Récit du Boer J. H. Visser à Voigt, II, p. i
somme, il s'emparait du pays situé entre la Tugela et l'Umvolosi noire, et que la frontière du pays boer serait limitée par l'Umvolosi noire, l'Umzimvubu et les Drakensbergen* (carte 7).
La superficie du pays revendiqué par Pretorius dans sa proclamation du i4 février i84o débordait sensible-
I. Voici le texte de cetle proclamation : a Attendu que le Volksraad de l'Association Sud-africaine, par suite des hostilités non motivées auxque^lles le roi zoulou Dingan, ou la nation zouloue s'est livrée contre ladite Association, a été contraint à des dépenses s'élevant k 122 000 Ryksdaalders pour le service des chevaux et des chariots outre les autres frais de ce commando et des deux précédents ; attendu que le roi zoulou ayant selon toutes les apparences traversé la Pongola, et ses gens se cachant tous, il n'y a personne à qui je puisse m 'adresser pour être payé de ces dépenses et des précédentes ; en conséquence, je proclame, au nom dudit Volksraad de l'Association Sud-africaine, que je prends possession de tout le pays situé entre la Tugela et rUmvolosi Umjama ou rivière noire, en manière de compensation des susdits 122000 Ryksdaalders, que dorénavant notre frontière courra depuis la mer, le long de l'Umvolosi noire jusqu'au point où elle sort de la Double montagne, puis alors le long du Randberg dans une direction pareille à celle du Drakensberg ; la baie de Sainte-Lucie sera comprise dans nos territoires, ainsi que toutes les côtes et ports qui ont été découverts ou le seront entre les embouchures de l'Umzimvubu et de l'Umvolosi noire. Ces pays et rivages formeront une possession de l'Association distincts de ceux que feu M' Relief reçut de la nation zouloue. Dieu protège le Volksraad. Donné sous ma signature en mon camp de l'Umvolosi Umjama ou rivière noire, le i4® jour de février de l'an du Seigneur i84o. Signé A. W. Pretorius commandant. H. J. Lombaard, Jac. Potgieter, Andr. Spies, Marthinus Scheepers, commandants. » Zietsman, Diary of the campaign in Zululand. Cité par Voigt, Fifty years of the Republic in Soutk AJrica, II, p. i55-56. — On aura remarqué l'usage du mot « ryksdaalder». Le risdal ou reichsthaler était la monnaie employée en Hollande, puis au Cap au xviii^ siècle. La somme que Pretorius prétendait être due aux Boers représentait 225 700 francs, le ryksdaalder du Cap valant, i fr. 85. Voigt, II, p. i55, note 2.
LA LUTTE CONTRE LES ZOULOUS 2o£
ment sur celle que la colonie anglaise du Natal couvre actuellement. Au Nord-Est elle comprenait la région située entre la Tugela et l'Umvolosi, soit une partie du Zululand, et au Sud-Ouest la région située entre l'Umtamvuna et rUmzimvubu, soit une partie du Pondoland.
La lutte entre les Boers et les Zoulous avait commencé le jour du massacre de Relief, le 5 ou le 6 février i838; elle se terminait le i4 février i84o, par cette proclamation de Pretorius, elle a donc duré deux ans. Elle a été cruelle et sanglante. Les pertes des Zoulous ont numériquement de beaucoup dépassé celles des Boers, mais la mort d'un Boer causait à l'ensemble de la communauté, vu son faible nombre, un dommage bien plus considérable que celle d'un Zoulou à Dingan.
Les Zoulous avaient fait la guerre en sauvages qu'ils étaient, et sans souci du moindre principe du droit des gens, la commençant par un guet-apens, la continuant par la surprise, et complétant leur victoire par le massacre des enfants et des fem'mes. Les Boers sans doute n'accomplirent pas d'actes aussi barbares. Cependant le i6 décembre i838, ils fusillèrent froidement l'un après l'autre «les Zoulous hors de combat, cachés dans les roseaux de la Bloed rivier. En janvier i84o, ils retinrent prisonniers deux parlementaires envoyés par Dingan, dont l'un était Tambouza, son conseiller intime ; ils les traduisirent devant un conseil de guerre, qui fit état de la déposition à charge de Panda, témoin si suspect qu'il n'aurait môme pas dû être entendu. Que Tambouza ait été Tun des instigateurs du massacre de Retief et de l'attaque du 17 février i838, contre les « laagers » de la Bushman's rivier, c'est très probable. Dans les circonstances présentes, ils n'en étaient pas moins, lui et son compagnon, des messagers et non
<ies prisonniers de guerre ; leur condamnation et leur exécution le 3i janvier i84o furent des actes commis -contre toute équité \
Pendant ces deux années de guerre, les Boers firent preuve d'une remarquable endurance. En descendant les pentes des Drakensbergen, ils comptaient sans doute sur une vie facile dans ce pays du Natal, qui s'étalait à leurs pieds : ils y trouvèrent l'anxiété de toutes les minutes, le deuil, la faim, la maladie, et cependant ils refusèrent ^nergiquement de revenir au Cap.
Un officier anglais, le major Charters, qui, au début de iSSg, eut l'occasion de traverser plusieurs de leurs •campements, fut frappé tout ensemble de la misère qui y régnait et du courage de ceux qui les habitaient. La traduction de son rapport mérite d'être citée :
« Quoiqu'à cette époque, dit-il, il n'y eût pas de maladie parmi eux, cependant leur aspect n'indiquait pas une bonne santé. Les enfants surtout paraissaient faibles et souffrants, ce qui peut être attribué au manque •de pain et de nourriture végétale ; car à l'exception de quelques citrouilles, ils n'avaient pour aliments que de la viande de boucherie. Ils s'étaient bâti des huttes dans leurs camps. L'aspect de quelques-unes d'entre elles ^tait assez confortable, mais en général elles ne paraissaient annoncer que la pauvreté. Il était pénible de voir un si grand nombre de familles, qui peu de temps auparavant vivaient dans l'aisance, et même dans l'abondance au sein de la colonie, réduites maintenant à la misère. Cependant ces hommes, jadis si indolents, luttent contre toutes ces calamités avec un courage admirable, et à peu d'exceptions près, ils ne marquent aucune inclination pour retourner sur leurs pas. Ils re-