L^RItfÉE ZOULOUE
L'originalité des Zoulous consista dans leur armée. Telle les premiers aventuriers européens la décrivent en 1826, telle les Boers la virent organisée en i838, telle les officiers anglais la retrouvèrent dans cette guerre de 1879, qui, par un coup de fortune inouï, ruina les dernières espérances du bonapartisme. Les institutions militaires zouloues restèrent intactes pendant lexix® siècle'*.
L'armée zouloue ne fut pas composée de Zoulous exclusivement: les jeunes hommes des tribus vaincues y
I. Lettre de Grout du 13 février i836. Journal des missions évangéliques, i836, p. 870.
a. II, p. 396.
3. Certains auteurs récents et notamment Bryce, Impressions of South Africa, p. 100, ont prétendu que Chaka aurait emprunté ses institutions militaires à Tingiswa, chef des Umtatouas, lequel venu au Cap à la fin du xviii« siècle et ayant vu manœuvrer les troupes anglaises aurait décidé d'organiser sa propre armée sur ce modèle. L'armée zouloue ne serait donc qu'une imitation de l'armée anglaise, au second degré ; nous n'avons trouvé aucune allusion à un fait de ce genre dans Isaacs, qui a exposé les rapports entre Chaka et Tingiswa.
étaient incorporés après leur défaîte. Après la mort de Tingiswa, Chaka ayant attaqué et vaincu les Umtatouas, ses anciens protecteurs, fondit dans son armée ceux d'entre eux qu'il ne fit pas périr*. Un certain Silansbo, tributaire des Zoulous, qui habitait sur les bords de la Tugela, dit en 1826 à Isaacs que sa tribu était jadis très puissante, mais que Chaka, Payant soumise, incorpora tous les jeunes guerriers dans ses propres régiments ^.
Le guerrier zoulou était vêtu d'une jnpe en lanières de peau de civette, et coiffé d'un bandeau de peau de loutre orné de plumes ; il marchait pieds nus ^. Il n'avait en main qu'une seule arme offensive, une lance courte munie d'un large fer et nommée ixoua. D'après Isaacs, les Zoulous se seraient antérieurement à Chaka servis de javelots comme les autres peuplades de l'Afrique australe, mais pour décider s'il fallait conserver cet armement ou le réformer, celui-ci aurait imaginé un simulacre de combat entre deux régiments ; les guerriers du premier sont munis chacun de plusieurs roseaux, ceux du second d'un seul ; ce dernier en chargeant l'adversaire le met en fuite et Chaka, convaincu par cette expérience, prescrit l'emploi unique de la lance *. Quoiqu'il eh soit de cette historiette, le guerrier zoulou n'avait pas d'arme de jet ; il lui fallait aborder son ennemi corps à corps ; l'impétuosité du choc faisait toute sa force.