! » Delegorgue, I, p. 217. Un peu plus loin, Delegorgue le malmène fort, il l'appelle « ignorant et poltron, très heureux en guerre ».
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ignorant que ses compagnons, et ne savait même pas •écrire * ; une certaine connaissance de la Bible composait toute sa science ^
Andries Pretorius avait fait un voyage au Natal peu •de temps avant le massacre de Pieter Relief, et avait dès lors projeté de s'y établir. Il y arriva en novembre i838 -avec ses deux frères Bart et Louis Pretorius, et dans «ne assemblée des émigrants, tenue à la fin du mois, il fut nommé commandant généraP.
Pretorius se prépara aussitôt à attaquer Dingan. Il mobilisa une petite armée de quatre cents à six cents hommes montés*, emmena des chariots pour former le « laager » et trois pièces de canon ; c'était la première fois que les Boers se servaient d'artillerie^.. Un colon anglais du Natal, Alexandre Biggar, dont les deux fils -avaient été massacrés par les Zpulous, participa aussi à la campagne. Le 3 décembre i838, l'expédition se mit ■en mouvement. Pretorius se proposait d'attaquer Um-