Sir Harry Smith, Autobiography^ II, p. aS
L'AGITATION NÈGROPHILE 77
ce chefune perte considérable. Les procédés de paiement l'aggravèrent encore. Les indemnités n'étaient payables qu'à Londres ; ne pouvant pas ou ne voulant pas s'y rendre, ils durent céder à moitié prix leurs créances à -des agents d'affaires. Le mécontentement se manifesta par un fait inattendu: sur les i 2/17000 livres sterling attribuées aux colons du Cap, il resta en fin de compte, au gouvernement, une somme de 6900 livres, certains d'entre eux ayant refusé, par protestation, de toucher un seul penny de l'argent qui leur revenait*.
C'est une opinion très généralement répandue et soutenue récemment encore que l'abolition de l'esclavage a été la cause principale de l'émigration des Boers '.
Cette manière de voir est erronée.
Les Boers n'étaient pas opposés à une abolition graduelle de l'esclavage, qui d'ailleurs avait beaucoup de partisans dans le Parlement et dans le gouvernement anglais. M. G. Mac Call Theal, qui a eu sous les yeux
I. Mac Call Theal, HistoryofS. Afr. (1795-1884)» p. 42a et suiv. — Il est assez remarquable que Gladstone considérait comme insuffisante l'indemnité de 20 millions de livres sterling votée par le Parlement aux possesseurs d'esclaves. Dans la séance de la Chambre des Communes, du a a mars i836, un député ayant qualifié d* « énorme » cette indemnité, Gladstone répliqua que la valeur des esclaves de tout l'Empire britannique ayant été au plus bas estimée 45 militons de livres sterling, on ne pouvait pas dire que ao millions de livres fussent une indemnité « énorme ». Il se moque de la crédulité des anti-esclavagistes qui acceptent sans contrôle tout le mal qu'on dit des colons. Hansard's Parliamentary debates, t. XXXII, p. 486.
a. Cette thèse a été soutenue dans une suite d'articles intitulés : Gréai Britain and the Dutch republicSt publiés dans le Times^ 5, 9, i3, aa février 1900. Il en a été donné une traduction française : La Grande-Bretagne et les Républiques hoilandaiseSy i broch. in-8® de 44 pages. Paris, Aux bureaux du Siècle, 1900. Ces articles contiennent un grand nombre d'erreurs de fait.
des lettres écrites, à partir de i836, par des émigrants à leurs amis ou à leurs parents restés dans la colonie, n'y a pas relevé l'expression de regrets en faveur de l'esclavage. D'ailleurs, dans les quatre années qui précédèrent Tabolition, une réglementation minutieuse était intervenue entre maîtres et patrons, qui prescrivait dans un tel détail la quantité et la qualité de nourriture des esclaves, la nature des habits qu'ils devaient porter, le nombre d'heures de travail quotidien qu'ils devaient fournir, que l'émancipation fut presque une délivrance pour les propriétaires.
En revanche, la manière dont l'abolition fut opérée influa dans une certaine mesure sur l'émigration. Dans son Manifeste du 27 janvier i838, Pieter Retief s'exprime ainsi : « Nous nous plaignons des lourdes pertes que l'émancipation de nos esclaves nous a fait subir et des lois vexatrices qui ont été promulguées à leur sujet. »
Dans ces mêmes correspondances auxquelles il vient d'être fait allusion, il est question des pertes provoquées par la manière dont les esclaves ont été émancipés.
Nous ne croyons cependant pas que ces pertes d'argent aient été la cause principale de l'émigration. On accorderait en effet que s'il en eut été ainsi, les colons qui auraient émigré avec le plus d'empressement eussent précisément été ceux qui avaient le plus souffert de l'émancipation. Or, le phénomène inverse se produisit, et ce furent les colons qui possédaient le moins d'esclaves qui émigrèrent davantage. La population servile n'était pas en effet uniformément répartie sur tout le territoire de la colonie. Tandis que les districts agricoles de l'Ouest : le Cap, Stellenbosch, Clanwilliam, Worcester, Swellendam en renfermaient les cinq sixièmes, les districts pastoraux de l'Est : Beaufort,
George, Graafî Reinet, Uiteahage, Somerset, Albany n'en renfermaient qu'un sixième seulement*.
Or le contingent de l'émigration a été fourni, presque en totalité, précisément par les districts pastoraux dans lesquels la population servile était rare. Parmi les Boers qui franchirent l'Orange abandonnant à tout jamais la colonie, 2 pour 100 seulement étaient originaires des districts occidentaux, tandis que 98 pour 100 sortirent des districts orientaux'.
Bref, nous estimons que le principe même de l'émancipation des esclaves n'a pas causé l'émigration des Boers, mais en revanche que les pertes d'argent, occasionnées parles procédés même de l'émancipation, ont constitué, en même temps que plusieurs autres, un grief contre le gouvernement anglais.
1. D*après les commissaires enquêteurs, la population servile du Cap comprenait, en 1836, 35 609 individus, répartis ainsi : i» districts agricoles de l'Ouest : a8 984 ; 3° districts pastoraux de TËst : 6 576. Report of the commissioners of inqmry^ p. 1 1 .
2. Mac Gall Theal, History of S. Africa (i834-i854), p. 91 -92-