CONSULTER
Atlas de géographie générale du colonel Niox. — Grand in-folio, avec notices.
Atlas manuel de géographie physique et politique. — Grand in-4°.
Carte de l'Afrique centrale et australe, au 1/8 000000, tenue constamment à jour, et indiquant les dates des traités de délimitation des États.
INTRODUCTION
Les intérêts de la France ne sont pas limités à la défense de ses frontières, et les luttes- européennes, desquelles elle est sortie souvent meurtrie et mutilée, lui ont coûté, depuis deux siècles, plus de sacrifices qu'elles ne lui ont rapporté de gloire. Sans renoncer à exercer dans la vieille Europe l'influence à laquelle elle a légitimement droit, elle doit avoir également l'ambition rie maintenir dans le reste du monde la place qui appartient à la race française.
Au lendemain d'une guerre malheureuse, alors que la nation frémissait encore sous le douloureux souvenir de la défaite et du rapt de ses provinces, il semblait imprudent et presque antiy>a trio tique de détourner l'attention du pays, de la frontière sur laquelle l'orage menaçait encore, et cependant ne serailîl pas aussi dangereux pour elle de fermer ses yeux à l'avenir el de méconnaître quelles peuvent être les graves conséquences de la lutte bien autrement gigantesque entamée pour le partage du monde ? Cette lutte, la France ne peut la déserter, «t l'on dirait d'ailleurs qu'en dépit de ses inquiétudes et de ses timidités, une loi supérieure la lui impose. Ce sont, en effet, aements dont elle n'a pas été maîtresse, et non une volonté réfléchie, ni les combinaisons d'une politique adroitement préparée, qui l'ont amenée récemment à agrandir ses domaines d'Afrique et d'Asie, de même qu'il y a cinquante ans, elle allait planter son drapeau sur Alger, sans prévoir qu'elle fondait ainsi une France nouvelle.
On a souvent reproché aux Français de ne pas être coloni-
ÎPANSION EUROPÉENNE
sateurs. Formulée ainsi, en termes vagues, cette accusation est mal fondée. Autant que tout autre pays, nous avons fourni aux découvertes, aux explorations, et aux colonisations lointaines, notre contingent d'hommes audacieux.
Les premiers établissements de la cûte d'Afrique (Sénégal, Côte de Guinée) ont été fondés par des Français, et, à cette époque, nos marins de Dieppe et de Saint-Malo devançaient souvent les plus hardis navigateurs portugais, espagnols, et hollandais ; ce sont des Français qui ont Tonde le Canada et qui ont conquis les Indes. Mais fa puissance d'expansion d'un peuple est en rapport avec la vitalité de son organisme intérieur; la décadence qui a suivi le règne de Louis XIV, la faiblesse etl'impéritie du gouvernement de Louis XV, les désordres du règne de Louis XVI, la Révolution française, les guerres de l'Empire, ont arrêté l'essor de notre colonisation. Des causes analogues ont enrayé l'expansion des Hollandais, des Portugais, et des Espagnols.
Pendant ce temps, au contraire, l'Angleterre s'enrichissait de tout ce dont s'appauvrissaient ses rivaux; elle a rempli le monde de sa race, et l'on dirait qu'elle semble prétendre en monopoliser le commerce.
a Ce qui frappe le plus le voyageur a mesure qu'il s'éloigne de la France, c'est de voir quelle petite place elle lient dans les contrées lointaines. Tandis que l'Angleterre remplit tout de son nom, de son commerce et de sa langue, le renom de la France s'affaiblit, au contraire, d'autant plus vile que celui de sa voisine grandit. »
Depuis quelques années cependant, la France se préoccupe de nouveau des entreprises coloniales; mais il n'y a plus sur le globe de terres vacantes sur lesquelles puisse prospérer la race européenne ; l'Angleterre a tout pris. Aussi les efforts doivent-ils se diriger maintenant vers des pays habités par des populations déjà denses, maisinhabilesàexploiterelles-mèmes les ressources de leur sol; on cherche à les initier à la civilisation occidentale, à rendre meilleur leur élat social, tout en tirn nt profit des progrès qui peuvent être réalisés.
Telle est la caractéristique moderne de nos entreprises co-
loniales dans l'Indo-Chine comme
cation à donner au vocable de Protectorat, substitué à celui
de conquête ou de colonisation.
C'est par ce moyen aussi que l'on peut s'efforcer de maintenir le commerce maritime, de conserver quelques marchés, et d'offrir des débouchés à l'activité de la jeunesse.
Cependant l'expansion de la colonisation française a toujours eu plutôt le caractère chevaleresque d'aventures militaires que celui de spéculations commerciales. Ce sont les hommes d'esprit ardent, les désintéressés et les dévoués, qui «livrent la route, missionnaires1, voyageurs, marins et soldats. Le commerçant ne vient qu'ensuite, et le commerçant sérieux ne vient souvent que trop lard, lorsque les étrangers ont déjà pris les meilleures places.
Les missionnaires partent les premiers; généralement ce sont des hommes de foi et d'abnégation, niais, quelque conflit survenant, ils réclament la protection nationale. Il y a des pfi-séciilions àfaire cesser, des injusticesà venger, des cruauté- ii punir; alors, un navire de guerre est envoyé; on tire quelques coups de canon ; parfois, on débarque joyeusement et l'onpartenguerre. Une poignée d'hommes bouscule une armée d'Asiatiques; on emporte les citadelles de haute main, et l'on «'installe, insoucieux du lendemain. Nos officiers se trnnsformenten diplomates et en administrateurs, et apportent dans cette nouvelle tâche l'esprit qui, sans doute, fait l'honneur de notre année et de notre flotte, mais qui, la plupart du temps, est étranger, sinon antipathique, aux procédés du négoce.
Bien différente est la politique coloniale anglaise, politique d'intérêt cl de bénéfice. On voit rarement les Anglais céder, comme nous, au désir d'assimiler les populations au milieu desquelles ils s'étahlissi'iit, ni former le rêve de les rendre plus heureuses, de les soustraire à la tyrannie qui les opprime, de les améliorer, de les civiliser, de leur inspirer une sympathie dont ils se soucient peu. Les transformer en consommateurs
1. La Société dt?s Misions rtranftfri».?, loiiilr'-i? .'il Nvift, apporta un con-
fours puissant !t l'^v.'tii^lisuliou île IVxIlviiii- (h'ieiil cl s,t-iiii(1;i puis.-.uij-
' ' efforts tle la Compagnie des links, criùu par CuIIht! l-u ltiit.
de produits anglais, tel est le but principal. Aussi partout l négociant anglais est-il le premier a se montrer ; parfois ce négociant est en même temps missionnaire anglican ; mais ces deux natures se confondent, el la première l'emporte généralement sur la seconde, la dirige ou l'inspire. C'est le commerçant qui plante le pavillon national sur de nouvelles terres; et s'il est porté atteinte 3. ses intérêts , il met en cause l'hom des couleurs qui flottent sur sa factorerie, et l'Angleterre tout entière est prête à en tirer satisfaction.
Lorsque l'on fait le bilan des entreprises coloniales, que l'on en discute les avantages et les charges, on ne les considère trop souvent qu'au point de vue des intérêts immédiats. de l'État, et l'on ne tient pas assez compte de l'expansion qu'elles procurent à la race, et des éléments de puissance qu'elles lui apportent.
Autrefois, les lois coloniales, basées sur le principe de l'absolue dépendance des colonies, que l'on considérait comme un domaine à exploiter, leur imposaient d'étroites et tyranniques obligations. 11 est arrivé alors que les colonies, en grandis sant, secouaient un joug trop pesant, se révoltaient contre la mère patrie, et se séparaient d'elle. C'est ainsi que l'Espagne, autrefois reine du monde, s'est vue privée de ses vastes possessions d'Amérique, et s'est appauvrie au point de e qu'une puissance de second ordre ; mais il n'en est pas moins à considérer que la race espagnole domine la moitié de l'Amérique. L'émancipation des colonies espagnoles a été l'expression d'un grand mouvement démocratique, qui s'est effectué, il est vTai.au détriment des intérêts aristocratiques de quelques familles seigneuriales. Le royaume d'Espagne a perdu ancienne suprématie en Europe, mais la race, c'esl-a-dire le peuple espagnol, n'a pas perdu sa place dans le monde.
Après l'émancipation des États-Unis d'Amérique, l'Angleterre a pu se croire diminuée; mais elle avait acquis, par cette crise, une notion plus exacte des relations à établir avec les colonies; au lieu de tes maintenir en servage, elle s'est appliquée i les doter progressivement d'une indépendance relative,
INTRODUCTION
d'une forme de gouvernement autonome et constitutionnel comme le sien. Elle les élève sag-ement en vue du l'émancipation inévitable; elle les amène à concourir au développement de la puissance de la race, et c'est ainsi que s'est formé ce vaste empire britannique qui enserre le monde.
On distingue les colonies en colonies de peuplement et colo-
■t d'exploitation.
lans les colonies de peuplement, l'Européen peut s'acclimater, s'adonner aux travaux de la terre, et fonder des familles. Dans les colonies d'exploitation, l'Européen se borne au commerce ou bien il fait cultiver par les indigènes.
D'autres colonies ne sont que des postes militaires et des ports de ravitaillement pour les floLtes de guerre ou de commerce.
Les colonies de peuplement sont celles qu'une race féconde établit dans des terres vierges et peu peuplées, où elle envoie, par migrations successives, le trop-plein de sa population. Il arrive fréquemment que lorsqu'elles se sentent assez fortes, ces colonies cherchent a rompre leurs liens avec la métropole; elles grandissent alors comme une bouture; mais elles continuent au loin le nom, la langue, et les arts de la mère patrie; et. s'il n'y a plus extension de l'État fondateur, il y a toujours «tension île la race.
C'est ainsi que, dans l'antiquité, se fondèrent les colonies grecques de la Méditerranée par une série d'essaims, poush&que année, hors de la cité, par la loi religieuse. C'est ainsi que l'Angleterre, déversant le trop-plein de sa population sur les terres d'Amôrique, d'Australie, et du Cap, a créé ces grands domaines de la race anglo-saxonne, qui sont déjà devenus indépendants ou qui le deviendront un jour.
\.:i eulonie d'exploitation est d'une tout autre nature; créée, la plupart du temps, dans une région où le climat ne permet pas aux Européens le travail agricole, elle a pour but d'exploiter les ressources du pays au. prolit de la métropole et levîenl aussi un marché d'écoulement pour ses produits ma-
nufacturés; la métropole n'y est représentée que par un petit nombre do fonctionnaires ou d'agents commerciaux.
La mot de colonie lui est improprement appliqué. C'est une terre de produit, un domaine à exploiter, une possession, que l'on dissimule parfois sous l'appellation de Pays de -protectorat, lorsque les circonstances obligent à respecter, dans une certaine mesure, l'autonomie administrative ou politique des indigènes.
Ainsi, les Indes sont, pour l'Angleterre, une admirable colonie d'exploitation. Pour garder, administrer, et exploiter cet empire de plus de 260 millions d'hommes, il suffit de 00,000 soldats et d'autant de commerçants ou de fonctionnaires.
Par ses colonies de peuplement ou d'exploitation, la race anglo-saxonne a étendu un réseaude domination sur le monde entier; elle a mis la main sur tous les marchés, tandis qu'elle créait, surtoules les routes maritimes, des stations et des postes de ravitaillement qui, en cas de guerre, lui assureraient le monopole de la grande navigation.
On dit qu'avant deux siècles 300 millions d'hommes parleront la langue anglaise. Quel peut être, dans ces conditions, l'avenir de la France, si la race française se confine à son domaine d'Europe, où elle ne peut plus grandir?
Cependant la France a eu, elle aussi, de grandes colonies de peuplement, comme le Canada, et de grandes colonies d'exploitation comme les Indes. Elle les a perdues à la suite de longues guerres avec l'Angleterre, et depuis un demi-siècle seulement elle a commencé à reconstituer son domaine colonial.
A ceux qui regardent l'expansion coloniale comme nécessaire à la grandeur de notre pays, on objecte que la France ne sait pas coloniser, que c'est folie de dépenser nos hommes et notre argent dans des expéditions aventureuses, et, enfin, que la race française n'a pas besoin de s'épancher au dehors, puisque la population de la France reste stalionnaire.
A ces trois objections de principe, on a répondu :
Partout, hors d'Europe, la France a précédé l'Angleterre, et partout où la France a passé elle a laissé des traces ineua-
INTRODUCTION
cables de son passage. La fondation de l'empire anglais des Indes a été conçue et préparée par des Français. Le Canada est une colonie de peuplement créée par les Français, et si profondément française encore qu'après un siècle de dominalion étrangère, ies 60,000 Français d'origine, devenus près de 2 millions d'hommes, ont gardé intacts la langue, les mœurs, et l'amour de la patrie française! L'Algérie était aux mains d'une race intelligente et belliqueuse ; il n'a pas suffi d'y aborder pour y fonder des comptoirs ou se partager des terres. Il a fallu conquérir le sol pied à pied, et il y a vingt ans à peine que la colonisation réelle a commencé. Les résultats parlent d'eux-mêmes pour affirmer la puissance colonisatrice de notre race.
Les expéditions coloniales lointaines sont, il est vrai, la source de grandes dépenses, mais avec espérance de rémunération sous forme d'expansion de la race, d'extension du commerce et de l'industrie, tandis que l'on se demande ce qui est resté à la France des milliards dépensés sur le continent européen, et des millions d'hommes sacrifiés depuis des siècles pour fonder ou agrandir des États qui devaient lui devenir hostiles, ou pour maintenir une prééminence passagère qui groupait contre elle tous les peuples européens. « Dans l'état actuel du monde, comme l'a dit Stuarl Mill, la meilleure affaire dans laquelle on puisse engager les capitaux d'un peuple vieux el riche, est la fondation des colonies. »
Enfin, si la race française parait être devenue inféconde, celte stérilité lient surtout à ce que la population française a désormais atteint, sur le continent, le maximum de densité compatible, d'une part, avec les productions du sol, d'autre part avec les conditions de la vie sociale en France. La statistique prouve qu'après chacune des grandes guerres dans lesquelles les pertes avaient été considérables, il se levait de suite en France une abondante moisson de générations nouvelles; mais, les vides une fois comblés, la nation cessait de grandir, comme aï elle avait atteint de nouveau une limite qu'à l'époque con- . effle ne pouvait que difficilement dépasser.
Celle limite a pu être reculée tant que toutes les sources de
production du pays n'étaient pas entièrement utilisées. Mais aujourd'hui que l'exploitation du sol approche de son maximum de développement, il n'y a plus guère de place, dans la France européenne, pour des gener.-i.liun-; frarirai-se^ plus nombreuses.
Que la nation aiL besoin d'hommes au dehors, qu'elle sache comment créer des établissements nouveaux pour ses enfants, elle en produira1.
Enfin, d'autres considérations fort sérieuses dominent celte question. Tous les États ont à peu près complété leur outillage industriel, et, comme leur produclïon dépasse leur consommalion, ils tendent à se fermer les uns aux autres leurs frontières douanières et ne trouvent plus de débouchés à leurs produits. Chercher des consommateurs, créer des marchés nouveaux, devient pour les nations industrielles une question de vie ou de mort, et le seul moyen de conjurer la crise sociale qui les menace.
Si la France se laisse exclure du commerce colonial et si les marchés lointains lui échappent comme le font déjà les marchés européens, a mesure que se restreindront les limites de son commerce, diminueront aussi sa force et son prestige, disparaîtront sa littérature et ses arts, et s'éteindra dans le monde cette grande lumière qui rayonnait autour de son nom.
Pour bien juger le présent et préparer l'avenir, il est nécessaire d'étudier le passé, et de rechercher quelles sont les causes qui ont amené la situation coloniale actuelle de la France.
Des le commencement du xvi" siècle, la France prenait part au mouvement colonial qui allait changer la face de l'ancien monde.
François I" voulait entrer au partage de l'Amérique avec les Espagnols et les Anglais. En 1524, les Verazzani, sur l'ordre du roi, exploraient les eûtes de l'Amérique du Nord; en 11)3j, Jacques Cartier pénétrait dans le Saint-Laurent et prenait pied au Canada. En
!. Depuis plusieurs années, immigration entraine vers la Ou fédération argentine nu grand noinhre de Busqués ; la population, loin de décroître, s'iiiiKiuuiilf, et lereceiui'uicut du: ISSU accusait un accroissi'iueul de 4,(1(10 habitant:! dans le déparleuu/iit di.'s Uasses-I'yiéiiées. C'est qu'une partie
d<v li.'-ir' lu--'- iv.ili-U.- par les in ipuuts a l'dluo sur leur p;iys d'origine ■u a amélioré U-~ lujuditiinis de vie.
même temps, la marine marchande française, de sa propre iniliati-..'. fondait partout des comptoirs; les marins de Dieppe trafiquaient sur les eûtes d'Afrique, au Sénégal, depuis 1330 ; ceux de i e et de Normandie fondaient les pêcheries de Terre-Neuve; nos corsaires étaient maîtres de la mer et ravageaient les côtes anglaises; un armateur de Dieppe, Ango, bloquait Lishonne avec sa propre flottille et imposait, en son nom, la paix au roi de Portugal.
Henri IV donna une impulsion nouvelle à l'expansion française. Ce fut un envoyé du roi de France, Champlain, gentilhomme de Saintonge, qui, au Canada, fonda Port-Royal (aujourd'hui Annapolisj en 1604, Québec en 1608. La Ilavardière et Rasily prennent possession de la Guyane; de Mont et Pontraincourt, de l'Acadie.
Henri IV conçut le projet d'une compagnie commerciale, dite des Iodes, dans le butrle rivaliser avec les compagnies analogues qui se formaient, à celte époque, en Hollande et en Angleterre; il n'eut pas le temps de réaliser ce projet; mais il jeta les bases de notre influence en Orient, eu signant avec la. Turquie un traite d'après lequel toutes les nation? chrétiennes pouvaient commercer librement, dans le Levant, sous la bannière et la protection de la France, cl sous la juridiction des consuls français1.
De 1623 à 1631!, la France acquit Saint-Christophe, la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante. En 1604, furent formés les établissements de la Guyane, appelés Frimw ^•■juim.vw.Ie en 1632.
En 1643, Pronis prend pied à Madagascar, qu'il appelle France Son successeur, Flacourt, Tonde la colonie de l'Ile lîourbon, dont la prise de possession officielle eut lieu en 1671.
Il fallait à la France des arsenaux et une marine de guerre pour i sa marine marchande. Richelieu les créa, et pendant la guerre de Trente ans les flottes françaises dominaient l'Océan et l.i Méditerranée.
Colbert porta notre marine marchande ainsi que notre puis-
1, Quelques correspondances de date sont intéressantes i rappeler : Henri IV mourut eu 1610.
Louis XIII (1610-1643).
Ministère de Richelieu 1 1^24-10-42).
Louis XIV (1643-1715).
..- ■ ., i .. • ,,!.<, .,-., [ Traité de Wcfitphalie (16*8), Kinitt&re de Huann (1642-1661;. j Cromwell(i6W.Plflli8).1 >
:!:■ Colbert (1661-1683).
Louis XV (1715-1174}.
'■i criniiiiiil FJuurv 11726-1743). Ministère de Clioiseu! (HÔS-mo).
sance coloniale au plus haiil point de prospérité qu'elles aient jamais atteint. Grâce à lui, la marine marchande fut, a la l'ois, protégée par des droits, encouragée par des primes. Cinq compagnies coloniales furent créées : aux Indes, en Amérique, dans le Levant, au Sénégal. Seigneurs et princes du sang durent s'inLéresscr à ces entreprises commerciales, et un édit de 1669 déclara que le commerce de mer ne dérogeait pas à la noblesse.
Nos colonies, avant Colbert, comprenaient déjà le Canada avec l'Acadïe, Guyenne, liourbon avec quelijucs comptoirs ri Madagascar et aux Indes. Colbert acheta la Martinique, la Guadeloupe, Grenade, et la plupart des Antilles, envoya de nouveaux colons au Canada, prit Terre-Neuve il l'entrée du Saint-Laurenl.
En Afrique, Gorée fut enlevée aux Hollandais (IGOj). Dans la même année, des comptoirs nouveaux furent fondés à Madagascar.
En Asie, la Compagnie des Intics s'établit à Surate, à Chandernagor, à Pondichéry. Dans l'Amérique du Nord, Cavelier de la Salle s'avançail depuis les grands lacs jusqu'aux sources du Mississipi, descendait le fleuve jusqu'au golTe du Mexique et le remontait (1681- 1682), ouvrant ainsi à la colonisation un immense territoire, qui devint aussitôt après la colonie française de la Louisiane.
A côté de la marine marchande florissante, la marine de guerre devenait redoutable. Des chantiers de construction de Dimkerque, du Havre, et de Hochefort, des arsenaux de Brest et de Toulon, sortait bientôt la llotte du roi, qui compLu.il en UÎ'Sl prés de 400 navires de guerre, et qui avait alors pour la commander Jean liait, Duguay-Ï'rouin, Duquesne, et Tourville.
Telle était la situation coloniale de la France vers l'année 1688; elle avait devancé l'Angleterre en Amérique, et lorsque celle-ci ne possédait que la rangée des eûtes, elle détenait les deux grands fleuves : le Saint-Laurent et le Mississipi, et l'on eût élê en droit de penser que c'était à elle que reviendrait la domination dû l'Amérique du Nord.
Ce furent également des Français « qui conçurent l'idée de la conquête des Indes et qui, les premiers, comprirent comment elle était réalisable et par quels moyens. Les Anglais avaient le sentiment de leur infériorité et luttaient sans grand espoir' ».
INTRODUCTION
Guerres coloniales entre la France et l'Angleterre. — Alors commence entre l'Angleterre et la France un long duel, une lutte acharnée, véritable guerre de Cent ans, coupée par sept périodes distinctes, mais ayant pour lien commun la politique persistante des hommes d'Etat anglais, qui poursuivent, avec une remarquable énergie, ta ruine de nos colonies et la destruction de notre marine marchande et militaire.
L'Angleterre nous suscite des guerres continentales successives, subventionne nos ennemis, et paralyse ainsi notre action maritime; elle profile des fautes de la royauté, des troubles de la Révolution, et des gloires mêmes de l'Empire. Chacun des traités consentis par la France, de 1689 à 1815, marquera une étape du développement de la puissance coloniale anglaise.
Les sept périodes de cette grande lutte sont :
1° La guerre de la Ligue d'Augsfjourg (1089-JG97). — Traité de Ityswick;
2" La guerre de \&Successîond'Espagne{l'ÎQ2-l'll3).— Traité d'Utrecht;
3° La guerre de la Succe d'Aix-la-Chapelle ;
4° La guerre de Sept ans (1736-1763). — Traité de Paris;
5° La guerre d'Amérique (1775-1783). — Traité de Versailles;
6° Les Guerres de la Révolution (1793-1802). — Paixd'Amiens;
7° Les Guerres de Y Empire (1803-1815). — Traités de Vienne.
En 1689, la lutte s'ouvre, par la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Louis XIV vient de commettre la plus grande faute de son régne, la Révocation de l'Édit dt Nantes (1683). Le monde protestant lui répond par la Révolution d'Angleterre-, qui donne le trône à Guiltaime d'Orange, fouis XIV prétend y rétablir un Stuart, prince catholique, et l'Angleterre ligue contre nous les princes protestants d'Allemagne, l'Espagne, et la Savoie. La guerre est glorieuse pour la France ; le traité de Rvswick (1697) nous laisse Strasbourg et nos ethnies; mais, déjà, notre Hotte de guerre, malgré de beaux triomphes, n subi à lu llougue des pertes sensibles, et le développement lie noire marine marchande est atteint par la suppression, au prolit 1( la marine anglaise, dos droits protecteurs imposés, dans nos ports, uux pavillons étrangers.
n d'Autriche [1139-11 £8). — Traité
12 L'EXPANSION EUBOPÉENKE
En 1701, guerre de la Succession d'Espagne. — La France, en donnant le trône d'Espagne à la maison de Bourbon, pouvait gagner, pour elle-même, la paix au sud, les Bouches de l'Escaut au nord. L'Angleterre, menacée, fut l'âme d'une coalition nouvelle dans laquelle entra l'Europe tout entière. Mais nos armées, nos flottes, étaient épuisées, nos généraux disparus. Sur terre, les revers se succèdent; sur mer, malgré les exploits li'neiiilain.-s des Forbin, des Pontis, et des Duguay-'l'roum, nous ne menons plus déjà que la guerre de courses. !\os WloaiôS, Misées sans défense, sont dévastées ou conquises ; et, au traité d'Utrecht (1713), la France abandonne àl' Angleterre: Terre-Neuve; la baie d'Hudson, avec son commerce de pelleteries; t'Acadie, qui, avec ses ports abordables en toute saison, estl'avant-poste du Canada. Les Anglais s'emparent de Minori/uc, d'où ils menacent Toulon ', et de Gibraltar, qu'ils ont conservé depuis et d'où ils gardent l'entrée de la Méditerranée,
Cependant la France et ]a marine française se relèvent soua le ministère du cardinal Fleury (1720-1743). Notre expansion coloniale cherche de nouveaux débouchés. La Bourdonnais, ayant pour points d'appui Bourbon, l'Ile de France, et Madagascar, est maître, avec sa flottille, de l'océan Indien, Duplcix, aux Indes, fonde un empire et pose les bases d'une organisalion que les Anglais n'auront qu'à copier.
En 1739 commence la guerre ds la Succession d'Autriche ; la France étant l'alliée du roi de Prusse, l'Angleterre soutient Marie- Thérèse. Les victoires de Tontï.my [il -'t'y, ftwoicB (1710), Lawfeld (1747), illustrèrent les armées françaises, mais cette lutte continentale empêchait la France de venir en aide aux glorieux efforts de ses marins et de ses commerçants en Amérique et dans les Indes. L'année même où Dupleii faisait éprouver aux Anglais, devant Pondichéry, un sanglant échec, le traité d'Aix-la-Chapelle (1748) abandonnait Madras à l'Angleterre.
Notre marine ne comptait plus alors que deux vaisseaux de ligne.
Néanmoins, l'expansion française était si vivace et si féconde que, quelques années après, la situation coloniale de la France était de nouveau prospère. Bourbon et l'île de France étaient
i. Minorque, enlevée aux Aughii«, eu ITifi, pur le mariklial r|i' liinhelifti, leur Tut rendue nu truite ilo Paris (176:i|- Lrs Esjiii^inils, aiili'-s |>nr ta français, s'en emparèrent 4e nouveau, en i tsj, ipiït an rîege mémorable. La truite Jt Versailles (1183) leur eu continua lu restitution.
:• t\c belles colonies agricoles ; les Antilles étaient flo- ■-. Le Canada et la Louisiane nous assuraient le cours lin Saint-Laurent et du Mississipi ; notre marine renaissait.
Cependant, la paix n'était que nominalement établie entre la
France et l'Angleterre, et la lutte continuait en Amérique et
aux Indes, jusqu'au, moment où elle reprit avec une nouvelle
énergie sur le continent et sur toutes les mers.
En 1756, commence la guerre de Sept ans. La France, qui, dans
■ précédente, avait été l'alliée de Frédéric contre Marie- Thérèse, s'est laissée entraîner par des intrigues de cour à soutenir llarie-Tliérése contre Frédéric. C'est l'or de l'Angleterre qui permet an roi de Prusse de mener la guerre. Frédéric liât ii llustijaeh (1757)
du maréchal de Soubise. Pendant ce temps, les ports de France sont bloqués par les Anglais; aux Indes, Dupleii est disgracié; Lally, laissé sans secours, perd Pondichêry. Au Canada, Montcalm ne reçoit ni hommes ni nryenl, et succombe après une
rolque; toutes les Antilles sont perdues, tous nos navires détruits, toutes nos colonies aux mains des Anglais. Le traité de Paris (1763) livre à V Angleterre, le Canada avec 60,01)0 Français, le Cap-Breton, le Sénégal, une partie des Antilles et l'empire des Indes.
unie résultat de cette guerre avait été la fondation de la
■ de la Prusse sur la ruine de nos armées, la croissance de la puissance de l'Angleterre sur la ruine de nos tloLtes, et la
- colonies.
La France ne désespéra pas. En quelque* années, le ministère de Choiseul lui rendit une marine de guerre.
La guerre d'Amérique offrit à la France une occasion de recommencer la lutte. La nation française se leva d'instinct contre l'eu* nemi héréditaire; la fleur de la noblesse partit pour soutenir les co- Dglafee s insurgées contre la métropole; le gouvernement de i dut suivre le mouvement de la nation. Encore une fois, les flottes françaises, sous d'Orvilliers, d'Eslaing, et le comte de i.miitrerent, sur les mers, le pavillon français victorieux. En Asie, le bailli de Suiïren, après avoir battu les Anglais dans .tailles navales, s'alliait au sultan de Mysore pour la desde l'Inde anglaise, quand la paix vint l'arrêter, terre, dans la crainte de plus grands reiers, signa le traité de Versailles (1783), gui rendit à lu Frunce ses tomptoiis aux Indes, partie des Petites Antittes, et le Sênèyut.
La France coloniale recommençait; mais les désordres de la Révolution et les guerres de l'Empire allaient bientôt, au profit de l'Angleterre, interrompre cette prospérité nouvelle.
Si l'on considère les guerres de la Révolution et de l'Empire nu point de vue de la lutte contre l'Angleterre, on doit les grouper, de 1793 à 1813, en deux périodes séparées par la courte trêve de la paix d'Amiens de 1802.
Dès le Ie' février 1793, l'Angleterre entre dans la première coalition contre la France. Pendant que les subsides anglais soutiennent les armées continentales, les floltes anglaises se jettent sur nos colonies, ruinent Toulon, y brillent nos vaisseaux.
Iionaparte, au début de sa carrière, a déjà deviné que la paix ne peut être acquise que par l'écrasement de la puissance anglaise, et que c'est hors d'Europe qu'il faut l'atteindre. C'est aux Indes qu'il faut frapper, et, puisque l'A nglelerre tient la mer, c'est la voie de terre qu'il veut prendre. Toulon, Malle, Corfba, Alexandrie, ne sont pour Bonaparte que les premières étapes de retli^ route nouvelle. Maître de l'Egypte, il enlra en relation, aux Indes, avec Tippo- Saîb; il mesure la roule vers ['Indus et prépare la marche de son armée. Mais la flotle qui lui sert de base est détruite à Aboukir; l'expédition de Syrie échoue, et les victoire* de la deuxième coalition, soudoyée par ^l'Angleterre, rappellent Bonaparte en France.
Cependant, l'Egypte perdue ou sur le point de l'être, le Premier Consul n'a pas renoncé à la campagne des Indes; en 1801, il traite avec Paul 1", empereur de llussie- Taudis qu'une armée cosaque, partant d'Orenbourg, marchera sur Khiva, une année française traversera l'Allemagne, rejoindra, par Astrakhan, une deuxième armée russe à Aslcrabad, et, delà, descendra par llérat etKandahar surl'Indus. Déjà l'armée tosuque a franchi la Volga, quand l'empereur de Russie meurt mystérieusement, à temps pour l'Angleterre.
La paix d'Amiens (1802) n'est qu'une trêve. L'Anglelerre refuse de rendre Malte, et la guerre recommence presque aussitôt.
Alors Napoléon se décide à attaquer l'Angleterre corps â corps; il forme les camps de la Manche et l'armée de Boulogne ( L8U5). D'immenses préparatifs sont faits pour le passage eu Angleterre.
Mais, tandis que les flottes françaises ne réussissent pas à se réunir dans la Manche, l'Angleterre parvient à nouer une nouvelle coalition, et elle détourne sur l'Autriche l'orage qui la menace.
Pendant que Napoléon conquiert le continent, l'Angleterre ruine
de nouveau notre commerce et nos colonies. La victoire d'Auster- . |S05) ne compense pas la destruction des Hottes françaises et espagnoles kTrafalgar (oct. 1805).
Napoléon, ne pouvant s;iisir dïreclemento l'Angleterre, qui reste maltresse des mers, s'efforce de l'atteindre dans son commerce, en lui fermant les ports de l'Europe. Il établit, contre elle, le blocus continental; mais, pour l'imposer à l'Europe, il lui faut toujours vaincre après avoir vaincu, conduire ses armées à Lisbonne, à Madrid, a Vienne, à Berlin, a Moscou.
Dans ces campagnes, qui ont donné à sou nom une gloire impérissable, Napoléon avait toujours en vue l'Anelelcrre ; jamais il n'a réussi à l'atteindre; toutes ses notoires restent frappées de stérililé.
Cependant, en 1810, l'Empereur semble prés de toucher au but. Le continent toulentier, sauf la llussie, est dans sa main; l'Angleterre est en partie ruinée ; sans débouchés, elle meurt de pléthore. Napoléon a fait de nouveau parcourir, par des a^.'uts secrets, le pays taire la :ner Rouge ol l'Indus; il a envoyé en Perse, depuis 1807, une ambassade et une mission militaire chargée, sous la direction du général Gardanne, d'armer et d'instruire les troupes persanes. En même temps qu'il ébauche une alliance avec le Shah, il cherche à réunir les chefs musulmans dans une commune entreprise contre l'Inde anglaise. La Russie semble seconder ses desseins; bientôt peut-élre, une armée franco-russe, partant de Tiflis, marchera sur llndus avec l'appui de la Perse et de tous les musulmans d'Asie.
Encore une fois, l'argent et la politique anglaise sauvent l'Angleterre, en achetant la Russie encore indécise. Alors commencent les grands revers des campagnes de 1812, de 1813, et de 1814.
L'Angleterre fait un dernier effort; ses subsides payent l'Europe de nouveau coalisée contre la France, et, après Waterloo, les traités de 1815 consacrent la victoire définitive de la race anglo-saxonne.
Depuis 1815, la lutte entre la France et l'Angleterre a pris une forme nouvelle.
Noire marine militaire s'est reconstituée ; le pavillon français a reparu sur toutes les mers; maïs noire commerce a été dislancé par le commerce anglais ; il est presque partout clans des conditions inférieures pour la lutte, tandis que, d'autre part, la politique française a désappris les traditions do Henri IV, de Richelieu, de Colbert, et de Choiseul. Partout où la France met le pied, hors d'Europe, elle se heurte a la jalousie anglaise .
En 1830, peu s'en faut que l'expédition d'Alger ne soit pour l'Angleterre un prétexte de guerre.
L'histoire extérieure de lu, France de 1830 à 1833, se résume dans une lutte sourde et continue de la part de l'Angleterre.
En 1840, nous avions, grâce à l'amitié du Pacha d'Egypte Mehemet-Ali, une situation prépondérante dans le bassin oriental de la Méditerranée. Mehemet-Ali était en guerre avec Je Sultan et avait conquis la Syrie. L'Angleterre coalisa l'Europe, l'obligea à renoncer aux résultais de ses succès, et paralysa ainsi les avantages que nous pouvions espérer1.
Le second Empire inaugure une politique nouvelle, celle de l'alliance anglaise. Les résultats sont : la guerre de Crimée, qui sert les intérêts anglais au détriment des nôtres; la guerre de Chine, dont le commerce anglais recueille tous les fruits; l'expédition du Mexique, où l'Angleterre nous entraîne.
La France consent à des traités de commerce qui portent un coup funeste à sa marine marchande, et, pour prix de ses bons offices, elle reste isolée dans ses épreuves de 1870.
En Chine, à Madagascar, dans l'Océanie, elle trouve toujours, en travers de sa politique, l'hostilité anglaise. Enfin, elle se voit actuellement dépossédée par l'Angleterre d'une situation privilégiée justement acquise, en Egypte, par le dévouement et le talent de ses ingénieurs et de ses savants.
Maisles difficultés mêmes que la France rencontre pour reconstituer son empire colonial auront peut-être pour résultai d'en rendre les fondations plus solides, et, à celte heure où disparait la génération des hommes de 1830, qui aura laissé une trace si profonde dans notre histoire, si l'on examine d'une façon impartiale le chemin parcouru, on devra rendre un légitime hommage à leurs efforts et honorer aussi ceux qui ont su, en recueiilanlleur héritage, continuer leurs traditions,