Voy. ci-dessous, chapitre v
ses éternels ennemis du Nord, les Souazls et leur chef Sapousa, infligèrent à Tune de ses armées*. Pour essayer de rompre l'alliance qui venait d'être conclue contre lui, il envoya un délégué qui mit en garde les Boers contre Panda, et dit dans leur conseil : « Ce n'est pas un homme, il a tourné son visage : c'est une femme, il n'a rien pu pour Dingan son maître, il ne pourra rien pour vous. N'y comptez donc pas, car son visage il peut le retourner encore*. » Plus tard, en i843, les Boers devaient reconnaître la justesse de cet avertissement, mais pour l'instant ils le dédaignèrent et restèrent fidèles au pacte conclu.
La campagne simultanée des Boers et des Zoulous dissidents commença dans la première quinzaine de janvier i84o. Delegorgue ayant par curiosité suivi le commando, elle nous est assez bien connue. Les Boers l'entreprenaient dans l'intérêt commun de détruire le pouvoir de Dingan, mais de plus, chacun espérait en son particulier en bénéficier personnellement et ramener quelques têtes de bétail et quelques jeunes noirs, qu'on désignait sous le nom « d'apprentis », mais qui étaient en réalité des esclaves '.
La ïugela fut franchie le i8 janvier i84o. A cette date le commando comptait, d'après Delegorgue,
I. Le fait n'est connu que par une allusion de Henry Cloete, Five lectures on the émigration of the Dutch f armer from the cape, of goodHope, p. 97. — Delegorgue cite également le nom de ce chef : une légende placée -sur sa carte au Nord de l'Om Pongola est ainsi libellée : « Ama Souazis gouvernés par Massousse précédemment par Sapoussa. »
a. Delegorgue, Voyage dans l'Afrique australe, I, p. 198.
3. « Ceux-ci [les apprentis] étaient destinés au service du ménage ; mais, comme s'ils avaient eu honte d'avouer leur faible, les paysans [les Boers], qui s'en disputaient la possession et les tro-
3o8 combattants, mais comme il fut grossi ensuite de compagnons venus du plateau de l'Orange, son efFectif s'éleva finalement à 4oo ou 45o combattants*. Dans la mesure où les Boers pouvaient se soumettre à l'autorité d'un chef, ils reconnaissaient Andries Pretorius comme tel (carte 7).
Les Boers et les Zoulous dissidents marchèrent, non pas ensemble, mais en deux colonnes distinctes. Les partisans de Panda avaient adopté pour se distinguer de ceux de Dingan deux lanières blanches en peau, qui leur tombaient du cou sur le dos et sur la poitrine ; ils étaient commandés par Nonglass, Panda ayant été retenu au milieu des Boers en manière d'otage. Cette campagne de janvier-février i84o ne ressembla pas à celle de décembre i838 : les Boers n'eurent pas à donner de leur personne, mais les Zoulous se battirent entre eux à leur profit. Le 3o janvier i84o, les deux troupes zouloues se rencontrèrent en un lieu inexactement connu, à l'Est de la Bufialo rivier, et quoique l'armée de Nonglass ait été très éprouvée, elle resta maîtresse du champ de bataille '.
quaient entre eux contre des chevaux ou des bœufs, répétaient sans cesse : a Pour moi, je n'en voudrais pas, mais que dirait ma femme, si je ne lui en ramenais pas ? Il est si difficile à Natal de trouver des serviteurs I » Delegorgue, I, p. 210.
1. Le i4 février i84o, 436 hommes assistèrent à la proclamation de Pretorius, prenant possession du Natal. Delegorgue, p. 244. — A la fin de la campagne, les Boers d'au delà des Drakensbergen reçurent i4ooo têtes de bétail sur les 36 000 que Panda donna à l'ensemble de ceux qui l'avaient aidé à renverser Dingan, ce qui prouve que oes Boers d'outre-monts jouèrent un certain rôle dans la campagne.^ Gloete, p. iqo-ioi.
2. Delegorgue, 1, p. 222 à 23i et 234- — Qoete, p. 100. — Aucun Européen n'assista à la rencontre, dont, en conséquence, les détails sont inconnus.
Les Boers furent informés en même temps de la défaite et de la fuite de Dingan vers le Nord. Ils se mirent à sa poursuite et atteignirent le 8 février la Pongola, qu'il avait franchie cinq jours auparavant, accompagné seulement d'un nombre infime de partisans ^ Sa puissance était donc brisée, et les Boers revinrent à leur camp, établi à une petite distance de la ville actuelle de Vrijheid, entre l'Umvolosi blanche et l'Umvolosi noire. Dingan fut probablement assassiné dans le Souaziland, mais les circonstances de sa mort sont restées inconnues ^ '
La victoire eut deux conséquences immédiates. Le 10 février i84o. Panda fut solennellement proclamé par Pretorius devant les Boers et les indunas zoulous, chef des Zoulous et allié des Boers. Ses ennemis seraient les ennemis des Boers, toutefois lui-même ne pourrait déclarer la guerre à une tribu sans le consentement des Boers. Le régime que Pretorius voulait lui imposer était donc plus en réalité un protectorat qu'une alliance \ Puis Pretorius, prenant texte de la fin lamentable de Dingan, fit un véritable sermon sur l'horreur qu'il y avait a massacrer des femmes et des enfants*.
Le i4 février i84o, il proclama qu'en considération, d'une part des énormes dépenses faites par 1' <( Association Sud-africaine » et provoquées par l'hostilité de Dingan, d'autre part de l'impossibilité de récupérer cette