‹ L'expansion des Boers au XIXe siècleChapitre 152 sur 241 · I. Delegorgue, I, p · texte numérisé non relu

I. Delegorgue, I, p

• gardent qu'ils ont été traités avec injustice et dureté par le gouvernement colonial lorsqu'ils étaient sous sa juridiction, et tout ce qu'ils désirent de lui maintenant c'est qu'il les abandonne à leurs propres ressources et ne cherche pas encore une fois à leur nuire. »

Les femmes déployèrent dans cette lutte de deux ans^ un grand courage. Elles s'opposèrent énergicjuement à la proposition de repasser les Drakensbergen, un instant discutée après les désastres de février i838. « Toutes celles, dit encore Charters, qui autrefois vivaient dans .l'abondance et qui sont aujourd'hui dans un état de gêne, souffrant tous les désagréments qui accompagnent un genre de vie si incertain, toutes ces femmes, dis-je, dont une partie ont perdu leurs maris ou leurs frères, rejettent cependant avec mépris toute idée de retourner dans la colonie. Si quelques-uns des hommes viennent à faiblir et à perdre courage, ce sont elles qui les excitent de nouveau et qui réchauffent en eux l'esprit de résistance \ »

Deux traits frappèrent Delegorgue pendant qu'il vivait auprès des Boers : leur défaut de discipline et leur piété. Arrivant de Frjince, il était habitué à voir lessoldats manœuvrer sur les places d'exercice, en bon ordre, « alignés dans chaque rang et dans chaque file » . Les Boers, au contraire, allaient au combat en troupe confuse, comme des chasseurs qui vont prendre leurs

I. Major Charters, Notice sur le cap de Bonne-Espérance et l'Afrique méridionale depuis l'époque où le major général sir George Napier a été nommé gouverneur de cette colonie. United service Journal n»* de sept. -novembre 1889 et de janvier-février i84o. Nous n'avons pas réussi à nous procurer cette notice, mais elle a été traduite en partie par Daussy sous le titre : Notice sur l'émigration des fermiers hollandais du Gap de Bonne-Espérance et sur leur établissement auprès du Port-Natal. Bulletin Société Géographie- Paris, t. XIII, i84o, p. 88-9.

«mplacements pour une battue. Chacun marchait à sa guise et n'acceptait les ordres qu'autant qu'il lui convenait. (( C'était un spectacle singulier, dit Delegorgue, assistant le 3 février i84o au départ du commando lancé à la poursuite de Dingan, que présentaient ces hommes, partant dans le plus grand désordre, gravissant les collines pêle-mêle, portant disgracieusement le long fusil à l'épaule. De commandant à veld cornet, à ■caporal, à simple cavalier, pas de différence dans la tenue, point non plus dans l'exécution des ordres, que personne n'était tenté de donner parce que nul ne se souciait d'y obéir, le mode de punition n'existant pas *. »

De telles allures, si contraires à celles que les mili- Mires de profession jugent propres à assurer la victoire -des troupes en campagne, ont, à toutes les époques, surpris les Européens, mais quiconque connaît l'histoire des Boers se les explique aisément.

Au xviii® siècle, le commando était constitué par la réunion des colons d'un même district, qui s'assemblaient momentanément pour poursuivre des Boschimans, qui avaient capturé un troupeau. C'était une ■chasse contre un animal plus dangereux même que le fauve, puisqu'il avait pour se défendre la flèche empoisonnée, mais une chasse cependant. Les Boers marchaient donc, comme des chasseurs, non comme des soldats, c'est-à-dire à leur guise et non en colonnes. Le chef de l'expédition indiquait la direction générale à suivre, il n'avait sur ses camarades et ses égaux qu'une faible autorité ; il donnait des conseils, plutôt que des ordres.

Ces habitudes singulières sont nées des circonstances pendant le xviii'' siècle et le premier tiers du xix\ Mais

quand les Boers eurent quitté la colonie, ils les conservèrent et combattirent leurs nouveaux ennemis, Matabélés, Zoulous, Basoutos, Soiiazis, Anglais, de la même façon que leurs ancêtres combattaient les Boschimans,

La piété des Boers ou plutôt leur religiosité était pour le voltairien Delegorgue un autre sujet d'étonnement. Pendant la campagne de i84o, les jours de repos sont consacrés à lire la Bible et à chanter des hymnes*. Le repos dominical strictement observé ne fut rompu que le dimanche i6 décembre 1838, parce que Dingan, ce païen, vint offrir la bataille le jour du Seigneur.

La ville de Pietermaritzburg est un ex-voto. Pendant la campagne de décembre i838, Pretorius proposa aux Boers de s'engager par un voeu si Dieu leur donnait la victoire à construire une église et à consacrer un jour aux actions de grâce. Après la victoire, une église fut érigée et le village de Pietermaritzburg s'éleva autour. Chaque année, les Boers commémorent religieusement cette date du i6 décembre i838, et ce n'est pas fortuitement que les obsèques de Tex-président Krùger ont été célébrées à Pretoria le 16 décembre igoi-

Les lettres de Pieter Retief sont tout imprégnées de mysticisme. « Je ne doute pas que le Tout-Puissant, dans sa disposition des événements, ne fasse en sorte que nous venions à nous unir pour notre bonheur mutuel » , écrit-il le 23 octobre 1837 aux colons anglais du Natal ^ Sa lettre du 8 novembre 1837 à Dingan est un développement sur ce thème : « De la justice avec laquelle Dieu a gouverné et gouverne encore tous les rois de la terre ^ »

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