‹ L'Expansion française au TonkinChapitre 11 sur 42 · LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA RELIGION

considère avec raison comme la seule base solide de notre prise de possession définitive. Demander une impartialité même relative aux mandarins dans les alTaires de ce genre est une injure au sens commun.

La cause avouée de nos interventions successives en Extrême-Orient a toujours été la protection de nos missionnaires. Laisser égorger par milliers les chrétiens après notre conquête, puis nous en désintéresser officiellement, est une attitude que les indigènes ne peuvent attribuer qu'à la faiblesse ou à la mauvaise foi. Elle nous a fait dans le peuple annamite un tort moral considérable.

Mais ce n'est là qu'un côté de la question, elle doit être envisagée à un point de vue plus large et plus général. Le changement de religion est le premier et le plus important des facteurs de transformation sociale K

1 . II n est pas possible de le contester. Les professionnels de l'alheisme aussi bien que les anarcliistes impénitents ne font aucune ditTiculté pour reconnaître, avec Bakounine et tant d autres, que « la relifjiosité )) est le premier sentiment qui élève 1 homme primitit" au-dessus de la brute. Dans les premières phases d'ascension Aers le progrès, des races neuves, chaque stade est marqué par une forme caractéristique du sentiment religieux. Un peu plus tard, quand ces tentatives grossières sont remplacées par des religions proprement dites, chacune d elles peut amener 1 homme jusqu à un certain degré de formation morale et sociale, mais pas plus loin. Si la Chine est resiée depuis des milliers d années dans un état de stagnation sociale presque complète, elle le doit aux rites immuables de son cadre religieux qui lui interdit tout mouvement en avant. Le mahoniétisme a pu mener les Turcs à la conquête du monde, mais ne leur a pas permis le progrès moral nécessaire pour suivre les nations chrétiennes. Leur société en contact avec une civilisation plus haute aurait disparu depuis longtemps sans le parti pris de ses puissants tuteurs qui seul en arrête la décomposition matérielle et le démemljremeiit. C est une loi naturelle qu'il n'est pas en notre pouvoir d éluder. Si nous

Un indigène converti par des missionnaires français est aux trois quarts français, car il a donné à notre civilisation le gage d'attachement le plus profond et le plus sûr qui soit. Il faut amèrement regretter que cette question si claire et si évidente quand on est hors de France, devienne à ce point délicate et compliquée quand on y rentre qu'il soit compromettant pour tout homme en place, d'y faire allusion. Parler des missions ofilcielleinent serait risquer de compromettre la tolérance tacite dont elles bénéficient et ce silence obligatoire nous mène à de déplorables inconséquences.

Au Tonkin que nous occupons depuis quatorze ans, la moite du pavs (toute la rive gauche du fleuve Rouge) dépend encore des missions espagnoles. C'est une faute politique très grave. L'indigène converti dans ces régions est en effet chrétien mais pas Français. Il v a là mi nouveau travail à faire et beaucoup de forces perdues, (hiclqucs-unes de ces chrétientés étrangères n'ont

voulons transformer moralement nos clients et nos protégés : faisons-leur connaître une religion qui comporte un degré supérieur de civilisation.

Quant à la forme de cette religion, nous n'avons pas le choix. Malgré les dénégations intéressées et les tentatives souvent faites pour en détourner lallenlion, il existe un fait indiscutable. L'action politique extérieure des puissances qui visent à une expansion considérable, se confond le plus souvent avec une forme spéciale de propagande religieuse. En France, nous ne pouvons pas avoir d'autres missions nationales que les missions catlioliques. Les établissements prolestants qui pourraient revendiquer ce titre ne trouvent point chez nous les ressources nécessaires pour leur assurer l'indépendance matérielle qui seule pourrait leur donner l'indépendance morale. Il leur faut pour vivre s inféoder aux sociétés bibliques dont les Anglais commencent à inonder la France et se contenter le plus souvent, dans la pratique, du rôle modeste d'annexés de leurs puissantes prnlcctrices, les missions anglaises.

LA LANGUE X^-j

pas, au début, caché leurs sympathies pour la rébellion. De quel droit leur en faire un crime dans un pavs où, venus par la force, nous n'étions pas encore capables de nous protéger nous-mêmes et alors que notre prise de possession avait été le signal d'une persécution sanglante et générale ? Pour qui ne connaît pas les misères de notre politique intérieure, il est impossible de comprendre comment la métropole n'a pas dès le début pris cette affaire en main. On povivait sans expropriation violente racheter les missions espagnoles et les donner avec les moyens de les entretenir à des missionnaires français.

Toutes les missions d'un pavs qu'on veut con(|uérir définitivement doivent être nationales. L'indigène, en changeant de religion, devient nécessairement le client du missionnaire ; il ne faut pas que le missionnaire soit le client de l'étranoer.

A côté de la religion c'est la langue frmiçaise qu'il faut répandre dans nos colonies. La question n'est pas aussi simple qu'on serait tenté de le croire. Elle a donné lieu souvent à de graves divergences de vues. On a dit, avec quelque raison, que les écoles de Français deviennent des manufactures de déclassés n'avant comme débouché que la carrière d'interprète. Il serait donc prudent de n'arracher au travail des champs pour les attirer dans ces écoles qu'un nombre d'indigènes proportionné aux besoins de l'administration et du commerce.

L'objection a de la valeur, aussi n'est-ce point seulement en créant des écoles d'interprètes dans les centres importants que nous répandrons utilement la langue

française. Il existe au Tonkin une classe nombreuse de jeunes Annamites, les plus intelligents et les plus laborieux, qui consacrent leur vie à la poursuite des grades de lettrés et plus tard aux fonctions du mandarinat, (l'est eux qu'il serait utile d'amener à étudier et à parler le français. Le moyen est facile et peu coûteux. Il suffit de faire des avantages sérieux aux fonctionnaires connaissant le français et de leur donner la préférence sur leurs concinrents, en attendant le moment où il sera possible de rendre progressivement la langue française obligatoire pour toutes les fonctions publiques en commençant par les moindres. Cela vaudrait mieux à mon sens que d'encourager, comme on l'a fait au ïonkin, les études des lettrés dans leur forme ancienne et incompatible avec notre civilisation, en donnant à leurs examens un éclat tout à fait ofilciel par la présence des hauts fonctionnaires français. Xous avons accepté le cadre de l'administration indigène avec son mode de recrutement ; il n'est pas plus en notre pouvoir de changer brusquement l'esprit des éludes nécessaires pour Y arriver que d'en détourner sans précautions la foule de jeunes gens qui s'y livrent. Obligeons-les seulement pour recueillir le fruit de leur labeur, c'est-àdire pour avoir des places, h apprendre le français. Sans produire un déclassé de plus, nous aurons des maîtres d'école capables d'enseigner le français dans les villages et une administration avec laquelle les fonctionnaires français pourront enfin s'entendre. ' Mais la langue ne suffit pas : après en avoir assuré la diffusion il faudrait songer à doter largement l'Indo- Chine de l'éducation professionnelle, puis des hautes études pratiques. Aucun pays n'est plus propre à profiter de cette éducation. Le |)cuple remplira les écoles

L'INSTRUCTION Gq

professionnelles et l'induslrie locale s'améliorera rapidement. L'enseignement de la médecine, de la pharmacie, de la mécanique, de l'architecture est assuré de la même fortune et les élèves ne manqueront pas. En éclairant l'indigène vous le civiliserez. En donnant aux jeunes gens désireux de percer, le goût des études utiles, il deviendra possible de dériver peu à peu vers un but plus pratique, la somme considérable de travail gaspillé chaque année dans le labeur interminable et sans portée de la préparation aux examens de lettrés. La connaissance des caractères chinois et de la philosophie de Confucius y perdra peut-être, mais vous soustrairez ainsi tous les ans un plus grand nombre de jeunes hommes laborieux et intelligents à cette formation intellectuelle f[ui les rend irrémédiablement réfractaires à notre civilisation. Le peuple annamite se trouvera de la sorte amené progressivement à produire de lui-même une classe dirigeante, non plus ligée dans le formalisme stérile du mandarinat actuel, mais vivante, instruite et susceptible de progrès. Cette transformation n'est pas une utopie et il sufht, pour en escompter les résultats, de Noir ce que deviennent les jeunes Annamites envoyés en France pour v faire leur éducation. Quelques années de notre régime scolaire suflisent à faire de ces mandarins en herbe des candidats heureux à nos examens universitaires et à nos grandes écoles.

Voilà où est la solution déhnitive de la question si délicate aujourd'hui du gouvernement indigène. Amendons la terre, la moisson sera meilleure. Malheureusement nous ne touchons pas au but, car il faut pour l'atteindre du temps, de la patience et de la suite dans les idées.

Avaiil de j)ti.sscr à l'cludc de la pacilicatioii dans les hautes régions, il nous faut chercher une conclusion aux notes lui peu confuses qui précèdent. Nous avons dil : colonisons pour les colonies, civilisons nos con- ([uètes. Je n'ignore pas les ohjcctions nombreuses et fortes que rencontre cette théorie. La discussion en est difficile. Nous sommes tellement désorientés, nous sentons en nous des svmptômes si graves de maladie sociale, nous avons jusqu'ici, dans nos nouvelles tentatives de colonisation, si complètement échoué cju'il est presque impossible, à l'heure actuelle, de trouver un l'ait acquis, un principe vérifié, pour servir de base à cette discussion. Notre expérience est tout entière négative et s'il est facile de dire : « Nous avons mal agi », il est très hardi d'affirmer : « A oilà ce qu'il faut faire pour réussir. » Essayons cependant.

Nous ne pouvons plus prétendre à faire des colonies de peuplement car nous n'exportons pas d'hommes.

L'exploitation à la mode anglaise nous est également interdite. Elle répugne à notre caractère, nous n'avons pas assez d'hommes disponibles pour la mener à bien. Nous n'v entendons rien.

Nos institutions métropolitaines administratives et commerciales sont plutôt faites pour tuer un pays prospère que pour mettre en valeur un pays neuf.

On ne peut guère compter sur une transformation intérieure de notre corps social suffisante pour changer dans un avenir rapproché les données du problème.

Faut-il alors proclamer avec quelques-uns que nous sommes définitivement impuissants ? Pas encore. Le français mis en liberté retrouve en partie ses qualités de race. 11 faut donc poursuivre deux idées : met Ire dans nos colonies le Français en liberté et lrou\er une

CIVILISONS NOS COLONIES

méthode de colonisation conforme aux facnltés de notre race. Je ne vois qu'une solution : colonisons pour les colonies, soustrayons-les, par tous les moyens, aux germes morbides de la métropole, donnons-leur de l'air, décentralisons-les. Cherchons à en faire des pavs prospères par eux-mêmes, civilisons-les. Sera-ce là faire œuvre de dupes ? Je ne le crois pas.

Lue œuvre bonne en soi, comme le progrès général de la civilisation, ne peut en aucun cas nuire à celui qui l'entreprend. La force n'est pas le droit, même de nos jours, et les nations pas plus que les individus ne peuvent vivre impunément en dehors du droit. Rappelonsnous que c'est « la colonisation morale » cjui a de tous temps le mieux réussi en France. La protection des lieux saints et des chrétiens d'Orient a plus fait pour notre prospérité commerciale c[ue toutes nos colonies ensemble.

Les bénéfices ont diminué du jour où nous avons répudié les charges de ce protectorat. Il n'en est pas moins vrai que la « francisation » des Échelles du Levant et des côtes voisines avait suffi pour faire de nous les maîtres de la Méditerranée. Ceci prouve que les idées grandes et généreuses ne sont pas toujours des idées de dupes.

Par ailleurs, vouloir exploiter à l'anglaise les immenses territoires occupés par nous serait en faire la proie immédiate des commerçants allemands et anglais, ce C{ui serait la pire des duperies.

L'objection la plus sérieuse à la théorie civilisatrice est celle qu'on pourrait appeler « historique » . XuUe part on n'a civilisé les races conquises ; on les a détruites. Deux civilisations étant mises en présence, la plus avancée ne transforme pas l'autre ; elle la supprime^

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Il serait trop lon<j; de dlsculcr eu détail les nombreuses preuves cpi'on en fournit. Elles sont de valeurs très dilTérentes.

Laissons de côté d'abord l'exterminât ion voulue et préméditée des races asservies dont le conqnérant con- ^()ilail la place au soleil. Le l'ait s'est produit souvent; il ne vaut pas plus contre nous que l'expropriation d'un essaim d'abeilles par un autre plus fort ou la disparition d'une espèce de fauves, moins bien armée pour le combat que ses faroucbes voisins.

Arrêtons-nous au contraire au cas le plus général et le plus caractéristique où les races indigènes, mises en contact avec la civilisation européenne, se sont corrompues avec une incroyable rapidité, ont perdu toute Aitalité et sont tombées peu à peu dans un tel état de faiblesse et d'abjection que le colonisateur s'est trouvé naturellement amené à les balayer de ses nouveaux domaines par mesure de salubrité publique.

Ainsi définie, l'objection est forte ; mais elle n'est pas sans réplique.

Il est possible, en effet, d'enraver cette démoralisation que le colonisateur apporte avec lui ; en outre, les exemples généralement invoqués s'appliquent mal au cas qui nous occupe.

Je sais que les races conquises, surtout si leur étal social est rudimentaire et leur civilisation très primitive, prennent avec une facilité extrême les vices de leurs conquérants et diriicilemcnt leurs qualités. C'est un fait trop souvent constaté et qui frappe l'observateur le moins perspicace. J'ai vu, sur le bord du lleuve Rouge, un lettré annamite faisant jouer le boimeteau avec une dextérité et un « bagou » qui auiaieul fail honneur à un professionnel de la bnidieuc

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parisienne. L ne autre fois, nn de mes administrés IhA \{\\i se plaindre qn'un cabarelier chinois dcDong-Dang faisait paver l'absinthe « dix sous — fini sucre », estimant que pour ce prix, il pouvait prétendre à la « piuée » complète. Il serait facile de multiplier ces exemples.

La chose est naturelle. Dans une civilisation vieillie comme la nôtre, il y a deux parts distinctes. On trouve, en l'analysant, le fond commun de principes formé peu à peu par le travail des siècles, le façonnement du cei'veau, les sédiments déposés dans l'âme par d'innombrables générations chrétiennes. Tout cela se transmet inconsciemment dans la partie saine de la race et constitue proprement ce que nous appelons « civilisation ». Mais il faut, pour atteindre cette base solide, traverser une écume, une couche de vices et de germes morbides, produit des fermentations sociales.

Ces germes, cjuand la fermentation devient très active et que les parties profondes de la civilisation ne se renouvellent plus aux sources cjui les ont produites, se développent et empoisonnent peu à peu l'organisme. On comprend combien leur action doit être plus immédiate et plus funeste sur des sociétés en enfance cjui n'ont point amassé au cours des siècles, pour résister au mal, les réserves de santé morale et de vitalité que nous avons encore. C'est la décomposition sans remède.

La démoralisation rapide et complète des races conquises, leur effondrement tient donc à ce fait qu'on les met en contact d'abord avec les éléments toxiques de nos sociétés. Il s'agit, en effet, de créer des besoins nou- A eaux à ces troupeaux humains et de les faire produire pour paver leur consommation — c'est là le dernier mot de la civilisation commerciale. On connaît la métliode pratique : flatter leurs mauvais instincts, les

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7'i L'EXPANSION FRANÇAISE AU TONKIN

empoisonner d'opium, les abrutir d'alcool puis les écraser, prétextant qu'ils vivent de peu, sous un travail mal rétribué et disproportionné aux forces humaines. Gomme contre-poison, comme enseignement, on ne trouve à leur offrir ensuite que des théories abstraites sur la fraternité des peuples, le code ?Sapoléon, des journaux à un sou, quelquefois le suffrage universel.., et tout cela est accompagné trop souvent par une leçon de choses qui en fait ressortir le vide et en souligne l'ironie: l'injustice légale, le mépris du faljjle.

Ce sont des hommes cependant, et si nous affichons la prétention de les civiliser, il faut leur enseigner la voie que nous avons suivie, les mener aux sources où nous avons puisé. Il faut leur apprendre notre religion et notre langue, diriger leurs efforts vers des études plus utiles et leur faire reconnaître notre supériorité de race non point en exploitant leur faiblesse et en aggravant leurs misères mais en les faisant plus heureux matériellement et moralement. Matériellement, en leur rendant moins dure la lutte pour l'existence ; moralement, en leur donnant la justice pratique.

Du reste, nous l'avons dit, l'objection s'applique mal dans l'espèce. Les exemples sont tirés le plus souvent de races sauvages et de contrées peu peuplées. Or, notre empire indo-chinois compte déjà vingt millions d'habitants et nous ne pouvons songer à supprimer la race annamite.

Mais alors, dlra-t-on, si nous lui enseignons sans précautions le secret de notre supériorité, elle en abusera contre nous et rejettera l'élément étranger dès qu'elle n'en aura plus besoin. Servons-nous donc des habitants, dressons-les pour en faire un outillage excellent et gardons-nous de les faire penser.

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La réponse est facile : « il n'est plus temps », Les Annamites ne sont pas des sauvages. Leur civilisation est très difTérente de la nôtre, mais elle existe. L'instruction primaire dans certaines contrées du Tonkin est aussi développée que dans plusieurs provinces de France. L'instruction secondaire et supérieure y est plus en honneur que partout ailleurs. Xous avons à l'aire à un peuple qui travaille et qui pense. ?sous pouvons en user avec lui de trois façons :

1° Entraver l'instruction d'une façon générale, faire reculer le peuple annamite, le tenir par la force dans l'ignorance, tarir le recrutement des hommes instruits. C'est un peu ce qu'ont fait pendant tant d'années les Anglais aux Indes. Nous ne le voulons pas et nous ne le pouvons pas. Le peuple annamite est plus instruit dans sa masse que ne l'était le peuple hindou. ?sous ne pourrions fournir un cadre suffisant pour remplacer partout l'indigène instruit. Ce serait d'ailleurs une solution provisoire : hon gré, mal gré, les peuples avancent. Les Anglais commencent à s'en apercevoir ;

2° Maintenir la culture intellectuelle dans sa forme ancienne, l'y encourager et vouer ainsi le peuple annamite à l'impuissance praticpe. C'est la méthode suivie jusqu'ici. ]Nous avons vu que cela nous mène à prolonger une situation dangereuse pour notre sécurité. C'est perpétuer un état d'hostilité redoulahle et arrêter tout progrès matériel. L'état social qui repose sur le mandarinat ne comporte qu'une prospérité agricole très relative à l'exclusion de tout développement industriel ou commercial ;

3° Instruire les Annamites en leur donnant le goût des études pratiques. Introduire peu à peu notre langue et notre religion nationales. Répandre sans arrière-

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pcnsi'o notre civillsalion dans le peuple. Il en résultera: la sécurité, la suppression graduelle des difficultés de politique intérieure, le progrès économique et industriel du pays. Tja nationalité annamite résidant surtout dans la classe lettrée, perdra peu à peu son relief et les tentatives séparatistes de>iendront moins à craindre.

C'est alors qu'il faudra penser aux Anglais, méditer leurs procédés administratifs et commerciaux, délivrer nos colonies de la tutelle qui décourage les bonnes volontés et de la routine qui tue les initiatives. >hos colons, nos commerçants et nos industriels trouveront, sans cju'il soit nécessaire de les y pousser, les moyens de s'établir et de prospérer dans un pays riche, tranquille, presque français qui, s'il rapporte peu à la spéculation, arrivera au moins dans la suite à ne plus rien demander au budget de la mère-patrie.

Qu'il me soit permis, en terminant cette première partie, d'affirmer encore et de préciser l'idée dominante cjue j'en voudrais voir se détacher.

J'ai cherché à démontrer ([ue nous avons eu tort de suivre les Anglais dans la forme de leur exploitation coloniale. Je crois que ce fétichisme irréfléchi, cette « anglomanie » nous a fait un tort grave. Il a contribué pour une bonne part à faire dévier nos efforts et à les rendre stériles. Mais à coté de leur férocité dans l'exploitation, de leur mépris pour les races conquises, de leur égoïsme cauteleux, les Anglais ont une qualité qui suffit à expliquer l'extraordinaire fortune de leurs entreprises et à retarder le règlement du compte que leur demanderont un jour les millions d'hommes asservis et ruinés pour l'enrichissement de la métropole.

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L'absence de tout mobile généreux et désintéressé est racheté chez eux par le respect profond de l'individu (quand il est citoyen anglais), l'amour et l'habitude de la liberté pratique. A oilà ce qu'il faut leur envier ; c'est le secret de leur force et le ressort de leur puissance.

Chaque nation a ses plaies. ?sous avons les nôtres, graves et profondes. Si nous avons à cœur de les cicatriser, il ne faut pas nous contenter d'admirer passivement ce bienfait de la liberté et du respect de l'individu, comme un fruit exotique et précieux incapable de s'acclimater sur notre terre de France. Chacun de nous doit s'habituer à en faire le but direct de ses efforts et à le considérer comme le terme d'une évolution sociale désormais nécessaire. ?sotre vitalité économique et morale fera le reste.

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