MocHECH, CHEF DES Basoutos
On sait que l'orographie de l'Afrique australe est caractérisée par les traits suivants : sur la côte une bande de plaine de largeur variable ; à l'intérieur un plateau sans limites vers le Nord ; entre cette plaine et ce plateau des montagnes. Or nulle part celles-ci n'atteignent des dimensions plus imposantes que dans le Basutoland, qui en est couvert sur 200 kilomètres de large et 4oo de long. Bien que l'exploration n'en soit point encore achevée, on y a déjà distingué deux chaî-
nés orientées sensiblement dans la même direction : les Drakensbergen ou Quathlambas au Sud et les Maloutis au Nord. L'altitude générale du pays ne s'abaisse guère au-dessous de i 800 mètres ; le Giant's Castle s'élève à 2943, le Champagne Castle à 3167, le Machacha à 335o, le Mont-aux-Sources à 3 4oo. Entre le Cap, le Natal et l'ancien État libre d'Orange, le Basutoland forme donc un large massif, d'abord malaisé (carte 5).
C'est à la faveur de ce substratum qu'un certain Mochech, chef de la petite tribu des Basoutos, constitua, pendant le second quart du xix® siècle, une puissance qui, vers i85o, intervint d'une manière décisive dans l'histoire des Boers et dont il convient par conséquent d'exposer brièvement la formation.
Vers 1824, Mochech occupait sur la rive gauche du haut Caledon un lieu nommé Boutaboute. Mais à cette époque, attaqué et pillé soit par les Mantatis *, soit par d'autres tribus ^, il prit le parti d'émigrer avec ses gens en un lieu plus sûr et alla s'établir à quelque distance au Sud-Ouest, à Thaba Bosiou ou Thaba Bosigo, montagne isolée à sommet tabulaire, qui s'élève sur la rive gauche du Caledon.
De forme elliptique, longue de trois kilomètres et
I. D'après Arbousset, les Basoutos soutinrent en 1828 et en i8a4 deux sièges contre les Mantatis. « Mochech et les Basoutos furent pillés, saccagés et complètement ruinés. » Cet explorateur vit encore en i836 les ruines de Boutaboute. Relation d'un voyage d* exploration au Nord-Est de la colonie du cap de Bonne-Espérance, entrepris dans les mois de mars, avril et mai i836, par MM, T. Arbousset et F. DaumaSy p. 99-100.
i. D'après Andrew Smith» dont le texte est d'ailleurs un peu obscur, Mochech semble avoir été contraint d'émigrer à cause des attaques successives de populations qu'il nomme Amahlobis, Amangouans et Balkokouas. Report ofthe expédition for exploring Central Africa, p. 8.
large d'un et demi, Thaba Bosigo se dresse à cent soixante mètres au-dessus de la surface du sol environnant ; ses parois sont abruptes et on ne peut accéder au sommet que par trois passages, dont le moins étroit n'a que de cinq à huit mètres de large ; des sources affleurent à la surface de ce plateau. C'est à la possession de cette forteresse naturelle que Mochech a dû sa fortune politique, ainsi qu'il se plaisait lui même à le dire '.
Jamais aucune tribu indigène n'a réussi à la prendre d'assaut. En i83i les Matabélés « le tentèrent, mais furent arrêtés par une avalanche irrésistible de pierres et de rochers, accompagnée d'une grêle de javelots " ». En iSSs, sir George Cathcart, gouverneur du Cap, prit avec empressement un détour diplomatique pour éviter d'avoir à l'attaquer '. Elle défia longtemps les Boers de l'État libre d'Orange.
Du haut de cette citadelle, les Basoutos fondaient sur les tribus voisines pour leur prendre leur bétail. C'était généralement les bords du Caledon, qu'ils allaient piller, mais en mars ou avril i83&, Mochech, informé du succès de l'invasion desCafres* dans la colonie
1. « Cette montagne eal ms mère, nous répétait souvent Mochech ; sans elle vous eussiez trouvé cette contrée entièrement déeerte. » Casalis, Les Bassoutos, p. Si.
a. Id,, p. 35. — Cssaiis ajoute quo, par raillerie, Mochech offrit aux Matabélés en retraite quelques bœufs comme provision de route. — Andrew Smith dit de même que les Basoutos se défendent en jetant sur le» envahisseurs dos pierres dont, par précaution, ils ont toujours des tas amoncelés : « Par ce simple mojen, ils ont pendant des années réussi k maintenir leur position et même i défier les guerriers bien entraînés de Mosélékalai et do Dingao. d Report, P- 9-