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Les conséquences de la victoire

La suite de l'histoire générale de l'Afrique australe , non moins que celle de l'histoire particulière des Boers, fut sensiblement modifiée par les faits qui viennent d'être relatés.

Mosélékatsi émigra avec son peuple * et alla s'établir au Nord du Limpopo, dans la région que les Européens ont, du nom de sa tribu, nommée le pays des Matabélés.

Quand Mofiatalla le voir en i854, pour faire passer des secours à Livingstone, il habitait un village nommé Matlokotloko, et prétendait étendre sa domination de la rivière Chaché au Zambèze^. Il continua, selon la coutume des Zoulous, à piller et à massacrer les tribus qui l'entouraient ; son fils Lobengula * fit de même, si bien que par une répercussion indirecte, la victoire des Boers, en 1887, causa pendant un demi-siècle le malheur des Machonas et des autres tribus qui vivaient entre le Limpopo et le Zambèze.

I. Les Matabélés perdirent trois cents hommes, d'après Gare) Gilliers, qui faisait partie du commando, et quatre à cinq cents» d'après Lindley, missionnaire américain, qui interrogea quelquesuns des combattants, cfès leur retour. Cités par Mac Call TheaK

p. ii4*

a. D'après Moffat, Mosélékatsi aurait, en partant, libéré ses captifs Barotsis, Bakhatlas et autres. Vingt-trois ans de séjour, p. 873.

3. Moffat, Visit to Moselekatse king of the Matabele. Journal ofthe R. Geographical Society^ i856, p. 95-96.

4. Mosélékatsi mourut en novembre 1868 ; après quelques contestations, Lobengula, son fils, lui succéda le 38 janvier 1870.

m L'ÉMIGRATION

Voilà donc les Boers, maîtres d'un immense territoire s'étendant des Dr,akensbergen au Limpopo. Ils se substituaient à Mosélékatsi, ainsi que le proclama Ilendrik Potgieter, ainsi que Carel Cilliers, l'un des agents de la victoire, défenseur du camp de Vecht Kop, membre des expéditions de janvier et de novembre 1887, l'exprima sous cette forme laconique : « Ce qui était son pays est devenu le nôtre*. » Il était facile de dominer une région aussi complètement dépeuplée. Déjà, en 1828, une partie du futur Etat libre d'Orange €t une partie du Betchouanaland avaient été ravagées par les sauvages Mantatis, dont le voyageur George Thompson avait vu les masses profondes « fouler aux pieds et noircir les prairies sur lesquelles elles passaient^. » Agglomération confuse de tribus venant de l'Est et fuyant probablement devant les Zoulous, les Mantatis avaient disloqué, pillé, massacré les Barolongs €t les Betchouanas. Mais, apparus avec la soudaineté d'une tempête, ils avaient disparu de même. Arrêtés et battus par les Griquas devant Lattakou le 26 juin 1828, refoulés dans la direction de TEst et du Sud-Est, ils se dispersèrent'. Plus continu et plus complet avait été le dépeuplement opéré par les Matabélés, qui avaient ainsi préparé involontairement un vaste territoire à l'expansion des Boers.

1. (( Wat de zijne [land] was is de onze geworden. » Cité par Mac Call Theal, Hist. of S. Africa (i834-i854), p. ii4.

2. George Thompson, Travels and adventures in Eastern Africa, I, p. 218-19.

3. Thompson, ibid.j I, p. 294 et suiv. Une partie de ces Mantatis se fixa sur le haut Galedon, où Andrew Smith les vit en i834* Reporty p. II. Une autre partie s'enfuit jusqu'au Zambèze, où W. G. Oswell et D. Livingstone les découvrirent en i85i.

. Ces succès sur les Matabélés non seulement assurèrent l'avenir des premiers Boers sortis de la colonie mais encore accélérèrent le mouvement d'émigration.

A la fin de i836, Harris estimait à 1800 seulement le nombre des Boers réunis autour de Thaba Ountchou^ Mais la victoire du 17 janvier 1837 eut un retentissement lointain et prolongé. Les timorés, tel que ce colon de Beaufort, rencontré par Harris le .11 janvier 1837, V^^ venait « s'enquérir de la manière dont tournaient les affaires des émigrants avant de vendre sa propre ferme * », prirent un parti.

« Cette victoire, dit Harris, souffla sur les tisons cachés sous la cendre et en fit jaillir la flamme ; la rage d'émigration s'étendit comme un incendie'. » Désormais les Boers émigrent en grand nombre, par petites ou grandes troupes : du Winterberg arrive la bande de Pieter Retief ; de Beaufort, celle de Pieter Jacobs ; d'Uitenhage, celle de Jacobus Uys. Les chariots, recouverts de leurs bâches et tirés par leurs longs attelages de bœufs, les cavaliers, les troupeaux de bêtes à cornes et de moutons s'acheminent vers l'Orange, en franchissent les gués et se déploient lentement sur le veld du futur État libre. Le nombre des émigrants triple en un an, et à la fin de 1837 il y en a de 5 000 à 6000 hors de la colonie*.

Avant même d'avoir été rejoints par ces nombreux compagnons, les Boers avaient pensé à ébaucher quelques règles constitutionnelles. Ceux qui étaient réunis à Thaba Ountchou élurent le 2 décembre i836, un « Conseil du peuple » un Volksraad^ qui fut composé

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